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Accueil - Art & histoire - Tribune | De Ninive à l’Afrique : la prospérité au service de la dignité collective [Par Benoist Mallet Di Bento]

Tribune | De Ninive à l’Afrique : la prospérité au service de la dignité collective [Par Benoist Mallet Di Bento]

Benoist Mallet di BentoPar Benoist Mallet di Bento21 avril 2026 Art & histoire
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De Ninive à l’ère contemporaine, la concentration de richesse a toujours structuré pouvoir et vulnérabilité. Ninive – puissante capitale de l’Empire assyrien située dans l’actuel nord de l’Irak, sur la rive du Tigre face à Mossoul – tirait sa puissance du commerce, de la conquête et de la centralisation ; ses routes reliaient la Mésopotamie (actuel Irak), la Méditerranée et l’Anatolie (actuelle Turquie). Ses palais, jardins et infrastructures témoignaient du génie civil et technique de l’époque, illustrant comment la maîtrise industrielle et artistique pouvait soutenir la puissance d’une civilisation. Les sources bibliques racontent que cette ville a pu se réorienter vers le bien commun, offrant une métaphore intemporelle : la richesse, sans orientation guidée par la sagesse, est fragile et peut se retourner contre ceux qui la détiennent

 Aujourd’hui, le monde entier est confronté au même dilemme, amplifié par la globalisation. Les ressources stratégiques — métaux, minéraux, pétrole, gaz, terres rares — s’étendent d’un continent à l’autre. L’Afrique détient un capital minéral colossal, estimé à près de 30 000 milliards de dollars, dont une grande partie reste inexploité. Cette richesse peut devenir un levier de stabilité, de souveraineté et d’innovation, ou continuer à reproduire, du passé au présent, des logiques de domination et d’accumulation sans horizon si elle n’est pas gérée avec discernement.

Mais le vrai défi dépasse l’économie : il est civilisationnel et stratégique. La question est claire : saura-t-on réorienter cette prospérité vers la dignité collective et la stabilité des peuples, ou laisser perdurer ces logiques anciennes, sans horizon pour le présent et l’avenir ?

Dans une conjoncture exceptionnelle, où les pays africains se trouvent en position de force face aux économies les plus développées, cette abondance peut devenir un levier inédit de coopération. Une coordination réglementaire commune sur l’extraction et le commerce des minerais stratégiques pourrait transformer ces ressources en instruments de paix plutôt qu’en moteurs de rivalités. Ce qui fut trop souvent facteur de tensions pourrait devenir socle de sécurité partagée, un modèle pour d’autres régions du monde.

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Le rôle de la diplomatie économique parallèle et de la francophonie

Pour répondre à ce défi, l’action humaine doit s’organiser sur plusieurs axes complémentaires :

1. Polycentrisme productif

Multiplier plaques tournantes régionales et centres de transformation pour partager valeur et compétences. L’extraction seule ne suffit pas ; la transformation industrielle locale est essentielle pour créer des emplois, des savoir-faire et réduire la dépendance aux importations. Par exemple, la production de batteries pour véhicules électriques à partir de cobalt et de lithium africains pourrait générer des milliards de dollars de valeur ajoutée sur le continent, plutôt que d’alimenter des chaînes globales où l’Afrique n’est que fournisseur de matières premières.

2. Souveraineté coopérative

Renforcer les capacités locales tout en maintenant une interdépendance mondiale constructive. La souveraineté économique ne signifie pas isolationnisme, mais capacité à négocier et coopérer à armes égales, pour éviter que la richesse devienne un levier de dépendance.

3. Diplomatie économique parallèle

Les réseaux francophones — universités, grappes industrielles, diasporas et acteurs économiques transnationaux — peuvent désarmer les logiques de domination et créer un maillage horizontal de coopération. Ces réseaux permettent d’expérimenter une diplomatie stratégique souple, où l’influence repose sur la confiance, la compétence et la création de valeur partagée.

4. Finalité civilisationnelle et orientation par la sagesse

Chaque décision doit être guidée par le bien commun et la sagesse, une notion qui traverse toutes les cultures et fonde la stabilité et la dignité des peuples. La richesse ne doit pas seulement servir à accumuler du pouvoir : elle doit élever la dignité collective et stabiliser les peuples, en orientant les choix industriels, financiers et politiques vers le long terme, et non la gratification immédiate.

Les États et réseaux francophones ont aujourd’hui la possibilité de lancer une initiative commune visant à coordonner la régulation et la transformation des ressources stratégiques. Cette démarche ne cherche pas à imposer des règles globales, mais à expérimenter un cadre coopératif capable de sécuriser les échanges, stabiliser les marchés et prévenir les tensions. Par ses traditions juridiques convergentes et son attachement aux normes internationales, la francophonie offre un terrain privilégié pour encadrer l’extraction et le commerce des ressources stratégiques, garantissant que la coopération économique s’inscrive dans le respect du droit international et de la stabilité régionale. Fondée sur des valeurs partagées, elle pourrait transformer les ressources naturelles en instruments de paix et de prospérité collective, tout en constituant un modèle inspirant pour le monde entier.

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Une perspective mondiale

Les enjeux africains ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans la dynamique planétaire : compétition pour les ressources, transition énergétique, innovations technologiques, migrations et conflits. L’humanité tout entière est confrontée à la même question : la richesse mondiale sera-t-elle un instrument de domination et d’inégalités, ou un vecteur de dignité collective et de stabilité des peuples ?

Des choix courageux et visionnaires sont nécessaires : orienter les richesses vers des projets industriels, éducatifs et scientifiques qui servent le bien commun ; créer des réseaux transnationaux fondés sur la confiance et la compétence ; et inscrire la gestion de la richesse dans une perspective éthique, stratégique et civilisationnelle.

Conclusion : un test civilisationnel

La prospérité mondiale — et l’Afrique en particulier — peut devenir un levier de civilisation ou un instrument de domination. La francophonie a aujourd’hui l’opportunité — et la responsabilité — de jouer ce rôle. En structurant une diplomatie économique parallèle orientée vers la dignité collective et la stabilité des peuples, et en s’appuyant sur ses cadres juridiques et le droit international, elle pourrait démontrer que la richesse stratégique n’est pas condamnée à produire des fractures. Elle peut devenir le socle d’une sécurité partagée et d’un renouveau civilisationnel, illustrant comment la coopération, la sagesse et la stratégie peuvent converger pour servir l’intérêt de tous.

Benoist Mallet Di Bento
Consultant Intelligence culturelle & stratégie des territoires | Administrateur de réseaux francophones

 

Par Benoist Mallet di Bento, Correspondant - France
 212 Organisation internationale de la francophonie (OIF) Union Africaine Afrique Civilisation Coopération Diplomatie économique Francophonie Hard Power Relations internationales Soft power

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