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Le rattrapage industriel !

Afrique : 
Le rattrapage industriel !

PwC a livré à Casablanca les résultats de son étude portant sur l’industrialisation en Afrique ; Loin des débats idéologiques, elle fait le pari du pragmatisme et prône un développement industriel à fort contenu technologique où l’industrie 4.0 est amenée à jouer un rôle central ; Pour enclencher le rattrapage industriel, l’étude a avancé quatre leviers stratégiques à actionner.

Le mardi 28 mars 2019, au siège de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), une équipe de PwC, composée de Jonathan Le Henry, Directeur Strategy& Afrique francophone (basé à Casablanca) et Assia Benhida, associée à PwC Conseil, ont présenté devant Salaheddine Mezouar, le président du patronat marocain et un parterre d’opérateurs la plus récente étude du cabinet, intitulée : « Industrialisation en Afrique : réaliser durablement le potentiel du continent ». Cette étude représente le fruit d’une réflexion menée auprès d’industriels, de fonds d’investissement et de gouvernements africains en vue de repenser l’industrialisation du continent. Loin des débats idéologiques, elle fait le pari du pragmatisme et prône un développement industriel à fort contenu technologique où l’industrie 4.0 est amenée à jouer un rôle central. « Le sujet de réflexion est d’adopter l’approche la plus pragmatique pour les entreprises africaines » a souligné Assia Benhida, qui exposait les interrogations qui ont orienté l’étude : quels sont les leviers sur lesquels peut-on s’appuyer? Quels sont les secteurs sur lesquels il faut continuer à agir ? Pour Jonathan Le Henry, Directeur stratégie en Afrique francophone de PwC Conseil, la problématique consiste à trouver les moyens pour «injecter un peu de pragmatisme dans les politiques industrielles en vue de se concentrer sur ce qui peut avoir de l’impact ». Ce pragmatisme, il le définit par «l’établissement d’un diagnostic, qui consiste à ne tomber ni dans l’afro-optimisme ni dans l’afro-pessimisme, en s’appuyant uniquement sur les chiffres ainsi que les exemples des stratégies gagnantes en vue de définir les contours d’une nouvelle approche ».

Le développement industriel en Afrique : un défi persistant

Il faut dire que sur ce volet diagnostic, l’étude a permis de relever plusieurs constats dont le premier est que dans le continent africain, la contribution de l’industrie dans la création de richesse est « très faible ». « Lorsque nous observons ce qui se passe dans la région, il ressort que les pays africains sont très dépendants des exportations des matières premières non transformées. Ce qui constitue, outre un manque à gagner, un facteur de vulnérabilité et de fragilité. En Afrique, 71% est la part des matières premières dans les exportations», martèle le Directeur Strategy & Afrique francophone de Pwc. Cette réalité expose les économies à une très forte volatilité des prix de vente des marchandises et donc à une certaine vulnérabilité. Les économies africaines représentent à cet égard plus de la moitié des pays en développement tributaires des produits de base (PDTPB). Cette dépendance aux exportations de matières premières reste l’un des principaux facteurs de fragilité économique. «A titre d’exemple, selon les résultats de l’étude, en 2015, les matières premières représentaient 71% des exportations de marchandises en Afrique. Au Bénin ou au Burkina Faso, à la même période, elles dépassaient même 90% du total des exportations. Le risque de volatilité est d’autant plus fort que plus de 30% des matières premières exportées sont des produits agricoles», signale Le Henry.

Une entreprise de taille et de polissage de diamants, au Botswana

Une entreprise de taille et de polissage de diamants, au Botswana

Au-delà du constat de la situation actuelle, c’est avant tout l’accroissement de cette dépendance aux matières premières dans le temps qui est préoccupante, selon l’étude. En effet, dans les années 1970, l’Afrique n’était, en proportion, pas plus dépendante aux matières premières que les autres pays en développement. Mais si l’Asie a su réduire cette dépendance, de 70% à 20% depuis les années 1980, l’Afrique a suivi une trajectoire inverse. « Cette situation est l’un des facteurs qui a conduit les États africains à s’engager dans la diversification de leurs économies afin d’insuffler une nouvelle dynamique destinée à réduire cette dépendance », affirment les experts de Pwc.

Faible valeur ajoutée manufacturière

Analysant la situation d’une manière globale, le rapport relève que les pays africains font, dans leur ensemble, face à une dialectique complexe : capacités industrielles limitées et forte dépendance aux matières premières. « Cette situation est non seulement source de vulnérabilité économique mais pèse également sur leur niveau de productivité industrielle, mettant sous tension la compétitivité des économies », note l’étude qui ajoute qu’en dépit d’un réel potentiel, l’industrie ne contribue que trop marginalement à la croissance de l’économie africaine. Au cours des trois dernières décennies, la valeur ajoutée manufacturière (VAM) a connu un très fort niveau de croissance, atteignant notamment un pic de 19% (en proportion du PIB) en Afrique du Nord et de 14% en Afrique subsaharienne. Cette tendance s’est fortement ralentie depuis 2003. En effet, à l’exception de l’Afrique du Sud et des pays d’Afrique du Nord, la quasi-totalité (95%) des Africains (plus de 800 millions de personnes) vivent dans des pays dont la VAM est inférieure à 100 USD/habitant. À titre de comparaison, la VAM par habitant se situe autour de 620USD au Brésil, 3160USD au Royaume-Uni et 5220USD aux États-Unis.

