Entre un bilan frôlant les sommets et un portefeuille miné par des impayés chroniques, le secteur bancaire burkinabè cherche un second souffle. Réunies à Ouagadougou sous l’égide de l’Association professionnelle des Banques et Établissements Financiers du Burkina Faso (APBEF-B), les institutions financières ont un objectif commun : assainir leurs bilans sans étouffer l’économie réelle.
À première vue, la santé financière du Burkina Faso force le respect. Le total du bilan cumulé des banques du pays a franchi la barre des 10 000 milliards de FCFA, environ 15,30 milliards de dollars US, fin 2025, porté par une collecte de dépôts en hausse de plus de 18 %. Mais ce portrait flatteur dissimule une faille structurelle. Les établissements de crédit ne couvrent toujours pas le tiers des besoins de financement de l’économie nationale. Pis, la qualité du portefeuille se dégrade : le taux de créances classées, estimé à environ 10 % fin 2025 et à 11,4 % à l’été 2026, dépasse largement la norme communautaire de 3 % fixée par le régulateur. Une anomalie que la profession entend corriger pour ramener ce ratio à 8 % d’ici 2027.
Entre chocs exogènes et risque systémique
Comment expliquer cette dérive ? Les cicatrices des soubresauts sécuritaires et macroéconomiques de 2022-2023 pèsent toujours sur la capacité de remboursement des emprunteurs. S’y ajoute l’exposition de secteurs névralgiques mais vulnérables, comme une agriculture tributaire des aléas climatiques et un parc de transport vieillissant.
Le point faible tient surtout à la concentration des créances sur un cercle restreint de dix à vingt grands clients communs à presque toute la place bancaire. Cette interdépendance fait peser un risque systémique, au moment même où l’étau réglementaire se resserre. Entre l’application stricte du plafond de 14 % sur le taux effectif global (TEG), l’arrimage progressif aux normes Bâle II et Bâle III et l’entrée en vigueur de quatorze nouvelles circulaires dès le premier trimestre 2027, le droit à l’erreur n’existe plus.
Vers une thérapie de choc par la coopération
Pour y faire face, les banquiers burkinabè ont choisi de rompre avec l’isolement concurrentiel. La riposte s’organise autour d’une solidarité accrue : partage d’informations sur les profils multi-bancarisés défaillants, recours systématique à la Centrale des risques et mise en place de plans de redressement concertés.
Sur le front des garanties, l’exigence monte en puissance : attestation de situation fiscale, titre foncier — les pièces justificatives deviennent un passage obligé. Mais l’équation ne se résoudra pas par la seule restriction du crédit. Pour le président de l’APBEF-B, Diakarya Ouattara, l’enjeu principal reste la « qualité de la source de remboursement ». Autrement dit, prêter plus juste : diversifier les risques vers des segments porteurs sans relâcher la surveillance. Un pari dont l’issue conditionnera le financement de l’économie nationale.





Burkina Faso


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