Le groupe Dorado FZCO, basé à Dubaï, prépare une nouvelle offensive industrielle en Côte d’Ivoire. À Yamoussoukro, sa filiale Bluejay Nuts doit investir près de 16 millions d’euros dans une usine dédiée à la transformation de 50 000 tonnes de noix brutes par an.
Dorado FZCO négocie avec la Société financière internationale (IFC) un prêt de 13 millions d’euros pour financer sa future unité de Yamoussoukro. Le projet, porté par Bluejay Nuts, filiale ivoirienne détenue à 100 % par le holding de Dubaï, représente un investissement global de près de 16 millions d’euros. Les quelque 2,6 millions d’euros restants doivent être apportés en fonds propres par les actionnaires de Dorado. Au 17 septembre, le financement figurait encore parmi les projets en attente d’approbation de l’IFC.
170 000 tonnes de capacité
Prévue pour entrer en service au premier trimestre 2027, l’usine pourra traiter jusqu’à 50 000 tonnes de noix de cajou brutes par an. Elle comprendra également un entrepôt de 30 000 tonnes, une chaudière, une station d’épuration et une installation solaire en toiture de 2,5 MW.
Cette implantation sera la deuxième infrastructure industrielle de Dorado en Côte d’Ivoire, après celle de Toumodi. Inaugurée en 2022 avec une capacité initiale de 60 000 tonnes, l’usine Dorado Ivory a depuis doublé ses capacités, pour atteindre 120 000 tonnes annuelles, selon les éléments examinés dans le cadre du projet de l’IFC. Avec Yamoussoukro, le groupe disposera donc d’au moins 170 000 tonnes de capacités de transformation dans le pays.
La course à la matière première
Pour alimenter ses usines, Dorado accélère également ses achats. Le groupe a acquis environ 92 000 tonnes de noix brutes en 2025 et ambitionne de porter ce volume à 150 000 tonnes dès 2027, soit une progression de plus de 60 % en deux ans.
Son dispositif d’approvisionnement repose sur près d’une centaine de fournisseurs, dont 80 % sont des coopératives et 20 % des agrégateurs. Le groupe loue par ailleurs des capacités de stockage à Bondoukou, Bouaké et Toumodi, totalisant 104 000 tonnes. L’entrepôt de Yamoussoukro porterait ce potentiel à au moins 134 000 tonnes.
Les coques, nouvel eldorado
Dorado ne compte toutefois pas s’arrêter à la transformation des amandes. Les coques produites par la future usine de Yamoussoukro doivent alimenter son unité de Toumodi dédiée au Cashew Nut Shell Liquid (CNSL), une huile industrielle extraite de ces résidus.
Utilisé notamment dans les résines, les peintures, les revêtements et les matériaux de friction, le CNSL permet de transformer un déchet industriel en coproduit à plus forte valeur ajoutée. L’installation de Dorado peut traiter jusqu’à 250 tonnes de coques par jour et produire environ 60 tonnes de CNSL. Le groupe prévoit également de mettre en place, d’ici à 2028, une centrale biomasse à Toumodi afin de valoriser davantage ses résidus pour ses propres besoins énergétiques.
Abidjan veut remonter la chaîne de valeur
L’offensive de Dorado intervient alors que la Côte d’Ivoire accélère sa mue industrielle dans la filière cajou. Longtemps exporté à l’état brut vers l’Asie, notamment l’Inde et le Vietnam, le produit fait désormais l’objet d’une stratégie visant à retenir davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
En 2025, les transformateurs ivoiriens ont absorbé près de 660 000 tonnes de noix brutes, soit environ 43 % de la production nationale. À partir de la campagne 2026, les zones agro-industrielles en développement à Korhogo, Bondoukou et Séguéla devraient ajouter au moins 150 000 tonnes de capacités supplémentaires.
Le défi est désormais de franchir une nouvelle étape : produire localement des amandes prêtes à la consommation, conditionnées et conformes aux standards internationaux, pour accéder aux segments les plus rémunérateurs.
Dans cette course à la valorisation, les coques constituent elles aussi un nouvel enjeu. Le 11 septembre, l’indienne Essar Biofuels (India) Limited a ainsi annoncé un projet d’environ 65,8 millions d’euros pour développer une unité industrielle dédiée à leur valorisation. La bataille ivoirienne du cajou ne se joue donc plus seulement sur l’amande, mais aussi sur tout ce qui l’entoure.





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