Les premiers résultats des élections locales, publiés jeudi 5 novembre à la mi-journée, montrent que l’ANC, le parti dominant depuis la chute de l’apartheid en 1994, continue de perdre du terrain, y compris dans l’électorat noir. Après dépouillement de 36 % des bulletins par la Commission électorale, le parti de Nelson Mandela est crédité de 32 % des voix, devançant de peu l’Alliance démocratique (DA), à 27 % des suffrages, rapporte l’agence Reuters.
Par rapport aux municipales de 2021, l’ANC recule de près de 14 points, alors même que ce scrutin marquait déjà son plus mauvais score historique.
Sanction des urnes
Selon des analystes politiques à Pretoria, une débâcle du parti à ces municipales accélérerait sa perte de pouvoir au niveau national lors des législatives prévues en 2029. L’hypothèse d’une arrivée au pouvoir de l’Alliance démocratique, formation favorable aux entreprises qui s’est défaite de son image de « parti des Blancs », devient plus que crédible. Les municipales, tenues mercredi 4 novembre, laissaient déjà présager une sanction pour l’ANC : les électeurs lui reprochent la métastase d’une criminalité sans précédent, les scandales de corruption et la défaillance des services de base, eau et électricité en tête.
Une projection du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR) tablait sur un taux de participation d’environ 52 %, supérieur à celui de 2021, signe d’un fort mécontentement à l’égard des services municipaux. « La participation au scrutin suggère que les électeurs de l’ANC ne se sont pas abstenus — comme beaucoup l’avaient prévu — mais se sont déplacés et ont voté pour des partis alternatifs », analyse Louw Nel, analyste politique principal chez Oxford Economics Africa. Si l’ANC devait se maintenir à 32 %, ce serait, selon lui, « le pire cauchemar du parti qui se réalise ».
Du Cap à Johannesburg, la DA avance
Selon les premières indications, l’Alliance démocratique obtiendrait de bons résultats dans plusieurs grandes villes. Dans la province du KwaZulu-Natal, le parti de l’ancien président Jacob Zuma (MK) et le Parti Inkatha de la Liberté devanceraient le Congrès national africain (ANC). Au Cap, l’Alliance démocratique a revendiqué la victoire, comme prévu : les données officielles lui accordent 60 % des voix. À Johannesburg, elle est également en tête, mais le résultat reste trop serré pour trancher avant la fin du dépouillement.
Une érosion amorcée depuis plus de deux décennies
Faute de réponses à la demande sociale, au chômage des jeunes et à l’insécurité, le recul de l’ANC amorcé depuis plus d’une décennie apparaissait inéluctable. Le parti avait obtenu 70 % des voix aux législatives de 2004, 62,15 % dix ans plus tard, avant de plonger à 40,2 % lors des législatives de 2024. Ce dernier scrutin a marqué un tournant historique : pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, l’ANC a perdu la majorité absolue au Parlement, contraignant le président sud-africain Cyril Ramaphosa à former un gouvernement de coalition avec plusieurs formations, dont son rival de l’Alliance démocratique.





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