Faut-il continuer à taxer la data mobile et les terminaux d’accès comme des produits de luxe ? C’est l’une des interrogations soulevées auprès de l’État malgache par la GSMA et le cabinet Through Line Advisors dans leur rapport dévoilé ce vendredi 16 octobre à Antananarivo.
Bien que 81 % de la population soit aujourd’hui couverte par un réseau 3G ou 4G, seuls 15 % des citoyens utilisent effectivement l’internet mobile. Ce décalage structurel de 66 points d’écart d’usage isole plus de 18 millions de Malgaches.
En maintenant des droits d’accise sur les flux et une fiscalité d’importation élevée sur les smartphones d’entrée de gamme, le pays se prive d’un levier de développement majeur. Selon le rapport, une révision de cette politique fiscale pourrait générer jusqu’à 4 100 milliards d’ariary de produit intérieur brut (PIB) additionnel d’ici 2031, tout en luttant contre le marché informel.
L’étude note que les efforts récents pour réduire le coût de la connectivité ont porté leurs fruits. Les révisions tarifaires appliquées entre décembre 2025 et février 2026, sous l’égide du gouvernement de transition, ont permis de diminuer le prix du gigaoctet de 55 % à 78 % sur les offres d’entrée de gamme. Madagascar figure désormais parmi les marchés les plus compétitifs de la sous-région, une dynamique qui a conduit à un doublement immédiat des volumes de données consommés chez le premier opérateur, illustrant la forte demande locale.
Le défi de l’accès aux équipements terminaux
Toutefois, l’accessibilité des smartphones demeure un défi de taille. Pour les 40 % de ménages aux revenus les plus modestes, l’achat d’un terminal 4G d’entrée de gamme, évalué entre 50 et 100 dollars, représente jusqu’à 69 % de leur revenu mensuel.
Ce coût élevé s’explique en partie par une structure fiscale représentant près de 35 % du prix de détail final. L’addition des droits de douane (20 %), de la TVA (20 %), de la redevance pour droit d’auteur (6 %) et du prélèvement régulatoire (1 %) majore la valeur d’importation d’environ 44 % avant même l’application des marges de distribution.
La question du marché informel
Cette pression fiscale favorise par ailleurs le recours aux circuits d’importation non officiels. Selon la GSMA, près de 80 % des terminaux en circulation entreraient sur le territoire en dehors des canaux formels. Cela représente un manque à gagner significatif pour l’État en matière de recettes, tout en posant des défis de régulation liés à la non-homologation (IMEI) des appareils.
À titre de comparaison, l’Afrique du Sud a récemment supprimé une taxe de 9 % sur les terminaux de moins de 2 500 rands (en avril 2025). Cette mesure a permis de faire bondir les ventes d’appareils d’entrée de gamme de 80 % en un an, accélérant la transition vers des téléphones connectés.
Un cadre fiscal global à optimiser
L’étude met en exergue la contribution importante du secteur des télécommunications à l’économie nationale : bien qu’il représente 2 % du PIB malgache, il génère 5 % des recettes fiscales globales. Le taux effectif moyen d’imposition des opérateurs atteint 62 % de leur résultat avant impôt sur 15 ans, un niveau supérieur à d’autres secteurs clés de l’économie comme la distribution financière (27 %) ou l’agro-industrie (21 %).
Cette situation s’explique notamment par des taxes assises sur le chiffre d’affaires, telles que le droit d’accise de 8 % sur les services ou les contributions de 4 % destinées à l’ARTEC et au fonds de service universel (FDTIC). La GSMA relève également que la taxe de 5 % sur les commissions d’argent mobile, introduite en 2025, pourrait freiner l’inclusion financière dans un contexte où seulement 19,4 % des adultes détiennent un compte mobile money.
Les défis du déploiement en zone rurale
Ces contraintes financières pèsent sur l’extension du réseau dans les zones les plus isolées. Environ 99,6 % des sites nécessaires pour finaliser la couverture rurale sont éloignés des infrastructures électriques existantes, obligeant les opérateurs à utiliser des générateurs dont le coût de fonctionnement est élevé. Avec un revenu moyen par utilisateur d’environ 1,17 dollar par mois, l’équilibre économique de ces nouvelles infrastructures est difficile à atteindre.
Des retombées macroéconomiques prometteuses d’ici 2031
Le rapport propose ainsi un modèle économique révisé. La GSMA estime que l’élimination graduelle du droit d’accise de 8 % sur les services, la réduction de moitié de la taxe de régulation et l’exonération de douane et de TVA sur les smartphones d’entrée de gamme pourraient initialement entraîner une baisse de recettes directes de 32 milliards d’ariary en 2027. Toutefois, dès 2028, l’accélération de l’activité rendrait ce solde net positif (+22 milliards d’ariary), pour aboutir à un surplus budgétaire annuel de 529 milliards d’ariary à l’horizon 2031. Sur cinq ans, le gain fiscal net cumulé s’élèverait à 1 109 milliards d’ariary.
Ces perspectives favorables s’appuient sur l’accélération économique globale générée par une meilleure connectivité. Les réformes préconisées pourraient connecter 1,12 million d’utilisateurs supplémentaires d’ici 2031, portant le taux d’adoption à 22 % et injectant 4 100 milliards d’ariary au PIB. L’amélioration de la productivité soutiendrait également 330 000 emplois, dont 250 000 dans le secteur agricole, tout en favorisant la formalisation de l’économie, ce qui élargirait mécaniquement l’assiette fiscale de l’État.
Un contexte propice aux réformes
Alors que l’Assemblée nationale se penche actuellement sur le projet de loi n° 040/2026 relatif aux communications électroniques et que la Banque mondiale déploie son projet DECIM pour soutenir l’accès aux équipements, Madagascar dispose d’une fenêtre d’opportunité stratégique. Une collaboration renforcée entre les autorités de transition et le secteur privé pourrait permettre d’ajuster le cadre fiscal afin de faire des infrastructures de télécommunications un véritable multiplicateur de croissance inclusive pour le pays.





Madagascar





