Élue meilleure startup de la deuxième cohorte de The Morocco Accelerator, Afdal représentera le Maroc au Winter Summit de Plug and Play, en Californie, en novembre. Derrière la distinction, une technologie déjà déployée dans plus de dix banques marocaines — et un pari sur le marché américain.
Le 15 juillet, au Technopark de Casablanca, devant près de 150 banquiers, investisseurs et dirigeants d’entreprise, la deuxième cohorte de The Morocco Accelerator refermait trois mois d’accompagnement. Dix-neuf startups avaient été sélectionnées. Une seule est repartie avec les meilleures évaluations sur les deux critères du programme, Market Readiness et Investment Readiness : Afdal.
Le programme n’est pas un accélérateur parmi d’autres. Financé par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, opéré par le Technopark aux côtés de Plug and Play — l’accélérateur californien qui a accompagné à leurs débuts Google, PayPal ou Dropbox —, il s’inscrit dans la stratégie nationale Digital Morocco 2030. À la clé pour le lauréat : une place au Winter Summit de Plug and Play, en Californie, en novembre prochain.
Le problème : des crédits mal calculés, des dossiers qui traînent
Pour comprendre ce que fait Afdal, il faut partir d’un constat que le secteur bancaire connaît sans toujours le formuler : le calcul d’un crédit immobilier est un problème mathématique nettement plus difficile qu’il n’y paraît.
Un dossier ne se résume pas à un taux et à une durée. Il faut composer avec des offres simples, jumelées ou triplées, des dispositifs conventionnés, des grilles d’assurance, des aides publiques ou patronales, et des dizaines de paramètres liés au profil de l’emprunteur. Le nombre de combinaisons possibles se compte en millions. Aucun tableur ne l’absorbe.
Résultat : en agence, le calcul se fait souvent à la main, et il se trompe. Une étude en clientèle mystère menée par Afdal début 2026 sur plus de cent trente agences et une dizaine d’établissements a relevé des taux d’erreur massifs sur les simulations remises aux clients. Le coût est double — pour l’emprunteur qui passe à côté d’un meilleur financement, pour la banque qui perd un dossier au profit d’un concurrent.
La réponse : un moteur combinatoire, puis une IA qui conseille
Afdal a passé huit ans à construire un moteur de calcul combinatoire capable d’énumérer l’ensemble des financements réellement accessibles à un emprunteur donné, de les classer par coût total, et de produire un pré-accord en moins de trente secondes. Le moteur est déployé en marque blanche : il tourne aux couleurs de chaque banque cliente, sur son site, son application mobile et dans ses agences.
En 2026, l’entreprise a franchi une étape supplémentaire en habillant ce moteur d’une intelligence artificielle agentique — un agent conversationnel doté d’une voix naturelle et d’un avatar, capable de dialoguer avec le client, de simuler en direct pendant qu’il parle, de l’aider à trouver un bien, de constituer son dossier et de le pré-instruire.
« Ce n’est pas un chatbot », insiste Bachir Benslimane Bellemlih, fondateur et CEO d’Afdal. « Un chatbot répond à des questions. Notre agent calcule, compare, classe et conseille. C’est la différence entre un standard téléphonique et un conseiller expérimenté. »
Le fondateur n’est pas un nouveau venu. Huit ans en finance internationale — Morgan Stanley, UBS PaineWebber, PwC, Ernst & Young — puis la création de Marshmallow Digital, première agence digitale du Royaume, et de la régie publicitaire qui a porté le lancement d’Avito, racheté 35 millions de dollars par le norvégien Schibsted.
Dix banques, mille agences, six personnes
Aujourd’hui, la technologie d’Afdal est en production dans plus de dix établissements financiers marocains et sur environ un millier d’agences. Plus d’1 million de simulations ont été traitées. L’entreprise opère par ailleurs le premier réseau de comparateurs de crédit immobilier du pays, ce qui lui confère un jeu de données — plusieurs milliers d’offres actualisées, une douzaine de banques — dont aucun autre acteur ne dispose.
Le plus frappant tient peut-être à la structure : six personnes, et aucune levée de fonds depuis 2022. La croissance a été intégralement autofinancée.
« Nous avons construit une infrastructure bancaire nationale avec une équipe qui tient dans une salle de réunion », résume le fondateur. « Ce n’est pas une prouesse, c’est une conséquence : quand le produit résout un vrai problème, il n’a pas besoin d’une force de vente pour se vendre. »
Cap sur les États-Unis
La distinction obtenue en juillet ouvre une seconde séquence. Le marché américain du crédit immobilier représente environ 2 200 milliards de dollars d’octrois par an. Les agents conversationnels qui y sont déployés relèvent, pour l’essentiel, de la capture de prospects : ils répondent, qualifient, transfèrent. Aucun ne calcule ni ne conseille.
« Le Maroc a servi de laboratoire », explique Bachir Benslimane Bellemlih. « Nous avons éprouvé le moteur sur un marché exigeant, avec des structures de financement plus complexes qu’aux États-Unis. Ce que nous apportons là-bas, personne ne l’a encore construit. »
L’ambition affichée est de déployer un conseiller crédit agentique dans les banques, credit unions, établissements spécialisés et courtiers américains. Le rendez-vous de novembre en Californie en constituera la première étape publique.





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