C’est la semaine de tous les dangers pour le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, auquel le Pastef, largement majoritaire au Parlement, fait blocage. Le bras de fer engagé par le parti d’Ousmane Sonko fait planer le risque d’un «shutdown» à la sénégalaise et menace des engagements cruciaux du gouvernement, dont le processus de restructuration de la dette extérieure et l’apurement des arriérés de l’État envers les entreprises privées.

Un texte déjà rejeté en commission
Le texte, qui sera soumis à la plénière de l’Assemblée nationale mardi 27 octobre, pourrait être rejeté comme cela a déjà été le cas en commission des Finances, le vendredi 23 octobre, par les élus du Pastef. Leur motif : ce projet de loi contiendrait «des incohérences» et supprimerait plusieurs projets sociaux. Mais beaucoup d’observateurs à Dakar y voient un «règlement de comptes» et des «motivations politiques.»
Pastef : préserver l’investissement public
Cette position ne remet pas en cause la nécessité de réviser le budget pour tenir compte des nouvelles contraintes économiques, s’est justifié le Pastef dans un communiqué. Ses élus appellent à «préserver l’investissement public et les priorités sociales», en réexaminant les coupes affectant la santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’hydraulique, les infrastructures, l’industrie et les autres projets structurants de l’Agenda national de Transformation. En somme, toute la copie est à revoir au moment où l’État n’a pas beaucoup de ressources. Selon le Pastef, le gouvernement doit renoncer à la coupe des subventions aux carburants «afin de protéger le pouvoir d’achat des ménages et réduire durablement le coût de l’énergie.»
Le gouvernement dément
Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mouhamadou Lô, est monté au créneau dimanche 25 octobre au cours d’une conférence de presse, sans doute pour prendre l’opinion à témoin. Il a souligné que le texte ne fait que «toucher à des éléments qui ont été particulièrement secoués, qu’ils soient des baisses ou des hausses de recettes, que ce soient des hausses de charges», rapporte notre confrère Sikafinance. «Notre priorité est de préserver les intérêts et le pouvoir des Sénégalais ; notre démarche est claire, nous sommes loin des considérations politiques », a-t-il rétorqué aux détracteurs de son projet.
Des leviers constitutionnels pour débloquer la situation
Le Premier ministre a également expliqué que le PLFR est marqué par une révision à la baisse des recettes de 340 milliards FCFA. À cela s’ajoute une augmentation des charges incompressibles de 540 milliards FCFA, liée essentiellement aux subventions énergétiques, mais aussi à la nécessité de doter davantage les forces de défense et de sécurité. Concernant les projets qui auraient été supprimés, Ahmadou Al Aminou Lô soutient qu’ils sont reprogrammés dans la loi de finances 2027, les travaux n’étant pas suffisamment avancés.
Face au blocage qui se dessine et aux positions presque inconciliables avec le Pastef, le Premier ministre sénégalais a appelé l’Assemblée nationale au dialogue : «Il est inconcevable de vouloir bloquer le pays pour des motivations politiques. Ne punissez pas le peuple : ne pas voter ce projet de loi, c’est empêcher le décaissement de 300 milliards FCFA au profit du secteur du BTP.» Si le texte est bloqué par l’Assemblée nationale, le président de la République usera des moyens légaux et constitutionnels qui lui sont conférés afin de garantir la bonne marche du pays, a-t-il prévenu.





Sénégal


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