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Leçons wallonnes

La Région de Wallonie veut  faire du Maroc son hub pour l’Afrique. Pendant trois jours, l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (Awex) a conduit un groupe de journalistes dans les arcanes de son modèle de développement. Un voyage riche d’enseignements.

Dominique Delattre, Directeur Afrique, Proche et Moyen-Orient de l’AWEX

«C’est le cœur de l’Europe qui bat en Wallonie. A proximité de Bruxelles, siège de grands organismes internationaux (Union européenne, Otan,…), siège de 1700QG européens et 2ème centre journalistique mondial après Washington DC.». D’emblée, c’est comme cela qu’est présentée cette région par la revue Feel inspired, une des publications de l’Awex. Mais cette affirmation, bien que laudatrice, ne révèle qu’une partie de ce qu’est cette partie de la Belgique, sa riche histoire, son patrimoine architectural, son poids économique et surtout son infrastructure de communication multimodale la plus dense au monde.

La Wallonie, région francophone du Sud de la Belgique, avec une population estimée en 2017 à 3,4 millions d’habitants, est connue pour ses villes médiévales et son architecture de la Renaissance.

Sa capitale Namur est une cité antique, avec sa cathédrale baroque Saint-Aubin et la citadelle, une forteresse installée au sommet d’une colline et fondée au Xème siècle. Ce passé pétri d’histoire et de savoir-faire reste plus que jamais vivace.

C’est ce riche patrimoine qui sert de terreau à l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers, plus connue sous son acronyme Awex. L’agence se donne depuis 1990 l’ambition et les outils pour faire de cette zone un territoire de prédilection pour les entreprises du monde entier. Certes, il y a la volonté, à partir de la deuxième moitié du 20e siècle, des capitaines d’industrie de vouloir placer la Wallonie parmi les zones économiques européennes les plus attractives. Cependant, l’histoire industrielle a commencé bien au-delà.

En effet, la région wallonne est l’un des rares endroits en Europe à avoir accompagné la révolution industrielle du 18ème siècle en Angleterre avec la fondation à Liège par John Cockerill en 1817 des activités à l’origine du Groupe CMI (Cockerill Maintenance Ingénierie) aujourd’hui.

A cette époque où n’existait pas encore la Belgique actuelle, Cockerill a été encouragé dans cette initiative par le roi des Pays-Bas d’alors, Guillaume 1er d’Orange. Cela fait donc plus de deux cents ans que cette région francophone se trouve au cœur de l’industrie et des inventions. Une situation favorisée certainement par sa position unique en Europe. Elle se situe au carrefour des grandes cités économiques et commerciales que sont Paris, Amsterdam, Londres, Luxembourg et Francfort. C’est là où se trouve le Port autonome de Liège. Il s’inscrit au cœur d’un gigantesque réseau routier, à l’intersection de six autoroutes et assure ainsi des connexions aisées et rapides vers Anvers, Bruxelles, les Pays -Bas, le Luxembourg l’Allemagne et la France.

S’appuyant sur ces nombreux avantages comparatifs, une nouvelle politique est adoptée par le gouvernement wallon en 2005 par le redéploiement de ce que l’on appelle le Plan Marshall. Il s’agit de mettre de l’argent public à la disposition des agents privés pour générer de la croissance. “Il arrive que les opérateurs économiques privés prennent des décisions qui sont en décalage avec la réalité économique. Le Plan Marshall est un changement de cap à cet égard. Dans un souci d’efficacité, ce Plan se limite à un certain nombre de secteurs économiques dans lesquels la Wallonie dispose déjà des atouts réels lui permettant de concrétiser à l’avenir une croissance significative», souligne Dominique Delattre, directeur Afrique, Proche et Moyen Orient de l’Awex. “On a fait un pari sur dix ans sur un certain nombre de secteurs à fort potentiel susceptibles de provoquer de la croissance”, ajoute-t-il. En effet, la stratégie consistant à mettre de l’argent public à la disposition des entreprises privées a l’avantage de favoriser le clustering. Particulièrement entre grandes et petites entreprises, centres de recherche et centres de formations avec à la clef la recherche de l’excellence.

Parmi les mesures phares du Plan Marshall wallon, on retient la création de six pôles de compétitivité. Un pôle de compétitivité est un lieu de rencontre et de coopération entre des entreprises, des universités et des centres de recherche dont le but consiste à concevoir, développer et mettre en œuvre des projets innovants et créatifs. Et la finalité, c’est la création des nouveaux produits et services et l’émergence de nouveaux leaders mondiaux. Vu sous cet angle, la Wallonie a atteint son objectif en moins de 30 ans après la création de l’Awex en 1990. 

