Quatre des plus grands cabinets d’avocats sud-africains poursuivent le gouvernement en justice au sujet des nouvelles règles en matière d’emploi et de propriété privilégiant les Noirs dont l’objectif est de « réparer des décennies d’injustice raciale.» Il s’agit de Deneys (anciennement Norton Rose Fulbright Afrique du Sud), Webber Wentzel, Werksmans et Bowmans. Ils estiment que ces règles relèvent de « l’irrationnel » et le calendrier de leur mise en œuvre est irréaliste.

Les quatre structures qui s’attaquent à la nouvelle réglementation visant à donner plus de poids aux noirs dans le capital des cabinets d’avocats étaient toutes conformes aux règles précédentes. Celles-ci fixent en effet un seuil inférieur d’un peu plus de 25 % de participation noire. Dans une déclaration commune, Webber Wentzel a indiqué avoir augmenté la part de ses associés noirs de 25 % en 2019 à 38 % en 2026, Werksmans a déclaré avoir augmenté cette part de 20 % à 31 % au cours de la même période, et Bowmans a affirmé avoir maintenu la participation des Noirs entre 25 % et 29 % au cours de la dernière décennie.
Ces cabinets ont fait valoir qu’elles ne pouvaient pas atteindre 50 % en cinq ans, car l’accès à l’association en actions est plus long et doit être fondé sur le mérite. Elles contestent également d’autres aspects de la nouvelle législation du secteur notamment les modifications apportées au système d’évaluation utilisé pour mesurer la conformité aux exigences réglementaires sur la discrimination positive.
Cette affaire survient dans un contexte de surveillance accrue des politiques de discrimination positive qui visent à lutter contre les désavantages que le régime d’apartheid a infligés à la majorité noire du pays. Derrière cette action en justice- qui vise à contraindre le gouvernement à abandonner les nouveaux objectifs- se cachent des tensions entre certains avocats noirs et les majors du secteur du conseil juridique et des cabinets d’avocats d’affaires. En effet, d’anciens salariés de deux des quatre cabinets d’avocats d’affaires du pays ont porté plainte pour discrimination.
A l’instar d’une grande partie du monde des affaires sud-africain, la profession du conseil juridique demeure majoritairement blanche, plus de trente ans après la fin de l’apartheid. Les Blancs représentent environ 7 % de la population sud-africaine et 72 % des associés des plus grands cabinets d’avocats.
Fin 2024, le gouvernement a introduit un nouveau code pour le secteur dans le cadre d’une politique connue sous le nom de Broad-based Black Economic Empowerment, fixant un objectif de 50 % de propriété noire dans les grandes entreprises d’ici cinq ans, dont 25 % de femmes noires.
Selon l’agence Reuters qui rapporte l’information, un groupe d’employés actuels et anciens de Deneys, Webber Wentzel et Bowmans qu’elle a interrogés ont décrit une discrimination, subtile ou explicite, qui, selon eux, rendait plus difficile la progression des personnes noires et les poussait à quitter leur emploi par frustration. Ils ont déclaré que cela comprenait un favoritisme manifeste dans la répartition des dossiers, le fait d’être écartés des promotions qu’ils estimaient mériter au moins autant que leurs collègues blancs et, dans un cas précis, le refus d’une réduction du temps de travail pour une femme noire après une maternité, réduction qui avait été accordée à une mère blanche dans une situation similaire.
Interrogés par Reuters, le cabinet Deneys a refusé de commenter ces allégations, tandis que Webber Wentzel et Bowmans ont déclaré « qu’ils ne toléraient pas la discrimination et qu’ils disposaient de procédures pour traiter les plaintes.»











