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DOSSIER : Vaccination anti-Covid-19 : Où en est l’Afrique dans la bataille ?

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Alors que la vaccination contre le Covid-19 démarre dans la plupart des pays occidentaux, seulement une poignée de pays africains ont démarré leur campagne de vaccination, le plus souvent d’une manière symbolique. La plupart des pays d’Afrique, touchés de plein fouet par la deuxième vague épidémique, se préparent également pour leurs propres campagnes. Un défi à plusieurs titres.

DOSSIER RÉALISÉ PAR Mohamed Ould Salem

Vendredi 29 janvier. Le nombre de cas d’infection au nouveau coronavirus sur le continent africain s’élevait à 3.515.047, selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique). Le même Centre avance les données suivantes : le bilan des morts lié à la pandémie en Afrique était de 89.993 à cette date ; au total, 2.990.890 personnes infectées au nouveau coronavirus se sont rétablies à travers le continent. L’Afrique australe est la région d’Afrique la plus touchée en nombre de cas positifs confirmés, suivie de l’Afrique du nord, selon la même source. Les pays africains les plus touchés en nombre de cas positifs sont l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et l’Ethiopie. L’Afrique du Sud a signalé le plus grand nombre de décès dus à la Covid-19 en Afrique, avec 43.105 en cette date, selon le CDC Afrique.


Avec un tel bilan et même si l’Afrique n’est pas très touchée par cette pandémie du nouveau coronavirus, la vaccination demeure l’ultime espoir pour un retour rapide à une vie normale en 2022. Début décembre, Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), réclamait que l’Afrique figure parmi les premiers bénéficiaires des vaccins. «Il ne faut pas que ceux qui ont les moyens monopolisent les vaccins. Il faut que l’Afrique soit également comprise parmi ceux qui vont bénéficier dès les premiers instants de ces vaccins», soulignait-il. «Il faut d’abord que des moyens soient disponibles pour acheter ces vaccins car ils ne sont pas gratuits».  

Pour le continent africain, le premier défi est avant tout financier. Sur les 47 pays de la région Afrique de l’OMS, «seulement près du quart disposent de plans adéquats pour les ressources et le financement», regrettait début décembre l’agence onusienne qui espère vacciner «3 % des Africains d’ici mars 2021 et 20 % d’ici la fin de l’année prochaine».

En pleine bataille mondiale pour l’achat des vaccins anti-Covid, l’Afrique, jusqu’ici à la traîne pour immuniser ses 1,3 milliard d’habitants, accélère et assure avoir garanti des centaines de millions de doses. Seule une poignée de pays africains ont commencé à vacciner leur population à ce jour, dont l’Egypte, les Seychelles et Maurice. Et au Maroc, le roi Mohammed VI a été vacciné jeudi 28 janvier, donnant le coup d’envoi à la campagne nationale.  

L’Algérie, pays le plus peuplé du Maghreb avec 44 millions d’habitants, a procédé samedi 30 janvier à ses premières vaccinations, à Blida (centre) qui a été l’épicentre local de la pandémie en mars 2020, avec un lot du vaccin russe Spoutnik V.

L’Afrique du Sud, pays le plus touché du continent par la pandémie n’a pas encore commencé à vacciner sa population, déclenchant des critiques sur la lenteur de l’approvisionnement et sur l’absence de stratégie. Une première cargaison de doses du vaccin britannique AstraZeneca/Oxford, produites en Inde, était attendue lundi 1er février et les premières injections sont prévues deux semaines plus tard.