Il y a une douzaine d’années un ministre du gouvernement wallon disait : ce que nous souhaitons avec le Plan Marshall, c’est d’avoir des Prix Nobel. Ce vœu a été exaucé en 2013 avec François Englert récipiendaire du prestigieux prix en physique. Une belle image et un encouragement à la recherche de l’excellence par le biais du Plan Marshall.

Marques territoriales puissantes et ouvertures tous azimuts

Grâce aux six pôles de compétitivité: aéronautique et industrie spatiale ; agroalimentaire ou agro-industrie ; génie mécanique ; sciences du vivant; transport et logistique ; technologies environnementales, la Wallonie a su développer des marques territoriales puissantes qui lui permettent de densifier son offre partout dans le monde. En Afrique, le Maroc est la tête de pont de cette stratégie tous azimuts. “Cette vision innovante était rendue possible par l’existence et la mise en place d’écosystèmes qui regroupent dans un même espace géographique des universités de renommée mondiale, des incubateurs d’entreprises, des parcs scientifiques et des entreprises”, dit Dominique Delattre. En effet, les écosystèmes expliquent tout ou partie le développement en zone libre des nombreuses spin-offs. Cela a permis de gagner en attractivité pour de grands investisseurs étrangers. Une douzaine d’années après le lancement du Plan Marshall, cette nouvelle politique commence à engranger des résultats probants et tangibles. Puisque selon un magazine réputé, spécialisé en économie et en commerce, la Belgique compte actuellement au moins 40 entreprises considérées comme des leaders mondiaux dans leur secteur d’activité. Parmi ces 40 champions, 23 sont localisés en Wallonie. C’est le cas notamment d’Amos, leader mondial dans la conception et la fabrication de télescope astronomique professionnelle ; la société Wow, groupe technologique spécialisé dans la mise au point d’une boule à vague pour les piscines ; Cosucra, un spécialiste de la fabrication de protéines de pois et d’additifs alimentaires extraits de la racine de chicorée…

Les entreprises wallonnes tournées vers l’Afrique

Cette ouverture vers le continent africain commence par le Maroc, deuxième partenaire de la Wallonie en Afrique. Le Maroc est déclaré “Marché prioritaire de l’Awex en 2018”. “Parmi un programme d’activités très riche, le pays accueillera, du 26 au 30 novembre, une mission économique princière qui passera par Casablanca, Rabat et Tanger », rapporte le magazine Classe Export Wallonie dans son n°19 de janvier/février 2018. Cette stratégie faisant du Maroc un hub pour le continent est réel aujourd’hui. En témoignent des entreprises comme  la société Vesale Pharma, installée à Fernelmont près de Namur et spécialisée dans les solutions probiotiques. Vesale Pharma a signé mi de l’année 2017 un premier et important contrat avec la firme pharmaceutique marocaine Bottu, présente dans plus de 15 pays d’Afrique. Ce partenariat porte sur la distribution, le marketing et la promotion scientifique de quatre de ses principaux produits pour un montant de 600 000 euros qui pourrait ensuite être revu à la hausse dès l’extension de la distribution dans d’autres pays africains. C’est également le cas pour GSK qui a apporté son expertise au profit des populations du Liberia et de la Sierra-Leone gravement touchées par l’épidémie Ebola. D’ailleurs ce sont les laboratoires pharmaceutiques de GSK en Wallonie, l’un des plus grands au monde, qui ont produit un vaccin qui a été testé puis utilisé sur les populations touchées par la maladie. “GSK développe une réelle stratégie dans le but de permettre aux populations du Sud, notamment africaines à  bénéficier de ses nombreux vaccins et à un prix accessible. Il est d’ailleurs en train de commercialiser le premier vaccin contre la malaria”, avance un proche de ce laboratoire wallon. Dans le domaine de l’ingénierie, de la maintenance et de l’environnement, CMI tisse sa toile africaine à partir de Casablanca.

