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Mauritanie : Une présidentielle à plusieurs inconnues

En Mauritanie, les candidats déclarés à l’élection présidentielle du 22 juin 2019 sont déjà “en campagne”, bien que celle-ci ne commence, réglementairement, que 15 jours avant le premier tour du scrutin. Elle est close la veille du jour du scrutin à zéro (0) heure (Article 9 du Chapitre IV de la loi sur les élections.)

campagne electorale mauritanieCertains candidats sont déjà en avance sur les autres : ils ont franchi l’obstacle des parrainages et celui du dépôt du dossier au Conseil constitutionnel. C’est le cas, de tous ceux donnés par les observateurs comme les “candidats de poids” : le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani, choisi par le Président Aziz – et donc par la majorité – pour assurer la continuité de son œuvre, Sidi Mohamed Ould Boubacar, ancien Premier ministre soutenu par une partie de l’opposition (les islamistes de Tawassoul, Al Mostaqbal et Hatem), Biram Dah Abeid, leader antiesclavagiste qui se présente en indépendant, mais s’assure le soutien de Sawab (Nasséristes), Mohamed Ould Maouloud, Président de l’Union des forces de progrès (UFP) qui a obtenu le ralliement du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) d’Ahmed Ould Daddah, et Kane Hamidou Baba, candidat du “Vivre-ensemble”, une forte coalition de partis et d’organisations de la société civile issus de la communauté négro-africaine. Et il y a les autres. Ceux qu’on estime être, à tort ou à raison, des “candidats de second rang”. Ils sont pourtant les premiers à s’aventurer dans la présentation d’ébauches de programmes de rupture, bien qu’ils butent encore contre l’obstacle du parrainage.

C’est le cas notamment du neurochirurgien, le Professeur Seck Mame Diack, la cinquantaine, enseignant à la faculté de médecine de Nouakchott, engagé dans cette présidentielle pour “soigner” les maux du pays, de Khaled Bouya Abbas (indépendant), qui revendique le statut de “candidat de la jeunesse”, ou encore Abdallahi El Atigh, homme politique et ancien dirigeant du parti alliance populaire progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir (ancien président de l’Assemblée nationale), qui s’est trouvé, subitement, une vocation de réformateur. Il promet de “dissoudre le parlement” et de “multiplier par quatre les salaires” !

Les points de convergence entre les candidats antisystème sont notoires. Le premier (le plus important) est leur aspiration partagée de faire chuter le régime en place depuis 2008. Faire barrage au candidat Ghazouani que la majorité présente comme sa volonté, à elle, d’assurer un “changement dans la continuité”. Un revirement radical. Par rapport au troisième mandat raté et au discours d’investiture tenu,
le 02 mars 2019, par celui qui se présentait comme le “candidat du consensus”,  proposant un style de gouvernance différent de celui du Président qui l’a pourtant adoubé comme dauphin. D’aucuns considèrent que la reprise en main du discours du candidat Ghazouani par l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir, mis “en veilleuse” par Aziz, en attendant d’être porté à sa tête, réduit son audience auprès de la majorité silencieuse qui aspire à une véritable alternance.

Les faiblesses du candidat du pouvoir ne sont pourtant pas transformées, systématiquement, en force par une opposition qui s’engage dans cette présidentielle en rangs dispersés. L’objectif est un (faire partir le pouvoir) mais les approches divergent. Les “tirs amis”, dans cette précampagne, sont même à l’avantage d’une majorité qui a toujours tiré sa force du principe “diviser pour régner”. L’on craint alors qu’elle ne s’assure, de la sorte, une victoire au premier tour, ou, à défaut la certitude qu’au deuxième tour, les divergences seront telles qu’une coalition forte donnant une chance à l’opposition sera quasi impossible. Les calculs des uns et des autres ne sont encore que des hypothèses. Le rapport de forces dépendra, en fin de compte, de la liste des candidats qui sera validée par le Conseil constitutionnel, mais aussi des “réglages” opportuns (opportunistes?) qui détermineront le choix entre le maintien d’un système de plus en plus décrié ou le sacre d’une opposition peu rassurante.

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