Entretien | Stéphanie Feauveau, Présidente des Centres Internationaux Francophones des Lions Club de France : une autre façon de s’engager pour la paix et la Francophonie
Ce sont près de 119 jeunes dont une vingtaine d’entre eux provenant de pays africains qui ont pu bénéficier du programme annuel des Centres Internationaux Francophones (CIF) des Lions de France durant l’été 2026. A l’agenda de ces quatre semaines de stage : des visites touristiques et institutionnelles, des conférences thématiques, du tourisme régional … Une véritable immersion dans le tissu économique et social français.
Alors que la session 2026 des stages des Centres Internationaux Francophones vient de se clôturer, Stéphanie Feauveau, Présidente des CIF Lions de France en dresse un bilan succinct et répond à nos interrogations.
Point sur une dynamique qui rappelle que la promotion de la Francophonie n’est pas uniquement l’apanage des organisations gouvernementales et que la fraternité francophone passe aussi par la société civile.
AFRIMAG : Pouvez-vous nous parler des Centres Internationaux Francophones CIF et de leurs actions ?
Stéphanie Feauveau : Permettez-moi en préambule un petit éclairage rapide. Le Lions (« Liberty, Intelligence, Our Nations’ Safety ») Clubs International, créé en 1917 aux Etats-Unis est le premier « Club-Service » au niveau mondial en nombre de membres. Il regroupe aujourd’hui 45 000 Clubs avec 1 350 000 hommes et femmes, dans 208 pays. Ses membres, dont la devise est « WeServe »,« Nous servons » sont engagées dans une grande diversité d’actions caritatives, éducatives ou sociales à travers le monde.
CIF promotion 2026 2027
Le Lions Club de France, lui comporte actuellement près de 1 200 Clubs et 25 000 membres. Les CIF en sont une émanation associative spécifique créée en 1958 par le professeur Pierre Fabre, chirurgien et membre du Lions Club à Toulouse. Dans ce cadre, chaque année 100 à 200 jeunes, filles et garçons de 18 à 24 ans, de tous les continents, sont accueillis au mois de juillet dans les centres des CIF au sein des régions françaises (25 à 30 stagiaires dans chacun des 5 ou 6 centres participants chaque année). Ils représentent tous les pays, toutes les religions et toutes les conditions sociales.
Nous avons pour ambition de remplir trois objectifs, fidèles à la philosophie humaniste du Lions Clubs International : promouvoir la paix, l’amitié et la compréhension entre les peuples ; réunir des jeunes des 5 continents et partager le goût de la langue et la culture française dans un contexte fraternel et bienveillant. Bref, il s’agit de bâtir une véritable « passerelle entre les peuples et les générations » et ce depuis 1958.
AFRIMAG : En 2026, 119 jeunes ont pu bénéficier du dispositif en qualité soit de stagiaires soit d’animateurs, comment ont-ils été choisis et qu’ont-ils fait concrètement ?
Stéphanie Feauveau : Nos centres accueillent des jeunes de deux tranches d’âge différentes, 18-21 ans et 22-24 ans. Il faut faire acte de candidature sur le site des CIF. Il est important de souligner que chaque stagiaire doit payer le trajet de son domicile jusqu’à Paris et de Paris au centre choisi (aller et retour). Il s’agit donc pour eux d’être imaginatif dans la recherche d’un financement.
La promotion du dispositif passe par de nombreux acteurs à l’étranger : Alliances françaises et Ambassades, universités à l’étranger, associations ou fédérations des professeurs de français, Lions Clubs et aussi et surtout les anciens stagiaires des CIF.
En 2026, sur 460 postulants, nous avons retenu 104 stagiaires et 15 animateurs (recrutés parmi d’anciens stagiaires)représentant 38 nationalités issus des 5 continents et ce sont 5 centres régionaux qui ont participé à l’édition 2026 (Agen, Annonay, Dijon, Toulouse et Lille).
Concrètement, le stage débute par 2 jours à Paris puis presque 4 semaines en province dont plusieurs journées ou week-ends en famille d’accueil (famille de membre des Lions Clubs et amis).
Il s’agit de percevoir les réalités de la France et sa culture. Cette découverte se fait par des sorties touristiques et culturelles, en lien avec le thème spécifique à chaque centre, des conférences suivies de débats et de temps de réflexion, des visites d’institutions publiques ou de sociétés, et bien évidemment des échanges avec les familles d’accueil.
