Ils transportent des céréales, du poisson, des légumes, des tissus ou des produits manufacturés d’un pays à l’autre. Souvent absents des grandes statistiques commerciales, les petits commerçants transfrontaliers constituent pourtant un rouage essentiel des économies africaines. Leur activité révèle un paradoxe : alors que l’intégration économique du continent progresse sur le plan institutionnel, une part importante des échanges quotidiens demeure insuffisamment mesurée et difficile à formaliser.
Un commerce sous-estimé
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Dans une étude publiée en 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à travers le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, estime à environ 10 milliards de dollars par an la valeur du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest, soit six fois plus que ne l’indiquent les statistiques officielles. Cette estimation, fondée sur le rapprochement des données enregistrées et des flux non enregistrés portant sur plus de 130 produits, remet en question l’idée d’un commerce régional marginal.
Derrière ces milliards se trouvent des milliers d’opérateurs qui approvisionnent les marchés, mettent en relation producteurs et consommateurs et assurent la circulation de marchandises entre les zones rurales et les centres urbains. Leurs transactions, souvent de faible valeur individuelle, prennent une importance considérable lorsqu’elles sont cumulées à l’échelle des frontières et des corridors commerciaux.
Des circuits diversifiés, souvent informels
La difficulté tient notamment à la diversité des circuits empruntés. Une partie des commerçants utilise les postes officiels, tandis que d’autres passent par des itinéraires secondaires, notamment dans les zones rurales. Les coûts administratifs, la complexité des formalités et les délais aux frontières peuvent encourager le recours à des circuits informels.
En novembre 2023, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) et la Commission économique des Nations uniespour l’Afrique, a présenté les résultats d’une étude consacrée au commerce transfrontalier informel. Sur le corridor Abidjan-Lagos, les travaux ont évalué à 22,8 millions de dollars le volume des échanges informels recensés, les femmes représentant 74 % des commerçants concernés, contre 26 % pour les hommes.
Ces données soulignent le rôle économique des femmes, particulièrement présentes dans la commercialisation des produits alimentaires et les échanges de proximité. Pour beaucoup d’entre elles, cette activité représente une source de revenus, mais aussi un moyen de financer les dépenses familiales et de soutenir les économies locales.
Le cas mauritanien
Le corridor entre la Mauritanie et le Sénégal illustre cette réalité. Une étude de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publiée en juin 2023, s’est intéressée au commerce transfrontalier de petite échelle à Rosso, dans le Trarza, et à Gouraye, dans le Guidimagha. Les observations ont été réalisées entre décembre 2022 et février 2023. L’étude retenait notamment les transactions commerciales quotidiennes inférieures à 100 dollars par commerçant pour définir le périmètre de cette activité.
Ce type d’échange contribue à l’approvisionnement des marchés et à la création de revenus dans les localités frontalières. Il montre également l’intérêt d’une meilleure connaissance des flux entre les deux pays, afin d’adapter les procédures douanières, les dispositifs de contrôle et les politiques de soutien aux petites entreprises.
Formaliser sans étouffer
La réponse ne peut se limiter au renforcement des contrôles. Une formalisation trop coûteuse risquerait d’exclure les opérateurs les plus modestes, sans nécessairement faire disparaître les circuits informels. À l’inverse, des procédures simplifiées, des frais clairement affichés, une meilleure information des commerçants et des mécanismes de financement adaptés pourraient encourager le passage progressif vers l’économie formelle.
La CEDEAO a d’ailleurs poursuivi cette mobilisation en juin 2026, à Lomé, avec une initiative régionale consacrée au renforcement des capacités des femmes commerçantes transfrontalières. Cette démarche met l’accent sur la formation, la facilitation des échanges et la participation économique des femmes.
L’enjeu ZLECAf
L’enjeu concerne également la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Pour que l’intégration commerciale bénéficie aux petites entreprises, elle doit se traduire par des améliorations concrètes aux frontières : procédures accessibles, infrastructures adaptées, informations fiables sur les droits et taxes, et possibilités de financement.
L’Afrique ne pourra pleinement tirer parti de son marché continental si les politiques commerciales ignorent les acteurs qui font circuler quotidiennement les marchandises. Mieux mesurer, sécuriser et accompagner le commerce transfrontalier de petite échelle pourrait devenir un levier de croissance locale, de sécurité alimentaire et d’intégration économique.


![Éclairage | Les dirigeants sociaux de la société anonyme et les sanctions pénales au titre des infractions dans le domaine comptable [Par Hassan Ouatik, expert-comptable, OEC Paris] Qualités, pouvoirs et vocabulaire du risque En cette qualité, ils disposent des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom et pour le compte de la société. Leur appellation varie selon le « risque » du moment : membres d'organes de gestion ou de direction dans les situations normales, voire dans les situations difficiles mais corrigibles ; représentants légaux ou chefs d'entreprise dès les débuts des procédures collectives ; enfin, dirigeants, terme le plus souvent associé à la responsabilité et aux sanctions.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/10/SOCIETE-ANONYME-320x165.jpg)



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