La COVAX, l’initiative de l’espoir

La plupart des pays africains comptent sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Union africaine (UA) pour s’approvisionner. Grâce aux dispositifs des deux organisations, l’OMS table sur 30% de la population africaine vaccinée d’ici la fin 2021. L’UA a annoncé jeudi 28 janvier avoir obtenu 400 millions de doses supplémentaires. Au total, 670 millions de vaccins sont promis à l’Afrique par l’Union. Ces 400 millions de doses ont été acquises auprès de l’Institut Serum of India (SII), qui produit à grande cadence des vaccins développés par AstraZeneca et l’université d’Oxford, pour l’Inde et une grande partie des pays en développement. Le dispositif Covax de l’OMS, pour un accès équitable aux vaccins, fournira parallèlement les doses pour 20% de la population. «D’ici mars 2021, nous verrons certainement la plupart des pays commencer à vacciner», a estimé jeudi 28 janvier Richard Mihigo, coordinateur du programme d’immunisation et du développement des vaccins au bureau régional de l’OMS pour l’Afrique. «C’est un début lent, mais nous nous attendons à ce que les choses s’accélèrent dans les mois à venir», a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse en ligne. Depuis le début de la pandémie, l’Afrique reste officiellement l’un des continents les moins touchés par le virus. Mais la plupart des pays du continent sont frappés par une deuxième vague qui les a forcés à revenir à des mesures sanitaires strictes. Les infections ont augmenté de 50% au cours des quatre dernières semaines et le nombre de décès a été multiplié par deux, selon l’OMS. Et la découverte de nouveaux variants, en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne et au Brésil, réputés plus contagieux et qui continuent à se propager dans le monde, a aussi accéléré la ruée vers les vaccins. Dernier en date, le Sénégal a annoncé jeudi 28 janvier avoir détecté pour la première fois le variant britannique. Avec près de 26.000 cas dont 614 décès officiels dans ce pays jeune, la pandémie met le système de santé à rude épreuve.  

L’Afrique aura besoin de 1,5 milliard de doses pour vacciner 60% de sa population et atteindre l’immunité collective, selon les estimations. Pour un coût qui oscille entre 5,8 et 8,2 milliards d’euros. Tous les vaccins seront disponibles «entre cette année et l’année prochaine», a promis le directeur de l’agence du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l’UA, John Nkengasong.

John Nkengasong, Directeur du Centre africain de contrôle et de préventions des maladies (CDC Afrique)

John Nkengasong, Directeur du Centre africain de contrôle et de préventions des maladies (CDC Afrique)

Faible marge de négociation

Parallèlement, certains gouvernements ont engagé des négociations bilatérales avec les laboratoires pharmaceutiques pour obtenir davantage de vaccins, au risque de faire flamber les prix. Première puissance industrielle du continent, l’Afrique du Sud a commandé 20 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech contre la Covid-19. Cette commande auprès de Pfizer s’ajoute aux 12 millions de doses de vaccins obtenues du système Covax mis en place par l’OMS, aux neuf millions de doses du vaccin développé par le laboratoire américain Johnson & Johnson et aux 1,5 million de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, permettant de dépasser au total la barre des 40 millions de doses réservées. Lors du sommet virtuel de Davos tenu récemment, le chef d’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa, a fustigé les pays riches qui «accaparent» les vaccins, s’indignant contre le «nationalisme vaccinal». Il a appelé ceux qui ont les moyens d’acquérir «jusqu’à quatre fois ce dont leur population a besoin», à mettre à disposition leurs doses excédentaires.

Le secteur privé à la rescousse ?

Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) a appelé jeudi 28 janvier les acteurs du secteur privé africain à soutenir les efforts du continent pour assurer une vaccination adéquate contre la Covid-19. Cet appel survient après que l’UA a dévoilé un soutien de 25 millions de dollars du fournisseur sud-africain de réseau mobile MTN pour appuyer le programme de vaccination de l’Union africaine (UA).

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l'OMS

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS

«Dans un partenariat public-privé unique, MTN, le plus grand fournisseur de réseau mobile d’Afrique, a annoncé un don de 25 millions de dollars pour soutenir le programme de vaccination de l’Union africaine contre la Covid-19», a déclaré le CDC Afrique, agence de l’UA spécialisée dans les services de santé, dans un communiqué publié. Selon le CDC Afrique, ce don «aidera à obtenir jusqu’à sept millions de doses de vaccin contre la Covid-19 pour les travailleurs de santé de tout le continent, ce qui contribuera à l’initiative de vaccination du CDC Afrique». «L’impact dévastateur de la Covid-19 s’est avéré sans précédent et profond.

Des partenariats public-privé sont nécessaires si nous voulons réussir dans la lutte contre la pandémie et restaurer les normes socio-économiques pour notre continent et nos communautés», indique un communiqué de l’UA citant Ralph Mupita, Président directeur-général du groupe MTN. Le 14 janvier, Cyril Ramaphosa, qui est également président de l’Union africaine (UA), a annoncé «que l’organisation panafricaine avait acheté quelque 270 millions de doses de vaccin au nom de ses membres, grâce à des garanties de paiement de pré-commandes accordées aux importateurs par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank)pour un montant de 2 milliards de dollars.