Et puis, on notera la participation des stagiaires à des ateliers de peinture, d’écriture, de cuisine ou de théâtre permettant ainsi de véritables interactions. Certains de nos stagiaires ont même eu l’opportunité de participer aux parades et cérémonies du 14 juillet.
Lors de ce séjour, une grande importance est accordée à la culture et à l’amitié, dans une dynamique studieuse et conviviale. Les jeunes apprennent à comprendre leurs différences, partager leurs aspirations communes et se respecter et s’estimer. Par cette expérience, ils acquièrent une dimension qui leur permet de mieux s’intégrer dans la société avec un esprit plus humaniste.
En fin de cycle, chaque participant reçoit un certificat officiel. Au-delà de la formidable aventure humaine que constituent ces quatre semaines, chaque jeune peut adhérer à l’association des anciens stagiaires, l’AMICIF, confortant ainsi son réseau personnel à l’international.
AFRIMAG : Un bémol apparait toutefois, seulement 15 % des stagiaires sont originaires d’Afrique notamment du Maghreb et du Kenya. Comment l’expliquer ?
Stéphanie Feauveau : C’est une situation que nous regrettons. Effectivement, certains de nos stagiaires de pays africains se sont heurtés à des difficultés d’obtention de visas voire à des refus. Nous espérons que cela va s’améliorer pour les prochaines éditions. Nous aimerions que les différentes autorités consulaires et diplomatiques fassent preuve de davantage de souplesse. Nous allons travailler dans ce sens.
Les CIF fêteront prochainement leurs 70 ans d’existence. Leur contribution à la construction de la paix et au dialogue des cultures à leur échelle nous semble plus que pertinente dans un monde mouvementé et incertain dans lequel la promotion des valeurs de la Francophonie est à renforcer. Leur action a fait ses preuves et mériterait aux dires de tous ses acteurs d’être pérennisée.
D’ailleurs, rappelons que « La Mission d’Information sur la langue française de l’Assemblée nationale française a souligné dans son rapport n°3693, l’importante contribution des Centres Internationaux Francophones et, par là même du Lions Clubs de France, au développement de la langue et de la culture françaises. »
Entretien réalisé par Gilles Djéyaramane
Témoignage
Rime BELGRA, étudiante à l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) – UMI Meknès
Un mois en France, une expérience transformatrice
Rime Belgra
En 2026, j’ai eu la chance d’être sélectionnée, à l’issue d’un concours organisé par la Ligue marocaine des professeurs de français (LIMPF), pour participer au stage des Centres internationaux francophones des Lions de France.
Ce mois en France a été bien plus qu’un simple séjour : une véritable immersion dans la découverte, le partage et l’ouverture sur le monde.
Une découverte territoriale et économique
J’ai eu l’opportunité de découvrir une grande partie de la Nouvelle-Aquitaine, de Bordeaux à Bayonne, en passant par Agen, Pau, Biarritz, Arcachon, Nérac, Duras, Villeneuve-sur-Lot et bien d’autres villes.
En tant qu’étudiante à l’ENCG, la visite à Agen de Fonroche Lighting, leader mondial de l’éclairage public solaire, a particulièrement retenu mon attention. Découvrir une entreprise française de l’intérieur et son environnement économique a été une expérience enrichissante, qui m’a permis d’élargir ma vision du monde professionnel.
Sur un autre plan, nous avons également découvert le Conseil départemental du Lot-et-Garonne à Agen et la municipalité de Boé, offrant un éclairage sur un environnement institutionnel différent.
Des apprentissages au-delà des visites
Mais au-delà des visites, cette aventure m’a surtout appris l’importance de la communication, de l’adaptation et de la confiance en soi. Les échanges interculturels m’ont poussée à sortir de ma zone de confort et à m’ouvrir davantage aux autres.
J’ai également eu la grande fierté de présenter le Maroc devant les participants et les membres des Lions Clubs. Une belle occasion de partager ma culture, mes traditions et une partie de ce qui fait la richesse de mon pays.
Un souvenir gravé à jamais
Je repars profondément touchée par cette expérience, avec des rencontres précieuses, une confiance nouvelle et des souvenirs qui resteront gravés dans ma mémoire pour toute ma vie.