Près de dix mois après avoir été renversé par l’armée, Umaro Sissoco Embaló annonce son retour en Guinée-Bissau et sa candidature à la présidentielle du 6 décembre. Une rentrée politique à haut risque, dans un pays toujours dirigé par une autorité militaire de transition et où le processus constitutionnel reste contesté par l’opposition.
L’exil touche à sa fin. Umaro Sissoco Embaló a annoncé son retour en Guinée-Bissau pour le 4 octobre, après près de dix mois passés hors du pays à la suite du coup d’État militaire qui l’a renversé en novembre 2025. L’ancien président a également confirmé son intention de se présenter à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre.
« Oui, je serai candidat », a déclaré Embaló lundi 28 septembre, selon des médias locaux. L’ancien chef de l’État entend porter une « Plateforme républicaine » et a appelé ses compatriotes à faire de son retour un moment placé sous le signe de « l’harmonie, de la tolérance et du respect mutuel. »
Cette annonce intervient alors que le pays s’apprête à franchir une nouvelle étape de sa transition politique, avec la tenue annoncée d’élections présidentielle et législatives.
Dix mois après le putsch
Le retour d’Embaló replonge la Guinée-Bissau dans le contexte mouvementé de novembre 2025. Le 26 novembre, alors que le pays attendait les résultats provisoires de la présidentielle et des législatives organisées trois jours plus tôt, des tirs avaient éclaté aux abords du palais présidentiel de Bissau.
Les deux principaux camps en lice, celui du président sortant et celui du candidat d’opposition Fernando Dias da Costa, revendiquaient alors chacun la victoire. L’armée avait finalement suspendu le processus électoral et pris le contrôle des institutions.
Depuis, le pays est administré par une autorité militaire de transition dirigée par le général Horta N’Tam. Celle-ci a fixé au 6 décembre la tenue de nouvelles élections, présentées comme devant permettre le retour à un ordre constitutionnel civil.
Une nouvelle Constitution controversée
La transition s’est également accompagnée d’une refonte institutionnelle. Une nouvelle Constitution a été approuvée par référendum le 30 août. Selon les résultats annoncés par la Commission nationale des élections, le « oui » a recueilli environ 70 % des suffrages, pour une participation de 62,6 %.
Le nouveau texte renforce notamment les pouvoirs du président de la République et réduit le nombre de sièges au Parlement.
Mais le processus demeure contesté. Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), principale formation d’opposition, avait appelé au boycott du référendum, dénonçant notamment son exclusion de la préparation du scrutin ainsi que les restrictions imposées aux activités politiques.
L’économie, autre enjeu du scrutin
Au-delà de la bataille institutionnelle, la prochaine présidentielle se jouera dans un contexte économique fragile. Sous la présidence d’Embaló, plusieurs indicateurs macroéconomiques s’étaient améliorés, notamment grâce aux performances de la filière de la noix de cajou et à des réformes accompagnées par le Fonds monétaire international (FMI).
Cette embellie reste toutefois vulnérable. L’économie bissau-guinéenne demeure largement tributaire de la production et des exportations de cajou. La faiblesse des recettes fiscales, les fragilités institutionnelles et les contraintes pesant sur le financement public continuent de limiter les marges de manœuvre du pays.
À deux mois du scrutin, le retour d’Umaro Sissoco Embaló ajoute donc une nouvelle variable à une transition déjà sous tension. Son retour sur la scène politique intervient alors que les autorités militaires cherchent à organiser le passage de relais au pouvoir civil et que l’opposition conteste encore les conditions dans lesquelles ce processus est conduit.





Guinée-Bissau



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