Guerre au Moyen-Orient : l’Afrique sous onde de choc
Dépendance énergétique, routes maritimes sous tension, présence militaire étrangère : bien que loin du front, le continent africain apparaît comme l’un des espaces les plus vulnérables aux secousses provoquées par la guerre contre l’Iran. Une exposition qui se traduit déjà par des impacts concrets.
À des milliers de kilomètres du théâtre des opérations, l’Afrique ressent déjà les effets de l’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Un Continent en première ligne… sans être en guerre
Depuis les frappes du 28 février et la fermeture du détroit d’Ormuz, les marchés mondiaux ont réagi immédiatement. Le prix du baril a dépassé les 100 dollars, atteignant même près de 117 dollars au plus fort des tensions.
Cette flambée a eu des répercussions quasi instantanées sur le continent. Au Nigeria, pourtant premier producteur de pétrole africain, les prix du carburant ont augmenté d’environ 14 % en quelques jours. Une illustration frappante du paradoxe africain : produire du pétrole ne protège pas contre les chocs énergétiques.
Dans plusieurs pays, les premières tensions sur l’approvisionnement commencent également à apparaître. En République démocratique du Congo, dans la région de Beni, le prix du litre d’essence a été multiplié par plus de trois, passant d’environ 2 500 à 8 000 francs congolais.
Dépendance énergétique : un talon d’Achille persistant
Le principal facteur de vulnérabilité reste la dépendance du continent aux importations d’hydrocarbures raffinés. Faute de capacités suffisantes de raffinage, la majorité des pays africains importent du diesel, de l’essence ou du kérosène à des coûts élevés.
Or, le détroit d’Ormuz, aujourd’hui perturbé, concentre à lui seul environ 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié. Sa fermeture partielle ou totale a un effet immédiat sur les prix mondiaux.
Cette situation pèse lourdement sur les finances publiques africaines. En Afrique du Sud, le ministre des Finances a reconnu que son pays était «soumis aux prix» internationaux, admettant que la guerre n’avait pas été anticipée dans les projections budgétaires. Dans de nombreux États, la hausse des carburants se répercute rapidement sur les prix du transport, de l’électricité et des biens de consommation.
Plus inquiétant encore, la plupart des pays africains ne disposent pas de stocks stratégiques suffisants pour amortir un choc prolongé. Certains ne couvrent que quelques semaines de consommation, les exposant à des pénuries rapides en cas de rupture durable des flux.
Routes maritimes : des artères vitales sous pression
L’impact de la crise ne se limite pas à l’énergie. Les routes maritimes stratégiques sont elles aussi fortement perturbées. Le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et le canal de Suez constituent des axes essentiels pour le commerce mondial, dont dépend largement l’Afrique.
Le canal de Suez concentre à lui seul entre 12 % et 15 % du commerce mondial et près de 30 % du trafic de conteneurs. Sa perturbation a déjà eu des effets mesurables : en 2024, les revenus de l’Égypte liés au canal ont chuté de près de 60 %, soit une perte estimée à environ 7 milliards de dollars.
Face aux risques sécuritaires en mer Rouge, de nombreuses compagnies maritimes ont choisi de contourner l’Afrique par le Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud. Ce détour allonge les trajets de plusieurs milliers de kilomètres, augmentant les coûts de transport, les primes d’assurance et les délais de livraison.
Pour les économies africaines, cela se traduit par une hausse généralisée des prix des importations. Produits alimentaires, biens manufacturés, intrants agricoles : tout devient plus cher. Cette inflation importée touche particulièrement les pays les plus dépendants du commerce extérieur.
Bases militaires et tensions sécuritaires : une proximité à risque
La dimension sécuritaire de la crise renforce également l’exposition du Continent. La Corne de l’Afrique, en particulier, apparaît comme une zone sensible. Djibouti, qui abrite des bases militaires américaines et françaises, se situe à proximité immédiate du Yémen, où les Houthis, alliés de l’Iran, disposent de missiles et de drones.
Le Somaliland, avec le port stratégique de Berbera, géré par les Émirats arabes unis, est également perçu comme une zone à risque. Dans un scénario d’élargissement du conflit, ces infrastructures pourraient devenir des cibles potentielles.
Au Nigeria, l’impact prend une autre forme : des manifestations ont été organisées par des groupes chiites nigérians en réaction aux événements au Moyen-Orient, illustrant les possibles répercussions internes du conflit sur les équilibres sociaux et religieux.
Ormuz, Suez, mer Rouge : les points de bascule du système mondial
La spécificité de cette crise réside dans la simultanéité des tensions sur plusieurs corridors stratégiques. Le détroit d’Ormuz pour l’énergie, le canal de Suez pour le commerce, et la mer Rouge comme zone de transit et de confrontation.

Ensemble, ces axes concentrent une part essentielle des flux mondiaux. Le seul détroit d’Ormuz voit transiter entre 17 et 20 millions de barils de pétrole par jour. La moindre perturbation entraîne un déséquilibre immédiat des marchés.
Pour l’Afrique, dont une grande partie des échanges dépend de ces routes, cette situation constitue un risque systémique. Elle expose le Continent à une hausse des coûts, à des ruptures d’approvisionnement et à une instabilité économique accrue.
Une vulnérabilité révélée, une urgence stratégique
Les faits sont clairs : la guerre contre l’Iran agit comme un révélateur des fragilités structurelles de l’Afrique. Hausse des carburants au Nigeria, pertes massives pour l’Égypte, pénuries localisées en RDC, tensions logistiques sur l’ensemble du Continent : les impacts sont déjà visibles.

Dans un contexte où plus d’une vingtaine de pays africains sont en situation de surendettement ou à risque, selon les institutions internationales, cette nouvelle crise pourrait aggraver des équilibres déjà précaires.
Au-delà de l’urgence, c’est une question stratégique qui se pose. Comment réduire la dépendance énergétique ? Comment sécuriser les chaînes d’approvisionnement ? Comment renforcer la résilience économique ?
Car une réalité s’impose : tant que ces vulnérabilités structurelles persisteront, chaque crise mondiale continuera de se traduire, pour l’Afrique, par un choc direct, rapide et souvent brutal.






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