Déjà premier actionnaire de First HoldCo. avec près de 26 % du capital, le milliardaire nigérian Femi Otedola affiche désormais sans détour son ambition : franchir le seuil des 51 % pour exercer un contrôle total sur First Bank of Nigeria. Mais entre les contraintes réglementaires, l’envolée de la valorisation boursière et l’héritage d’une longue guerre de gouvernance, cette conquête s’annonce aussi stratégique que coûteuse.

Femi Otedola ne laisse plus place à l’ambiguïté. Le président du conseil d’administration de First HoldCo., maison-mère de First Bank of Nigeria, revendique ouvertement son objectif : devenir actionnaire majoritaire.
La stratégie assumée d’un investisseur de contrôle
« Mon seuil d’investissement se situe toujours au-dessus de 51 % », a-t-il confié au média économique Nairametrics. Avec 25,87 % des actions, il est déjà le principal actionnaire du groupe, mais cette position ne lui suffit manifestement pas.
Pour le milliardaire, détenir plus de la moitié du capital ne relève pas d’un simple symbole. C’est la condition pour piloter sans entrave la stratégie de l’entreprise, nommer les dirigeants et conduire les réformes qu’il juge nécessaires. « Un contrôle actionnarial ferme, dans le respect des intérêts des minoritaires, est un ingrédient essentiel pour mener des réformes », explique-t-il.
Cette méthode constitue d’ailleurs la marque de fabrique de l’homme d’affaires. Chez Forte Oil, il avait progressivement porté sa participation de 28 % à 75 % avant de céder l’entreprise en 2019. Même scénario chez Geregu Power, où il est passé de 51 % à 95 % du capital.
Une offensive boursière à plusieurs centaines de milliards de nairas
Depuis plusieurs semaines, les acquisitions s’accélèrent.
Le 22 juillet, Otedola a acheté 706 millions d’actions pour 77,6 milliards de nairas, soit environ 57 millions de dollars. Huit jours plus tard, il frappait encore plus fort avec l’acquisition de 1,779 milliard d’actions pour 222,2 milliards de nairas.
Au total, le milliardaire affirme avoir investi plus de 600 milliards de nairas de sa fortune personnelle dans First HoldCo., illustrant la détermination avec laquelle il poursuit son objectif de prise de contrôle.
L’ombre persistante de la crise de gouvernance
Cette montée en puissance intervient dans un contexte particulier. First Bank tente encore de tourner la page de plusieurs années de turbulences internes.
En 2021, la Banque centrale du Nigeria avait dissous les instances dirigeantes du groupe pour des manquements aux règles de gouvernance, provoquant le départ d’Oba Otudeko, alors président du conseil d’administration.
Le bras de fer ne s’était pourtant pas arrêté là. En janvier 2025, l’homme d’affaires réclamait officiellement le départ de son successeur afin de retrouver son fauteuil. Au même moment, il faisait face à des poursuites pour une fraude présumée portant sur 12,3 milliards de nairas.
Quelques mois plus tard, après la cession de ses participations en juillet 2025, la justice abandonnait les poursuites. Si aucun élément n’a établi de lien entre la vente de ses actions et l’abandon de la procédure, la concomitance des événements avait alimenté de nombreuses interrogations.
Les titres récemment acquis par Otedola proviennent précisément du bloc de près de 25 % cédé à l’époque par Oba Otudeko et d’autres actionnaires historiques à RC Investment Management. Cette transaction avait suscité d’intenses spéculations sur l’identité du véritable acquéreur, avant que First HoldCo. ne démente toute implication de Femi Otedola.
Le verrou réglementaire des 30 %
La principale difficulté n’est toutefois plus financière, mais juridique.
Au Nigeria, tout actionnaire franchissant le seuil de 30 % dans une société cotée est, en principe, tenu de lancer une Offre publique d’achat (OPA) sur le reste du capital, sauf dérogation accordée par les autorités de marché ou exception prévue par la réglementation.
Cette disposition vise à protéger les actionnaires minoritaires en leur offrant une porte de sortie lorsqu’un investisseur prend le contrôle d’une entreprise.
Autrement dit, Otedola ne pourra pas poursuivre discrètement ses achats jusqu’à atteindre les 51 %. Une offre publique deviendrait alors quasiment incontournable.
Une facture qui ne cesse de s’alourdir
Or, le timing joue contre le milliardaire.
Portée par des résultats semestriels historiques et par le regain de confiance des investisseurs, First HoldCo. voit sa valeur boursière s’envoler. Lundi 3 août, le groupe a franchi pour la première fois le seuil des 6 200 milliards de nairas de capitalisation, après avoir déjà dépassé les 5 000 milliards moins de deux semaines auparavant.
À cette valorisation, acquérir les quelque 74 % du capital qu’il ne détient pas encore représenterait un investissement supérieur à 4 500 milliards de nairas. Et chaque progression du cours de l’action renchérit un peu plus le coût de cette ambition.
Cette flambée boursière traduit toutefois les progrès réalisés par l’établissement. Le groupe affirme avoir profondément assaini son bilan après avoir absorbé plus de 3 000 milliards de nairas de créances douteuses au cours de la dernière décennie.
Pour Femi Otedola, le défi est désormais clair : transformer son statut de premier actionnaire en véritable contrôle du premier groupe bancaire nigérian. Mais plus First Bank renforce sa crédibilité sur les marchés, plus le prix de cette conquête s’annonce élevé.


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