La récente visite à Nouakchott de Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, qui intervient quelques semaines après celle du général Berrid, inspecteur général des FAR (Forces armées royales), confirme une tendance lourde : la relation entre Mauritanie et Maroc est devenue l’un des partenariats les plus dynamiques du nord-ouest africain. Longtemps cantonnée à une coopération diplomatique classique, cette relation s’est progressivement transformée en un axe économique, logistique et stratégique appelé à jouer un rôle majeur dans la recomposition régionale.
Les chiffres traduisent cette montée en puissance. Le Maroc figure désormais parmi les principaux partenaires commerciaux africains de la Mauritanie. Les échanges bilatéraux dépassent plusieurs centaines de millions de dollars par an, tirés par les exportations agroalimentaires, les matériaux de construction, les produits manufacturés et les services. Les investissements marocains sont visibles dans des secteurs clés : banques, assurances, télécommunications, immobilier, pêche et distribution.
Trois grandes banques marocaines opèrent déjà en Mauritanie, participant au financement du commerce et des entreprises locales. Les groupes marocains sont également très présents dans les infrastructures et les services urbains, avec l’arrivée d’ARMA qui se charge désormais de la propreté de la ville de Nouakchott. À cela s’ajoute une coopération humaine dense : chaque année, des centaines d’étudiants mauritaniens poursuivent leurs études dans les universités marocaines grâce aux programmes de bourses et aux accords académiques entre les deux pays.
Mais c’est surtout sur le terrain logistique que le rapprochement prend une dimension stratégique. L’axe routier reliant Dakhla à Nouakchott est devenu un corridor commercial majeur pour les flux entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Des centaines de camions y transitent chaque semaine, transportant produits alimentaires, équipements industriels et marchandises destinées aux marchés ouest-africains. Le projet marocain de port atlantique à Dakhla devrait encore renforcer cette dynamique en transformant la façade atlantique en plateforme régionale de commerce et d’exportation.
Rabat avance avec une méthode fondée sur le pragmatisme économique. Le royaume privilégie les investissements, les infrastructures, la finance et la coopération religieuse plutôt qu’une diplomatie de confrontation. Cette stratégie séduit de plus en plus de partenaires africains, notamment la Mauritanie, qui recherche des alliances capables de produire des retombées concrètes en matière d’emploi, d’énergie et de connectivité.
Comparaison
La comparaison avec Algérie revient régulièrement dans les cercles économiques régionaux. Malgré son poids énergétique et ses ressources considérables, Alger peine à convertir sa puissance financière en influence économique durable en Afrique de l’Ouest. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Mauritanie demeurent limités comparés à ceux du Maroc, même si les autorités algériennes ont récemment multiplié les initiatives diplomatiques et ouvert de nouveaux postes frontaliers.
L’approche algérienne reste souvent perçue comme davantage centrée sur les enjeux géopolitiques et sécuritaires, alors que le Maroc mise sur une intégration économique progressive et sur une présence concrète dans les marchés africains. Cette différence de méthode apparaît particulièrement en Mauritanie, où les opérateurs économiques marocains bénéficient d’une implantation ancienne et d’un réseau commercial dense.
Pour Nouakchott, l’enjeu est clair : diversifier ses partenariats sans rompre ses équilibres diplomatiques traditionnels. Certes, la Mauritanie entretient des relations conséquentes avec Alger, notamment sur le plan sécuritaire et énergétique mais le rapprochement avec Rabat correspond davantage aux priorités économiques actuelles du pays : attirer les investissements, moderniser les infrastructures et se positionner comme un futur hub entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique atlantique.
Cette convergence intervient au moment où la Mauritanie connaît une transformation économique majeure grâce au gaz offshore, aux projets d’hydrogène vert et aux investissements dans les infrastructures portuaires et énergétiques. Dans cette nouvelle phase, le Maroc apparaît comme un partenaire capable d’apporter capitaux, expertise et accès aux réseaux financiers africains et internationaux.
Au-delà des discours diplomatiques, l’axe Rabat–Nouakchott prend ainsi la forme d’un partenariat stratégique fondé sur les intérêts économiques, la stabilité régionale et l’intégration atlantique. Une dynamique qui pourrait, à moyen terme, redessiner les équilibres du Maghreb et renforcer le rôle de la Mauritanie comme trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest.

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