Industrie de la chaussure en Ethiopie

Industrie de la chaussure en Ethiopie

Comparée également aux autres zones économiques, l’Afrique a contribué le plus faiblement à la VAM mondiale à 1,6% sur la période 1990-2015. Par comparaison, la contribution de la région de l’Asie-Pacifique se situait autour de 45%. Cette situation s’explique notamment par la faible intensité technologique des activités manufacturières. En effet, plus de 80% de la VAM africaine est liée soit aux ressources naturelles, soit aux activités traditionnelles «low-tech», qui présentent en règle générale des niveaux de productivité limités. En guise de comparaison, la transition vers les technologies de pointe est précisément ce qui avait permis à l’Asie de développer considérablement ses capacités manufacturières et d’accélérer sa croissance économique.

Pourtant, pour les experts de PwC, si le secteur primaire reste le principal employeur en Afrique subsaharienne, sa part dans l’emploi total a considérablement diminué depuis les années 1960, passant de 73% à 50%. Ce recul s’est fait principalement au profit du secteur tertiaire. Bien que le secteur tertiaire présente un véritable potentiel de croissance, le secteur industriel reste cependant le plus déterminant pour la transformation structurelle de l’économie, compte tenu de son incidence sur le marché de l’emploi et sur la productivité. « L’expérience a montré que c’est lorsque le secteur industriel s’oriente vers un modèle à plus forte valeur ajoutée technologique que son impact est le plus fort pour l’économie. On constate ainsi l’enclenchement d’un cercle vertueux entre qualification et innovation, ce qui est un facteur décisif de productivité. Parallèlement à l’importance du facteur technologique, l’industrialisation doit reposer sur la création d’un environnement économique et social favorable, marqué par 4 principales dimensions : les compétences et le climat des affaires, les infrastructures et la logistique, les enjeux environnementaux et climatiques et l’intégration régionale des marchés », font constater les rédacteurs du rapport de PwC, qui précisent que la plupart des pays du continent sont d’ores et déjà engagés dans cette voie, reste maintenant à convertir l’essai.

Quatre leviers pour enclencher le rattrapage industriel

« Les récentes initiatives menées sur le continent en matière de développement industriel ont connu des niveaux de réussite variables suivant les expériences. Si certains modèles semblent rencontrer plus de succès que d’autres, rares sont les expériences qui peuvent être directement répliquées d’un pays à l’autre », estiment-ils.

Usine Renault Nissan à Tanger au Maroc

Usine Renault Nissan à Tanger au Maroc

Ainsi, pour enclencher le rattrapage industriel, l’étude a avancé quatre leviers stratégiques à actionner. Le premier levier consiste à « capitaliser sur les ressources naturelles ». Cette manette visant à valoriser un avantage comparatif, suppose un certain nombre de préalables, notamment : l’existence d’une ressource naturelle stratégique, la mise en place de partenariats avec des leaders internationaux, et l’octroi de financement de long terme de la part des acteurs gouvernementaux.

A titre d’illustration, le rapport met en avant la stratégie d’intégration verticale suivie par le Botswana dans le secteur du diamant qui a permis la création d’une filière industrielle à forte valeur ajoutée. Alors que cette ressource représente actuellement plus de 80% de la valeur totale des exportations, le gouvernement a anticipé le fait que, sauf découverte d’un nouveau gisement, son exploitation prendrait fin dans une vingtaine d’années. Afin d’assurer une croissance durable du secteur à l’ère «post-diamant», les autorités ont donc décidé d’encourager un développement vers l’aval, avec, dans un premier temps, les métiers de la taille et du polissage et, dans un second temps, ceux de la joaillerie et des activités associées à plus forte valeur ajoutée. Pour mener à bien cette stratégie, l’État botswanais a conclu, en 2005, une joint-venture avec le diamantaire De Beers, l’un des leaders mondiaux de l’industrie du diamant « Debswana » pour la conduite des activités d’extraction. Une seconde joint-venture, DTC Botswana, a également été créée pour le tri et la valorisation de la production de Debswana. Dans la continuité de ce partenariat, 16 unités de taille et de polissage ont été installées (contre 3 avant l’accord) afin de traiter le diamant brut extrait localement, et permettre ainsi à l’industrie botswanaise de s’orienter vers des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. Cette stratégie industrielle a largement contribué à la résorption durable du chômage dans le pays qui, après un pic à 24 % de la population active en 2004, est tombé à près de 18% deux ans plus tard.