Campagne de vaccinations contre le Covid-19

Campagne de vaccinations contre le Covid-19

Selon le CDC Afrique, cette commande provisionnelle de 270 millions de doses de vaccin contre la Covid-1 9» a été une étape remarquable dans les efforts pour assurer un accès équitable au vaccin contre la pandémie à la population africaine». «Toutefois, avec une population de près de 1,3 milliard de personnes, l’Afrique a besoin de beaucoup plus de doses pour réaliser une immunité collective d’au moins 60% de la population», a indiqué le CDC Afrique, ajoutant que les contributions d’entités privées telles que MTN jouaient un rôle majeur pour aider le continent à atteindre cet objectif.

 

 

 

Afrique du Sud : L’opération de vaccination prévue en mi-février

L’Afrique du Sud a commandé 20 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech contre la Covid-19. Le pays le plus touché du continent par la pandémie n’a pas encore commencé à vacciner sa population, déclenchant des critiques sur la lenteur de l’approvisionnement et sur l’absence de stratégie. Ces 20 millions de doses de « vaccins sont réservées et attendent que les producteurs soumettent les dispositions finales avec le détail des dates de livraison et les montants exacts », a déclaré le ministre Zweli Mkhize au Sunday Times au sujet du vaccin développé par les laboratoires américain Pfizer et allemand BioNTech.

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa s’en prend violemment au nationalisme vaccinal

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa s’en prend violemment au nationalisme vaccinal

La commande auprès de Pfizer s’ajoute aux 12 millions de doses de vaccins obtenues du système Covax mis en place par l’OMS, aux neuf millions de doses du vaccin développé par le laboratoire américain Johnson &Johnson et au 1,5 million de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, permettant de dépasser au total la barre des 40 millions de doses réservées. L’Afrique du Sud a pour objectif de vacciner d’ici la fin de l’année 67% de sa population, soit environ 40 millions de personnes. Une première cargaison de doses du vaccin britannique AstraZeneca/Oxford, produites en Inde, devait être livrée lundi 1er février et les premières injections sont prévues deux semaines plus tard. L’épidémie de Covid-19 en Afrique du Sud a été accélérée par un nouveau variant, suspecté être plus contagieux.

Tunisie : COVAX pour commencer

Un premier lot de 93 600 doses de vaccins anti-covid-19 de Pfizer sera acquis mi-février et plus de 500 000 doses de vaccins britanniques AstraZeneca seront procurées à la fin du mois de février. Ces doses s’inscrivent dans le cadre de l’initiative internationale COVAX après l’annonce de l’approbation officielle de la demande de la Tunisie à côté de 18 autres pays qui ont déposé leur demande auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Faouzi Mehdi, ministre de la Santé tunisien

Faouzi Mehdi, ministre de la Santé tunisien

Le ministère de la Santé tunisien avait annoncé plutôt avoir accordé une autorisation exceptionnelle et provisoire de commercialisation sur le marché tunisien d’une durée d’une année, au vaccin russe Spoutnik V après une autorisation le 11 janvier courant à celui de l’américano-allemand BioNtech. Un comité directeur de la campagne nationale de vaccination contre la Covid-19, a été tenu samedi 30 janvier pour la première fois en présence du ministre de la Santé, Faouzi Mehdi, et des représentants de plusieurs ministères, structures ainsi que de la société civile qui vont contribuer à l’organisation de la campagne. La réunion a permis d’examiner les tâches de chaque partie intervenante et les moyens d’assurer une meilleure coordination pour réussir la campagne de vaccination.

Maroc : C’est parti !

Le Roi Mohammed VI recevant la première dose du vaccin contre la Covid-19 au Palais Royal de Fes

Le Roi Mohammed VI recevant la première dose du vaccin contre la Covid-19 au Palais Royal de Fes

Après réception de 2 millions de doses du vaccin développé par le laboratoire « AstraZeneca » et 500.000 autres du laboratoire chinois « Sinopharm », le Maroc a lancé sa campagne de vaccination contre la Covid-19.  Le Roi Mohammed VI qui a reçu la première dose, a procédé jeudi 28 janvier au lancement de l’opération. A noter que cette campagne se déroulera de façon progressive et par tranches et bénéficiera à l’ensemble des citoyens marocains et résidents de 17 ans et plus.