Quelques entreprises emblématiques sur les marchés mondiaux

Santé : Tht, le spécialiste des probiotiques

Philippe Thonart

Tht est une société belge spécialisée dans la sélection et la production de ferments lactiques à destination des marchés de la santé (probiotiques) et de l’alimentaire (cultures starter et de bioprotection). Elle compte parmi les r

ares acteurs européens dans le secteur des ferments lactiques. Créée en 1991, elle propose plusieurs centaines de formules sur base de la trentaine de bactéries que compte sa gamme, et celle-ci ne cesse de s’élargir. La société opère sa sélection parmi les 3.000 souches du Centre wallon de biologie industrielle (CWBI). Les produits THT sont  commercialisés dans plus de 20 pays répartis à travers le monde. En quelque vingt années d’expérience, le laboratoire a accumulé un savoir-faire unique, en acquérant une rare et parfaite maîtrise des opérations de sélection et de production. L’entreprise offre la garantie de produits de qualité, formulés et emballés selon les besoins exclusifs de ses clients. Au Maroc VMS commercialise les produits de THT avec les ambitions de s’attaquer aux marchés de l’Afrique francophone et du Moyen-Orient.

 

Wagralim, l’accélérateur de croissance

François Heroufosse, Directeur général de Wagralim

« Nous sommes une agence qui crée de la complémentarité, de la rencontre dans le cadre de création de projet », c’est en ces termes que François Heroufosse, directeur général de Wagralim, parle de sa structure. « C’est un accélérateur de croissance, d’innovation et de partenariat à l’international. Wagralim est le pôle de compétitivité wallon pour le secteur agro-alimentaire. Le pôle mise majoritairement sur la collaboration entre industriels, universités, centres de recherche et centre de formation. Le but commun est de créer de la valeur, d’améliorer les performances et de se positionner sur les marchés internationaux en s’appuyant sur l’innovation. Wagralim est une association sans but lucratif.

 

 

CMI, fête son bicentenaire à Casablanca

John Cockerill, fondateur de CMI

En 2017, le Groupe CMI (Cockerill, Maintenance et Ingénierie), spécialisé dans l’énergie, la défense, l’industrie, l’environnement et les services, a célébré son bicentenaire et a crée à cette occasion, la Fondation John Cockerill pour entretenir, développer et transmettre l’héritage légué par ce pionnier de la révolution industrielle. Pour sa présence sur le marché africain, c’est Casablanca qui a accueilli ce 1er mars 2018 le Groupe wallon ainsi que ses principaux clients et partenaires en Afrique pour fêter son bicentenaire. Au niveau du Maroc, CMI a pour principaux clients : Taqa Morocco et ONEE pour la maintenance mécanique et Praytech Maroc pour la maintenance industrielle avec comme principale référence, le Groupe OCP.

 

 

Bone Therapeutics ou la médecine innovante

de gauche à droite, Jean-Luc Vandebroek, chief financial officeret Thomas Lienard, chief executive officer de Bone Therapeutics

Bone Therapeutics est une société de thérapie cellulaire osseuse qui répond à d’importants besoins médicaux non satisfaits dans les domaines de l’orthopédie et des maladies osseuses. Bone Therapeutics réalise les études cliniques pour les fractures au processus de guérison interrompu: la fusion vertébrale, l’ostéonécrose et l’ostéoporose. Le processus commence à l’hôpital avec un prélèvement de la moelle du patient ou d’un donneur sain. Les cellules sont transp

ortées vers les infrastructures de Bone Therapeutics  afin de générer le produit de thérapie cellulaire. Après la phase de production les cellules sont administrées au patient, il est traité de façon peu invasive à l’endroit du défaut osseux. Dans les mois qui suivent, les cellules implantées génèrent de nouveaux tissus osseux et  permettent à l’os de retrouver ses propriétés régénératives naturelles.

 

 

L’UWE, le Content marketeur des entreprises

L’UWE, Union wallonne des entreprises, est la cellule marketing internationale de l’Awex. Elle a été mise en place en 1998. Elle se donne pour objectifs de faire croître les PME wallonnes par l’exportation. Ceci passe également par le partage de l’expérience, comme convenu au sein de l’UWE: ” demander à ceux qui exportent déjà d’aider les autres”.

L’UWE travaille par grappes d’entreprises. Autrement dit, pour chaque grappe, un sponsor n aura à jour les rôles suivants :

  • – Aider à comprendre les aspects techniques du métier
  • Fournir un « fond» de grappe
  • Apporter de l’aide à l’étranger
  •  La constitution des grappes se fait de la façon suivante :
    • Identification des secteurs cibles et de leur sponsor industriel
    • Qualités requises des entreprises :
      • Produit  attractif
      • Solidité financière
      • Volonté d’exportation

Les avantages pour les entreprises  à tirer de la méthode sont nombreux :

Pour les entreprises belges

  • Accès à des clients qu’elles ne pourraient rencontrer seules
  • Echanges d’expérience
  • Partage des agents commerciaux
  • Formation des jeunes commerciaux

Pour les acheteurs étrangers

  • Benchmarking

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