La rupture des relations diplomatiques entre l’Éthiopie et son ancien allié n’était qu’une question de temps, tant la tension était devenue palpable entre Addis-Abeba et Asmara. La première salve est venue de l’Éthiopie, qui a ordonné mercredi 30 septembre la fermeture de son ambassade en Érythrée et déclaré dix diplomates érythréens persona non grata. Par réciprocité, Asmara — accusée par Addis-Abeba de servir de base arrière et d’armer le Front populaire de libération du Tigré (FPLT) — a annoncé le même jour rompre les relations diplomatiques avec son voisin.
Le ministre de l’Information érythréen, Yemane Gebremeskel, a déclaré à Reuters qu’en expulsant tous les diplomates érythréens d’Éthiopie, le gouvernement fermait de fait son ambassade à Addis-Abeba. « L’Érythrée n’a d’autre choix que de riposter de la même manière et de rompre toutes ses relations diplomatiques avec l’Éthiopie, avec toutes les conséquences négatives que cela implique », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué cité par l’agence Reuters.
Addis-Abeba a accusé plusieurs pays, dont l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte, de soutenir une alliance d’opposition dirigée par le Front populaire de libération du Tigré, qui a relancé la rébellion contre le gouvernement central. Les affrontements actuels marquent la plus grave escalade du conflit en Éthiopie depuis la fin de la guerre civile de 2020-2022, qui a fait des centaines de milliers de morts. L’Érythrée avait combattu à l’époque aux côtés du gouvernement éthiopien durant ce conflit.
La rupture entre Addis-Abeba et Asmara est intervenue quelques heures après des explosions entendues dans la capitale éthiopienne et a renforcé les craintes que les combats ne dégénèrent en un conflit régional plus large. Des sources diplomatiques, s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet, ont confirmé les explosions.
Un ex-allié devenu ennemi
L’ambassade d’Éthiopie en Érythrée avait été rouverte en 2018 dans le cadre d’un rapprochement avec Asmara qui a valu au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed le prix Nobel de la paix. Les armées des deux pays ont combattu côte à côte contre le TPLF, principal parti du Tigré, durant la guerre de 2020-2022. Cependant, l’Érythrée n’a pas été signataire de l’accord de paix qui a mis fin aux combats en novembre 2022, et les relations entre les deux nations se sont rapidement détériorées.
Les deux gouvernements ont également échangé des propos incendiaires concernant l’accès à la mer Rouge, l’Éthiopie, pays enclavé, insistant sur le caractère vital de cet accès pour sa sécurité et son économie. Asmara craint qu’Addis-Abeba ne tente de s’emparer par la force du port d’Assab.





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