Réunis dans la capitale sénégalaise, les gouverneurs des banques centrales africaines ont relancé les grands chantiers de l’intégration financière du continent. Au cœur des échanges : convergence macroéconomique, stabilité bancaire, paiements panafricains et mise en place de l’Institut monétaire africain, considéré comme l’antichambre de la future Banque centrale africaine.
Le bureau de l’Association des banques centrales africaines (ABCA) a tenu, jeudi 7 mai 2026 à Dakar, sa première réunion de l’année au siège de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Cette rencontre stratégique a permis aux gouverneurs d’évaluer l’état d’avancement des décisions prises lors du Conseil des gouverneurs du 28 novembre 2025 à Yaoundé.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, commerciales et sécuritaires, les responsables monétaires africains ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coordination économique et financière du continent.
Convergence macroéconomique : les États appelés à accélérer les réformes
Au centre des travaux figurait l’examen du rapport d’étape 2025 du Programme de coopération monétaire en Afrique (PCMA), mécanisme destiné à harmoniser les politiques monétaires et à favoriser une meilleure convergence économique entre les États africains.
Les gouverneurs ont analysé les causes du non-respect de certains critères macroéconomiques par plusieurs pays membres et plaidé pour un renforcement du dispositif de surveillance multilatérale. Ils ont également étudié les termes de référence du futur Groupe de projet sur la politique monétaire et l’intégration, appelé à jouer un rôle central dans l’accélération des réformes financières continentales.
L’Institut monétaire africain prend forme
Autre dossier majeur : la mise en place de l’Institut monétaire africain (IMA), structure transitoire chargée de préparer la création de la future Banque centrale africaine.
Les membres du bureau ont passé en revue les propositions institutionnelles, organisationnelles et budgétaires liées à l’opérationnalisation de cet organe, dont le lancement est prévu en septembre 2026 au Nigeria. Les statuts de l’IMA avaient été adoptés lors de la 39e session ordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine en février dernier.
Pour Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire de l’Union africaine au développement économique, au commerce, au tourisme, à l’industrie et aux ressources minérales, l’Institut constitue «le levier pour harmoniser les politiques monétaires et absorber les chocs mondiaux.»
Elle a exhorté l’ABCA à accélérer la mise en place du Conseil de l’IMA ainsi que la nomination de ses membres afin de garantir le démarrage effectif de l’institution. «L’IMA est le point indispensable vers la Banque centrale africaine. Il doit être doté de ressources à la hauteur de nos ambitions», a-t-elle insisté.
Paiements panafricains et stabilité financière en ligne de mire
Les discussions ont également porté sur les enjeux prudentiels et la résilience des systèmes financiers africains face aux risques transfrontaliers.
Le bureau a examiné les activités de la Communauté des superviseurs bancaires africains (CSBA) ainsi que celles du Comité africain de stabilité financière (CASF), dans le cadre de leurs programmes de travail 2026-2028.
L’intégration des paiements a occupé une place importante dans les échanges. Les gouverneurs ont évalué les avancées du Système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS), développé avec Afreximbank, ainsi que les mesures destinées à réduire les coûts des transferts de fonds sur le continent.
Ces initiatives s’inscrivent dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), présentée comme un levier majeur de transformation économique et d’intégration régionale.
«Une étape clé» face aux chocs mondiaux
Président de l’ABCA et gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui a souligné l’importance stratégique de cette réunion dans un environnement mondial particulièrement instable.
Selon lui, les économies africaines demeurent fortement exposées à des chocs exogènes de grande ampleur, accentués par les tensions internationales et les vulnérabilités structurelles du continent.
Dans ce contexte, les dirigeants monétaires africains entendent accélérer les mécanismes de coordination afin de bâtir une architecture financière plus intégrée, plus résiliente et davantage capable de soutenir les ambitions économiques de l’Afrique.











