Quatre ans après son placement sous surveillance renforcée, en octobre 2022, la République démocratique du Congo a été retirée de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) à l’issue de la plénière tenue à Paris du 26 au 30 octobre 2026. Le GAFI avait déjà jugé, en juin dernier, que Kinshasa avait «substantiellement achevé son plan d’action», la dernière étape étant restée suspendue à une évaluation sur place retardée par l’épidémie d’Ebola dans l’est du pays.
Pour le système financier congolais, l’enjeu est concret : sortir de cette liste améliore la perception du risque pays et allège la pression de conformité pesant sur les transactions internationales.
De la loi de 2022 à la sortie de liste : un processus engagé depuis 2020
Depuis son arrivée à la présidence de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a fait de la lutte contre la corruption et les pratiques financières illicites un axe affiché de son action. Le corpus juridique a suivi : la loi n°22/068 du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme a modernisé le cadre applicable, et le président de la République a inauguré en mars 2023 le nouveau siège de la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
Restait à démontrer que ces textes produisaient des effets sur le terrain. C’est précisément ce que vérifie le GAFI avant de retirer un pays de sa liste : non seulement l’adoption des réformes, mais leur mise en œuvre effective et durable.
Le CENAREF au cœur du dispositif
La CENAREF reste l’institution pivot du système : elle collecte et analyse les déclarations de soupçon émanant des établissements financiers et des entités assujetties, puis transmet les renseignements utiles aux autorités compétentes. Un travail qui demande une expertise d’analyse financière et une coopération permanente avec le judiciaire et les organismes internationaux.
À sa tête, Adler Kisula Betika Yeye, nommé en juillet 2020 puis reconduit par l’ordonnance présidentielle n°23/210 du 1er décembre 2023, a piloté le renforcement des capacités d’analyse de la cellule. Ancien premier avocat général près la Cour de cassation, il apporte une expérience judiciaire directement utile à un domaine où le renseignement financier doit aboutir à des poursuites. Le GAFI a d’ailleurs salué le renforcement de la CENAREF en ressources humaines et en capacités d’analyse opérationnelle et stratégique.
Une mobilisation qui dépasse un seul ministère
Le ministère des Finances, dirigé par Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a coordonné l’accompagnement des réformes et la continuité des engagements pris vis-à-vis du GAFI. Mais la chaîne est plus longue : la Banque centrale du Congo, les autorités de supervision, le ministère de la Justice, l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes et l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption interviennent chacune à un maillon, de la détection des opérations suspectes jusqu’aux sanctions.
Sur le fond, le GAFI reconnaît à la RDC plusieurs avancées concrètes : la finalisation de l’évaluation nationale des risques et l’adoption d’une stratégie nationale, la désignation d’autorités de supervision pour l’ensemble des professions non financières concernées, le renforcement des capacités d’enquête et de poursuite, et la mise en œuvre effective des sanctions financières ciblées.
Ce que la sortie de liste change — et ne change pas
Pour les banques correspondantes et les investisseurs étrangers, le retrait de la liste grise réduit le coût de la conformité et peut relancer des relations bancaires jusqu’ici fragiles. Les bénéficiaires ne verront toutefois ces effets que si les réformes tiennent dans la durée : la sécurité juridique et l’efficacité réelle des institutions restent les vrais critères.
Car la sortie de liste n’est ni une certification de bonne gouvernance ni une fin de parcours. Elle valide l’accomplissement d’un plan d’action, pas l’éradication de la corruption ou du blanchiment. Kinshasa visait d’ailleurs cette sortie dès 2025, objectif annoncé en octobre 2024 à Washington par le ministre des Finances auprès du Trésor américain, et décalé d’un an.
La suite se jouera sur des points précis : la qualité des enquêtes financières, le nombre de poursuites abouties, l’indépendance des mécanismes de contrôle et la transparence dans la gestion des finances publiques. C’est là, plus que dans la communication autour de la décision du GAFI, que la RDC devra démontrer que ses institutions sont désormais capables de protéger les ressources nationales.

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République démocratique du Congo
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