Face au recul du financement des échanges sur le continent, Africa Finance Corporation et le réassureur allemand Munich Re misent sur le partage des risques pour élargir l’accès des banques africaines aux ressources. Un mécanisme qui doit permettre de financer davantage de transactions sans alourdir excessivement le bilan de l’institution panafricaine.
Un milliard de dollars pour desserrer l’étau du financement du commerce africain. C’est l’ambition du programme de partage des risques annoncé, le 26 octobre, par Africa Finance Corporation (AFC) et Munich Re. Le dispositif doit permettre à l’institution financière multilatérale d’accroître les financements accordés aux banques du continent, en transférant une partie du risque de crédit au groupe allemand spécialisé dans l’assurance et la réassurance.
La première phase concerne 38 institutions financières réparties dans onze pays africains. Elle couvre plusieurs instruments essentiels aux échanges internationaux, notamment les lettres de crédit, les prêts commerciaux et les garanties mobilisés par les banques pour accompagner les opérations d’importation et d’exportation de leurs clients.
Le principe est celui d’une mutualisation du risque : Munich Re en prendra une partie à sa charge, tandis que l’AFC conservera le solde. Les opérations, dont la maturité ne dépassera pas douze mois, seront soumises à des critères prédéfinis afin d’accélérer leur traitement. À mesure que les financements seront remboursés, les capacités ainsi libérées pourront être réaffectées à de nouvelles transactions.
Un déficit qui se creuse
L’initiative intervient dans un contexte particulièrement contraignant pour les entreprises africaines engagées dans le commerce international. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le déficit de financement du commerce non satisfait sur le continent était estimé entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024. Entre 2020 et 2024, les banques commerciales n’ont financé que 23 % des échanges africains en moyenne, contre 40 % entre 2011 et 2019.
Les pénuries de devises, les risques de contrepartie et les contraintes de bilan des établissements financiers figurent parmi les obstacles qui limitent la progression des financements. Dans cet environnement, le partage des risques constitue un moyen de mobiliser davantage de ressources sans faire peser l’intégralité de l’exposition sur un seul acteur.
Pour l’AFC, l’enjeu est également de mieux utiliser ses fonds propres. En répartissant une partie des risques avec un partenaire spécialisé, l’institution entend accroître sa capacité d’intervention et attirer davantage de capitaux privés et institutionnels.
L’assurance comme outil de croissance
Ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion du risque. En août 2026, l’AFC a ainsi créé AFC Captive Insurance Company, une filiale détenue à 100 % et établie aux Bermudes, dotée d’un capital pouvant atteindre 30 millions de dollars. Sa mission consiste à gérer en interne une partie des risques associés aux prêts de l’institution.
Le nouveau programme avec Munich Re ouvre, lui, la voie à une extension vers d’autres instruments financiers et secteurs d’activité. Reste à mesurer sa capacité à produire des financements supplémentaires à grande échelle. Car si le partage du risque peut libérer des marges de manœuvre pour les banques, il ne supprime ni les pénuries de devises ni les fragilités économiques des marchés concernés. Le milliard annoncé devra donc se traduire en transactions effectivement financées pour démontrer toute sa portée.





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