Du 12 au 13 novembre 2026, Cotonou accueillera la troisième édition du Salon des Industries Musicales d’Afrique francophone (SIMA). Après une édition précédente qui a réuni plus de 6 700 participants, dont plus de 3 000 professionnels selon les organisateurs, le rendez-vous revient au Bénin pour la deuxième année consécutive.
Placé sous le thème « Musique africaine : de la scène au pouvoir d’influence », le salon réunira artistes, producteurs, institutions et professionnels autour d’une question simple : comment convertir le rayonnement international des musiques africaines en revenus durables, en entreprises compétitives et en influence. Dans le prolongement des échanges tenus le 3 octobre à Sciences Po Paris lors d’AFRICA Day, le programme entend dépasser la seule dimension artistique pour interroger les conditions économiques, technologiques et institutionnelles du développement des industries culturelles et créatives (ICC).
De la scène à la puissance économique
La première journée s’ouvrira sur le thème « Du rayonnement à la puissance économique », avec des interventions institutionnelles et une séquence associant mode et musique. Les discussions porteront ensuite sur les modèles économiques des ICC, les mécanismes de financement et les conditions de développement des entreprises du secteur.
La monétisation constituera l’un des fils conducteurs. Un Industry Highlight consacré à Tiakola et à la monétisation des musiques en Afrique francophone doit faire le lien entre création et valorisation économique. Avec son titre à succès Mélo décalé, l’artiste est revenu sur une problématique qui touche de nombreux musiciens d’Afrique de l’Ouest : tirer des revenus de leurs œuvres au-delà de leur succès auprès du public. Un panel intitulé « Monétisation : mieux capter la valeur créée par les musiques africaines » prolongera la réflexion, avec notamment Marc-André Niang, présenté au programme comme directeur de Warner Music Afrique francophone, et des représentants de sociétés de gestion collective et de l’industrie, dont BUBEDRA, la SODAV, le CISAG et Sony Music.
Derrière ces débats, des enjeux concrets : la rémunération des ayants droit, la gestion des catalogues, le suivi de l’exploitation des œuvres et la répartition des revenus. À mesure que les musiques africaines circulent sur les plateformes internationales, la maîtrise des droits et des données devient un levier essentiel pour capter la valeur créée. Le spectacle vivant sera également traité, avec des professionnels liés à Live Nation et à AfroPunk parmi les intervenants envisagés, ainsi que la place des femmes dans l’industrie, à partir d’une étude consacrée au secteur au Nigeria.
IA et souveraineté : qui possède la musique africaine ?
Le vendredi 13 novembre, les échanges se concentreront sur les transformations technologiques. Une table ronde sur l’intelligence artificielle examinera ses conséquences sur les pratiques de création, la gestion des œuvres et les droits des artistes. Samuel Sangwa, associé à la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (CISAC) dans le programme, figure parmi les intervenants envisagés.
En parallèle, une session intitulée « Qui possède la musique africaine ? » abordera la propriété des catalogues, les droits, les métadonnées et les identifiants des enregistrements, notamment les codes ISRC. Ces éléments techniques jouent un rôle déterminant dans l’identification des œuvres et le suivi de leur exploitation sur les plateformes numériques et dans les circuits internationaux. À la mi-journée, une conversation sur la souveraineté de la musique africaine réunira Claudy Siar, Moussa Wague et Godwin Tom, sous la modération de Mamby Diomandé, selon le programme prévisionnel. La question dépasse la visibilité des artistes : elle porte sur la maîtrise des actifs, des données et des revenus générés par leurs œuvres.
Musique et football : des passerelles à construire
Le rapprochement entre sport et musique constituera l’un des temps forts de l’édition. Une table ronde consacrée à l’export doit réunir plusieurs professionnels, dont Bizzle, du Nigeria, la Fédération ivoirienne de football (FIF) et Nadeige Tubiana. Football et musique disposent de capacités de mobilisation des publics et d’exposition internationale qui peuvent ouvrir des collaborations concrètes : événements communs, partenariats avec des marques, création de contenus, mise en avant d’artistes lors de rendez-vous sportifs. Reste à identifier les modèles capables de transformer ces rapprochements en opportunités pour les artistes, les producteurs et les entreprises culturelles. Une autre session, consacrée aux relations entre sport et ICC, prolongera ces échanges, complétée par des rencontres avec des programmateurs pour faciliter la circulation des talents.
Export, audiovisuel et jeunes talents
L’internationalisation des carrières forme un autre axe de la programmation. La table ronde « Musique à l’export : construire des carrières et des entreprises mondiales depuis l’Afrique » examinera les conditions pour développer artistes et structures professionnelles au-delà de leurs marchés d’origine. Une session abordera la place des œuvres musicales dans les productions audiovisuelles, d’autres échanges porteront sur la viralité des contenus, et une discussion traitera de la musique comme instrument de stratégie nationale, entre attractivité touristique, rayonnement culturel et influence internationale.
En amont des journées professionnelles, le SIMA Lab.Music réunira, du 7 au 11 novembre, des artistes et beatmakers africains autour d’une résidence destinée à produire un EP collaboratif, dont la distribution par une major internationale est envisagée. La scène Makaya mettra pour sa part en avant des artistes émergents du Togo, du Kenya, de Madagascar et d’autres pays africains. Pour les industries musicales africaines, l’enjeu est désormais clair : convertir le rayonnement en capacités de production et en revenus mieux partagés.





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