Le conflit qui s’est déclenché en février 2026 continue d’imposer de lourds tributs économiques au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord, à l’Afghanistan et au Pakistan (MENAAP). Selon le bulletin économique du Groupe de la Banque mondiale publié ce 6 octobre, la fermeture du détroit d’Ormuz a inversé la donne : contrairement aux chocs énergétiques précédents qui enrichissaient les producteurs, c’est cette fois-ci les exportateurs du Golfe qui paient le prix fort.
Le choc pétrolier inversé
La production régionale devrait se contracter de 2,1 % en moyenne en 2026, après une expansion de 3,3 % en 2025. Les économies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont les plus durement frappées, avec une contraction moyenne projetée de 4,3 %. La baisse des volumes d’exportation se traduit par des pertes substantielles de recettes publiques, tandis que les secteurs du tourisme, de l’aviation et de la logistique subissent des contrecoups sévères.
À l’inverse, les pays importateurs de pétrole affichent une résilience relative, avec une croissance projetée à 4,3 % en 2026, contre 3,9 % l’an dernier. Cette dichotomie inédite s’explique par la paralysie du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial.
Les pressions inflationnistes s’intensifient sous l’effet des prix alimentaires et des coûts d’importation gonflés par les perturbations maritimes. Dans les économies fragiles et touchées par les conflits, le choc aggrave des vulnérabilités structurelles : la région MENAAP demeure la seule au monde où la pauvreté a progressé au cours des dix dernières années.
Une reprise conditionnelle
Si le conflit s’atténue d’ici la fin 2026, la croissance régionale hors Iran devrait rebondir à 7,8 % en 2027, portée par la reprise de la production d’hydrocarbures. Cette projection reste toutefois incertaine. Les infrastructures endommagées, les investissements différés et l’épuisement des marges budgétaires pourraient peser durablement sur les perspectives.
Ousmane Dione, vice-président de la Banque mondiale pour la région, souligne l’impératif d’agir : « Protéger les ménages vulnérables, restaurer les capacités productives et investir dans des infrastructures énergétiques et de transport plus résilientes seront des priorités essentielles pour éviter qu’un choc temporaire ne laisse des séquelles durables sur le capital humain, les perspectives de croissance et le niveau de vie. »
L’IA comme levier de transformation
Au-delà de la crise immédiate, le rapport identifie l’intelligence artificielle comme un potentiel relais de croissance. Selon Roberta Gatti, économiste en chef du Groupe pour la région, « la question n’est pas de savoir si l’IA jouera un rôle dans l’avenir de la région, mais si les pays peuvent développer les compétences, les infrastructures et les institutions nécessaires pour en tirer parti ».
L’impact sur l’emploi serait globalement positif : moins de 10 % des emplois sont exposés à un risque d’automatisation à court terme, tandis qu’entre 13 et 20 % présentent un potentiel significatif d’augmentation de productivité. Cette transformation exige cependant de combler des lacunes structurelles — sous-représentation des langues régionales dans les systèmes d’IA, déficit de capital humain et infrastructures inadéquates.
La collaboration régionale émerge comme une voie privilégiée. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, déjà leaders en matière d’IA, pourraient partager leur expertise en matière de modèles et de gouvernance, tandis que les économies à revenu intermédiaire apporteraient talents et données locales. Les pays plus vulnérables pourraient quant à eux adopter la « petite IA » — des outils abordables fonctionnant sur appareils mobiles basiques — pour améliorer les services de base.
La diversité de la région, alliant capacité informatique du Golfe et richesse linguistique, constitue un atout pour bâtir un écosystème régional de l’IA. Les pays qui renforceront leur résilience dès maintenant seront les mieux positionnés pour saisir les opportunités de demain.











