L’État français se prépare à se renforcer dans le tour de table d’Eramet, groupe minier opérant au Gabon où il exploite du manganèse à travers sa filiale Comilog. Dans un communiqué publié le 12 octobre, l’entreprise confirme une augmentation de capital de 500 millions d’euros prévue d’ici la fin de cette année.
Déjà détenteur de 27,1 % du capital, le Trésor français participera à l’opération pour acquérir tout ou partie des droits préférentiels de souscription de la famille Duval, afin de devenir l’actionnaire de référence de Comilog.
Une opération suspendue aux feux verts réglementaires
Cette intervention vise à renforcer les fonds propres d’Eramet, confrontée à des difficultés financières. À fin juin 2026, sa dette nette atteignait 1,87 milliard d’euros, tandis que la perte nette part du groupe s’établissait à 146 millions d’euros.
Pour Paris, cette opération répond également à un objectif industriel et stratégique : préserver un acteur présent dans plusieurs filières minières, dont le manganèse, le nickel et le lithium, considérées comme stratégiques pour les approvisionnements français et européens.
Le Gabon est un levier majeur dans les efforts engagés par Eramet pour restaurer sa rentabilité. Son plan de redressement ReSolution prévoit des gains de productivité dans la filière manganèse, grâce à une meilleure efficacité des opérations et du transport ferroviaire. Une partie de cette amélioration dépend de la modernisation du Transgabonais, dont les travaux bénéficient de financements français et européens. Le groupe cherche ainsi à renforcer la rentabilité de ses activités gabonaises, alors que Libreville attend parallèlement de nouveaux investissements dans la transformation locale du minerai.
La transformation locale en ligne de mire
Si Eramet compte sur le Gabon pour améliorer ses performances, Libreville attend aussi du groupe une évolution de son modèle industriel. En mai 2025, les autorités gabonaises ont annoncé leur intention d’interdire les exportations de manganèse brut à partir du 1er janvier 2029, afin d’accroître la valeur ajoutée locale. Le pays dispose déjà d’installations industrielles à Moanda, mais une part importante de son minerai est encore exportée sans être transformée en alliages. En développant cette activité, les autorités gabonaises espèrent conserver davantage de valeur ajoutée, créer des emplois et réduire sa dépendance à l’extraction minière et au pétrole.
Un protocole d’accord signé entre Eramet et le gouvernement gabonais en juillet 2026 prévoit l’étude de trois scénarios industriels visant à transformer localement jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici fin 2031. Parmi les pistes figurent la rénovation du Complexe métallurgique de Moanda, avec une capacité envisagée de 70 000 tonnes d’alliages par an et un redémarrage visé d’ici fin 2029, ainsi que la construction d’une nouvelle usine près de la côte, qui pourrait produire 265 000 tonnes d’alliages par an à partir de 2031. Un troisième scénario porte sur une usine d’oxyde de manganèse près de Libreville, envisagée pour 2028. Ces projets restent toutefois soumis à plusieurs conditions, notamment la disponibilité d’une électricité suffisante et compétitive, les infrastructures logistiques et les décisions de financement.


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