 

 

 

Algérie : Un démarrage symbolique

Début de la vaccination contre la Covid-19 à Blida en Algérie

Début de la vaccination contre la Covid-19 à Blida en Algérie

C’est à Blida, dans le centre de l’Algérie, qu’a débuté samedi 30 janvier la campagne de vaccination dans le pays. Les premières doses du vaccin russe Spoutnik V sont arrivées la veille à l’aéroport militaire de Boufarik, dans la préfecture de Blida, sans que soit précisé le nombre de doses livrées. La vaccination concernerait d’abord le personnel médical, les personnes âgées et les malades chroniques. Fin décembre, Alger avait annoncé avoir commandé chez son allié russe 
500 000 doses de vaccin.

 

 

Egypte : Le vaccin ne sera pas gratuit pour tout le monde

Hala Zayed, la ministre de la santé égyptienne

Hala Zayed, la ministre de la santé égyptienne

L’Egypte a lancé dimanche 24 janvier sa campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus, en administrant deux doses du vaccin du groupe chinois Sinopharm à un médecin et un infirmier dans un hôpital d’Ismaïlia dans l’est du pays. «L’Egypte est le premier pays d’Afrique continentale à avoir reçu le vaccin et (…) commencé une campagne de vaccination», a indiqué la ministre de la Santé, Hala Zayed, lors d’une conférence de presse à l’hôpital Abou Khalifa d’Ismaïlia, l’un des premiers à avoir accueilli des malades du coronavirus dans le pays.

L’Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec quelque 100 millions d’habitants, a reçu ses premiers lots de vaccins Sinopharm en décembre. Toutefois, la ministre, qui a elle-même participé aux tests cliniques en 2020, a précisé que «ceux qui ont les moyens financiers paieront» pour obtenir le vaccin. L’Egypte a signé des contrats avec «trois entreprises anglaise, chinoise et russe», s’assurant 100 millions de doses dont une partie attend d’être livrée, a-t-elle affirmé.

Les Seychelles ouvrent le bal

Le président de Les Seychelles, Wavel Ramkalawan a été le premier à se faire vacciner lors d'une séance à l'hôpital de Victoria

Le président de Les Seychelles, Wavel Ramkalawan a été le premier à se faire vacciner lors d’une séance à l’hôpital de Victoria

Grâce aux 50.000 doses offertes par les Émirats arabes-unis, les Seychelles qui entretiennent des liens diplomatiques étroits avec ce pays du Golfe, a entamé sa campagne de vaccination le 10 janvier faisant de l’archipel de l’océan indien le premier pays d’Afrique à lancer l’opération. Le président des Seychelles et plusieurs dizaines de personnalités se sont fait vacciner le premier jour. Le président Wavel Ramkalawan a été le premier à se faire vacciner lors d’une séance à l’hôpital de Victoria retransmise en direct sur les télévisions et radios du pays. Le vaccin utilisé est le vaccin chinois mis au point par le laboratoire public Sinopharm avec sa filiale China National Biotec Group (CNBG). L’ensemble de la population des Seychelles, soit 95.000 personnes, doit être à terme vaccinée, sur la base du volontariat.  

Ile Maurice : Quelque 100.000 doses pour commencer

La campagne de vaccination a débuté le mardi 26 janvier à l’île Maurice, sur la base de 100 000 doses du vaccin du groupe anglo-suédois AstraZeneca. Un don du gouvernement indien. Pas suffisant pour couvrir toute la population : le pays compte environ 1,3 million d’habitants. D’ici fin mars, il doit recevoir 200 000 doses supplémentaires, toujours de la part de l’Inde, selon le ministre mauricien des Affaires étrangères. Et par le biais du dispositif Covax, l’initiative de l’OMS et de partenaires privés pour un accès équitable aux vaccins, l’île Maurice doit recevoir ensuite 240 000 doses : ce sera au plus tôt avant fin mars. Le pays, qui envisage de vacciner 60% de sa population avant la fin de l’année, compte sur la réussite de cette opération pour relancer son secteur touristique, l’un des piliers de son économie, durement touché par la pandémie.

 

 

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