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Gestion durable : Renforcer les connaissances, les capacités d’exploration et la mise en valeur des ressources en eaux souterraines dans le Sahel en Afrique de l’Ouest

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Par François Bertonespécialiste principal en gestion de la ressource en eau et Yeli Mariam Dakoure Sou, spécialiste des questions d’approvisionnement en eau et d’assainissement (Banque mondiale)

L’agriculture, les industries et plus généralement l’ensemble des moyens de subsistance des régions désertiques et arides du Sahel.  Cette région, qui comprend peu de cours d’eau et de lacs, dépend essentiellement des ressources en eau souterraine, c’est-à-dire de l’eau qui circule sous terre dans les espaces poreux des roches et du sol.

La mise en valeur durable d’une quantité plus importante d’eau souterraine sera donc cruciale pour assurer la sécurité de l’eau et les avantages socio-économiques dans cette région qui abrite plus de 135 millions de personnes. 
L’Initiative sur les eaux souterraines au Sahel financé par le programme de Coopération pour les eaux internationales en Afrique (CIWA) est un programme d’assistance technique qui vise à renforcer les connaissances et les capacités de gestion liées aux eaux souterraines dans le Sahel occidental et qui poursuit trois objectifs :

  • Proposer des solutions pour éliminer les obstacles à l’utilisation des eaux souterraines pour la petite irrigation par les agriculteurs ;
  • Déterminer les capacités d’évaluation et d’exploration de ces ressources en mettant l’accent sur les régions touchées par la fragilité, les conflits ou la violence ;
  • Faciliter la coopération régionale pour permettre de renforcer les compétences spécialisées dans le domaine des eaux souterraines.

Les chefs d’équipe François Bertone et Mariam Sou abordent les principaux éléments de cette importante initiative dans cet entretien. 

Cela fait maintenant deux ans que l’Initiative sur les eaux souterraines au Sahel a été lancée. Comment progresse-t-elle ? Les restrictions de déplacement liées à la pandémie de COVID-19 ont-elles perturbé votre travail et, le cas échéant, de quelle manière ? 

L’initiative a débuté il y a un an et depuis, elle avance bien. Nous sommes parvenus à identifier les principaux obstacles à l’utilisation des eaux souterraines pour l’irrigation par les agriculteurs et à préciser les besoins en matière d’exploration et de gestion de cette ressource. Nos experts travaillent avec les universités de la région pour concevoir des programmes ciblés destinés à former la prochaine génération de spécialistes en eaux souterraines  et pour mettre en œuvre des stratégies permettant de les retenir dans la région. L’initiative, qui entame sa deuxième année, conduit de nombreuses activités.

Nous continuons à entretenir de très bonnes relations avec les différentes parties prenantes, les partenaires et les autres professionnels basés au Sahel, qu’il s’agisse de spécialistes des questions de parité femmes-hommes, d’écologistes ou de spécialistes en eaux souterraines. Les restrictions de déplacement imposées par la COVID-19 nous ont empêché pour le moment d’organiser des rencontres en présentiel. Néanmoins nous sommes parvenus à créer et maintenir une bonne dynamique qui nous a permis de collecter et d’analyser un grand nombre de données. Bien que nous n’ayons pas progressé autant que nous l’aurions souhaité, jusqu’à présent la qualité de notre travail et de nos résultats ne sont pas impactés par la situation sanitaire actuelle! 

Je crois savoir que les premiers résultats ont permis d’identifier les obstacles à la parité femmes-hommes et visent à les surmonter. Qu’est-ce que cela implique? 

Conformément à l’approche inclusive définie dès la phase de conception, notre équipe s’est efforcée d’intégrer la dimension de genre dans tous les domaines donnant lieu à des échanges techniques, notamment en identifiant les moyens de favoriser des modes d’irrigation utilisant les eaux souterraines qui soient totalement accessibles aux femmes. Cela est d’autant plus important que les femmes représentent plus de 50 % de la main-d’œuvre agricole et que, dans la majeure partie du Sahel, les eaux souterraines constituent la seule ressource en eau disponible. Pour en savoir plus sur la manière dont l’initiative ouvre la voie à la formation d’un plus grand nombre de femmes hydrogéologues dans le Sahel, lisez le récent blog de CIWA sur ce sujet. 

