Privé de raffinage depuis 2019, le Cameroun cherche à reprendre la main sur son approvisionnement en carburants. La Société nationale de raffinage (SONARA) a conclu un accord de 30 mois avec le groupe nigérian Dangote et MRS Oil & Gas. Un montage commercial et financier destiné à sécuriser les livraisons, à maîtriser les coûts et à renforcer le contrôle qualité.
Le 22 octobre, à Lagos, la SONARA a conclu cet accord avec Dangote et MRS, officialisé par la société camerounaise quelques jours plus tard. Une alliance stratégique pour un pays entièrement dépendant des importations depuis l’arrêt de son unique raffinerie, à la suite de l’incendie de 2019.
Le dispositif repose sur une répartition précise des responsabilités : Dangote fournira les produits raffinés, MRS assurera leur transport et leur logistique, tandis que la SONARA prendra en charge l’achat et la distribution sur le marché national. MRS assumera également les risques liés aux quantités, à la qualité et à l’assurance des cargaisons jusqu’à leur arrivée à Limbe.
Des volumes encore à préciser
L’ampleur réelle de cet engagement reste toutefois sujette à interprétation. Certaines sources évoquent une couverture de 50 % des besoins nationaux. D’autres indiquent que Dangote fournira la moitié des volumes correspondant à la quote-part de la SONARA, estimée à 80 % du marché. Deux projections qui ne sont pas équivalentes et qui ne permettent pas, à ce stade, de fixer précisément les volumes concernés.
Les discussions entre les trois partenaires avaient été engagées en janvier 2026, lors d’une visite à Lagos d’une délégation de la société publique conduite par son directeur général, El Hadj Bako Harouna.
Dangote, un fournisseur de proximité
L’enjeu est de taille pour le Cameroun. En 2025, le pays a importé 2,02 millions de tonnes de produits pétroliers blancs, pour une facture avoisinant 1,2 milliard d’euros, selon des données rapportées par EcoMatin. Dans ce contexte, le recours à la raffinerie Dangote, implantée à Lekki, au Nigeria, offre une alternative géographiquement avantageuse.
Les produits livrés devront être conformes aux spécifications Afri-5 pour l’essence et le diesel. Pour la direction commerciale de la SONARA, ce partenariat doit aussi améliorer la maîtrise de la qualité des approvisionnements, après le rejet de plusieurs cargaisons lors de précédentes opérations d’importation.
Un montage financier pour contourner les contraintes
L’accord présente une autre particularité : son architecture financière. MRS émettra une lettre de crédit en faveur de Dangote, tandis que la SONARA en établira une au bénéfice de MRS. Ce mécanisme doit garantir le paiement du fournisseur avant le chargement, tout en tenant compte des difficultés de financement direct auxquelles est confrontée la société camerounaise. Les modalités préparatoires prévoient par ailleurs un délai de règlement de 60 jours pour les factures.
En septembre, la SONARA avait déjà obtenu 189 millions d’euros auprès de la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), institution membre du groupe de la Banque islamique de développement. Cette enveloppe doit soutenir ses opérations, sans correspondre à la valeur du contrat conclu avec les partenaires nigérians.
Enfin, une tarification dite « back-to-back » doit assurer la traçabilité des coûts, depuis le prix de sortie de la raffinerie Dangote jusqu’à la livraison à Limbe. Pour la SONARA, l’enjeu va au-delà de la sécurisation des cargaisons : il s’agit aussi de mieux maîtriser la facture énergétique du pays, en attendant la relance effective de ses capacités de raffinage.











