Les gouvernements africains, les institutions de financement et les leaders mondiaux du climat appellent à des marchés à haute intégrité et à une valeur créée qui bénéficie réellement aux communautés. Le Carbon Markets Africa Summit (CMAS) 2026, qui se tient à Kigali, marque un tournant : fini le temps du potentiel, place à l’exécution.
L’ère des promesses est révolue. À Kigali, où se réunissent jusqu’au 17 octobre les décideurs de 46 pays dont 21 africains du Carbon Markets Africa Summit (CMAS) 2026, le message est limpide : l’Afrique ne veut plus être le continent du « potentiel » carbone, mais celui de la transaction conclue, du crédit émis et de la communauté payée.
Des marchés enfin prêts à changer d’échelle
« La question n’est plus de savoir si l’Afrique est prête. Il s’agit de savoir si nous pouvons passer à l’échelle, avec intégrité et innovation. » La ministre rwandaise de l’Environnement, Bernadette Arakwiye, a ouvert le sommet en fixant le cap : des marchés façonnés par les priorités africaines, capables de générer des bénéfices tangibles pour le continent. Si les cadres réglementaires se mettent en place : autorisations, accords bilatéraux, registres, le financement reste concentré sur trop peu de types de projets. Elle appelle à diversifier vers les énergies renouvelables, la mobilité électrique, la gestion des déchets, l’agriculture et les solutions fondées sur la nature. Sa priorité : des méthodologies accessibles, du financement pour préparer les projets, et une demande à long terme à prix équitable. « La confiance est la monnaie de ce marché », résume-t-elle.
De l’acheteur jusqu’à l’agriculteur
Le ministre tanzanien Hamad Yusuf Masauni a repris le flambeau avec une formule choc : « L’ère du potentiel cède la place à l’ère de l’exécution. » Pour lui, la crédibilité se construit « une tonne vérifiée à la fois, une transaction conclue à la fois, une communauté qui en retire des bénéfices réels à la fois. » De son côté, Maxwell Gomera, du PNUD, insiste : il faut une infrastructure qui transmette la valeur « de l’acheteur jusqu’à l’agriculteur », avec des droits communautaires solides et un partage contraignant des bénéfices.
L’intégrité comme avantage concurrentiel
L’Afrique ne doit pas chercher à vendre les tonnes les moins chères, mais les plus crédibles. C’est l’avertissement de Perumal Arumugam, de l’ONU Climat (CCNUCC). Même son de cloche chez Esterine Fotabong (AUDA-NEPAD) : des procédures d’autorisation prévisibles, des registres opérationnels et des systèmes de mesure crédibles. Côté européen, Lukas Visek est clair : « L’additionnalité et la permanence ne sont pas négociables. En revanche, la qualité sera récompensée. »
Transformer les projets en actifs bancables
La Banque africaine de développement (BAD), la DBSA et le Kigali International Financial Centre (KIFC) ont abordé les blocages pratiques : stabilité des politiques, préparation précoce, gouvernance solide et partage des risques. « Nous n’avons pas de projets carbone. Nous avons des projets de développement », martèle Anthony Nyong (BAD). Les institutions de financement doivent jouer un rôle catalyseur en assumant les risques que le privé ne prend pas.
Alors que le sommet se poursuit, l’attention se porte sur la concrétisation des transactions et sur un impératif : garantir à l’Afrique un rôle de premier plan dans la définition de la prochaine génération de marchés mondiaux du carbone.





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