Expliquez-nous-en quoi cette initiative contribue à la protection de la biodiversité régionale — l’utilisation des eaux souterraines par les écosystèmes, les micro-organismes, les animaux et les plantes et leur interdépendance. 

La valeur écologique des systèmes aquifères, c’est-à-dire des ensembles de formations géologiques constituées de roches perméables qui abritent des nappes d’eau souterraine en continuité hydraulique, est chaque jour plus évidente et reconnue. Par exemple, les « biens » (la production de poissons) et les « services » (le stockage et la purification de l’eau) des écosystèmes dépendant des eaux souterraines sont les conditions et les processus par lesquels les biotopes (les milieux naturels) et les biocénoses (la flore et la faune vivants dans ces milieux naturels) contribuent à assurer et maintenir la vie des êtres humains. Au Sahel, ces mêmes écosystèmes sont essentiels, d’une part, à l’atténuation des effets du changement climatique par des processus écologiques  tels que la maîtrise des inondations et d’autre part à la réduction de la désertification qui suit les sécheresses. 

Dans ces écosystèmes, la survie de certaines espèces dépend exclusivement des eaux souterraines. Ainsi, une surexploitation ou une mauvaise gestion des ressources en eau souterraine peut menacer la survie de tout un écosystème.  La quantification et l’évaluation des ressources en eau souterraine dans les zones arides et semi-arides du Sahel sous-estiment le plus souvent l’utilisation de ces eaux par les micro-organismes, les animaux, les plantes et les substrats associés, dont les fonctions dépendent des eaux souterraines, et elles en font parfois même totalement abstraction. 

Notre initiative a proposé la première typologie des écosystèmes dépendant des eaux souterraines pouvant s’appliquer au Sahel. Nos spécialistes s’efforcent de mettre en évidence l’importance économique de ces écosystèmes dépendants et de voir comment la prise en compte de ces derniers dans la gestion de la ressource souterraine peut favoriser un développement équitable et durable.

De quelle manière le développement urbain et le changement climatique rendent-ils plus difficile la préservation de la qualité des eaux souterraines ? De quelle manière votre travail permet-il d’aborder ces questions et d’y apporter des solutions ?

Les projets de développement économique entrepris en Afrique subsaharienne peuvent souvent avoir des effets indésirables sur les ressources en eau souterraine.  On citera notamment l’imperméabilisation des sols qui réduit la recharge des aquifères ou la contamination des nappes superficielles causée par le développement industriel et urbain. Ces répercussions néfastes sont exacerbées par les effets du changement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a indiqué que le régime des épisodes pluvieux se modifiera dans la région du Sahel, pour se caractériser par des précipitations plus abondantes sur une période plus réduite, ce qui modifiera la recharge des nappes phréatiques, augmentera la fréquence des inondations et aggravera la contamination des eaux (souterraines). Nous ne souhaitons pas brosser un tableau trop sombre, mais cette contamination des eaux souterraines au droit des zones urbaines est désormais un problème de santé publique mondial, au même titre que la pandémie de COVID-19, le virus Ebola ou le choléra , qui font tous des ravages parmi les populations les plus pauvres. Les travaux que nous menons permettent de mieux identifier et prendre en compte ces questions essentielles, cela dans le cadre d’une approche One Health (« Une seule santé »).

Nous réalisons en collaboration avec l’Institut national de l’eau, basé à Cotonou, au Bénin (un Centre d’excellence africain qui mène des recherches sur les eaux souterraines), une étude expérimentale dans deux villes du Sahel : Bamako au Mali et Bobo-Diolasso au Burkina Faso. Ces études impliquent notamment de pouvoir établir une valeur de référence de la qualité des eaux souterraines au droit de ces deux villes pilotes. Nous utiliserons les résultats de ces études pour guider les prochains programmes de gestion de la qualité des eaux souterraines dans les villes de la région. 

L’ensemble de ces analyses et de ces échanges techniques aident au final l’équipe à identifier les principales lacunes dans le domaine des eaux souterraines et les mesures à prendre pour combler ces lacunes, toutes choses qui vont permettre de redonner leur importance aux eaux souterraines et de rendre plus visible cette ressource essentielle mais invisible.  

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