Le deuxième levier à enclencher, consiste à «miser sur des partenariats stratégiques». D’après les experts de PwC, ceux conclus ces dernières années avec des acteurs internationaux, dont européens, ont mis en évidence une nouvelle forme de coopération appelée «coproduction » par l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen). Elle consiste, pour les partenaires, à partager la valeur ajoutée tout en assurant le transfert technologique entre les marchés. Les stratégies de coproduction reposent sur trois facteurs-clefs de succès : laisser le secteur privé aux commandes (garantir l’implication des acteurs du secteur privé afin de favoriser l’émergence d’écosystèmes dynamiques); miser sur une stratégie de niche (afin de maximiser son avantage compétitif, cibler le maillon de la chaîne de valeur sur lequel l’acteur national est le plus pertinent) ; et garantir les infrastructures adéquates et veiller à la mise en place d’un cadre de promotion des exportations. « Le partenariat stratégique entre Renault et le ministère de l’Industrie marocain illustre bien le concept de coproduction. L’objectif était d’installer au Maroc une importante unité de production pour la fabrication de véhicules low-cost destinés aux marchés méditerranéens, du Maghreb à la Turquie. Ce développement devrait permettre en retour à Renault France de concentrer ses efforts sur la production de véhicules haut de gamme, la R&D et le marketing. La répartition des efforts entre les zones géographiques s’est traduite par une situation gagnant-gagnant : les usines marocaines se développent de façon autonome tout en contribuant au développement du secteur industriel national tandis que les entités européennes se concentrent sur le renforcement de leur compétitivité en Europe », ont analysé les experts de PwC, qui préconisent également de « s’appuyer sur les technologies de la révolution industrielle 4.0 », comme troisième levier à enclencher. En effet, selon eux, les industries 4.0 fournissent désormais un nouveau cadre d’analyse pour penser l’industrialisation. Cette tendance mondiale est en train de transformer le secteur manufacturier et pourrait faire émerger des opportunités considérables pour le continent africain. « En pratique, l’industrie 4.0 consiste à tirer parti d’un large éventail de technologies comme les objets connectés, la réalité augmentée et les outils d’analyse du Big Data pour conduire la digitalisation de bout-en-bout des actifs physiques et l’intégration dans un écosystème digital reliant l’ensemble des partenaires de la chaîne de valeur. Leur mise en œuvre permettrait de réduire considérablement le time-to-market et de démultiplier la capacité à développer de la customisation de masse. Le recours aux industries 4.0 est d’autant plus attractif dans le cadre de l’Afrique, en raison d’un coût d’acquisition relativement faible compte tenu du poids limité des infrastructures traditionnelles », explique l’étude.

Dans ce contexte, le développement des industries 4.0 pourrait précisément permettre de compenser le déficit d’infrastructures, réduire le recours aux modèles à forte intensité de main-d’œuvre, permettre à l’Afrique de créer des business models innovants. Il faut souligner qu’aux yeux des experts du cabinet de conseils, l’industrie 4.0 donne en ce sens un ensemble de leviers qui permettent de répondre partiellement ou en totalité à un grand nombre d’obstacles identifiés : la blockchain renforce la traçabilité des produits ; la data analytics permet d’anticiper et de résoudre des problèmes de qualité pour les produits manufacturés ; les drones deviennent un outil précieux dans le suivi et le contrôle des opérations. A titre d’exemple, les experts mettent en lumière le cas de Soko, marque de bijouterie kenyane, qui illustre l’usage des technologies digitales via la création de business models innovants. « En exploitant les capacités du mobile-to-web, la société a créé une «usine virtuelle» par la mise en relation de plusieurs milliers d’artisans indépendants issus des marchés émergents avec des clients dans plus de 35 pays, le tout en temps réel. Avec ce modèle de production, Soko entend proposer un nouveau genre de produits de luxe, fait main, équitables et vendus à des prix abordables. A ce jour, le modèle de Soko a permis de générer plus d’un million de dollars de revenus répartis entre un peu plus de 2 000 artisans. L’entreprise sts3D a, quant à elle, mis la réalité virtuelle au service du renforcement des conditions de sécurité dans les mines sud-africaines. Afin de prévenir les pertes humaines provoquées par l’exploration de mines matures, dans lesquelles il est nécessaire de creuser à des niveaux plus profonds, l’outil de visualisation en trois dimensions ainsi qu’une application immersive permettent de réaliser des scénarii d’exploitation en évitant l’exposition des équipes », relève PwC qui précise que le récent développement de l’impression 3D sur le continent africain amène de nouvelles perspectives. «Alors que le secteur de la santé connait une importante pénurie d’infrastructures et de matériel en Afrique subsaharienne, il est désormais possible de reproduire des équipements et des outils médicaux par impression, pour un coût beaucoup plus abordable. La production digitale à la demande pourrait permettre de combler ne serait-ce que partiellement les pénuries dont souffrent les laboratoires et hôpitaux du continent», ajoute le cabinet.

L’impression 3D constitue aussi une opportunité inédite pour la production de prothèses. Selon l’OMS, le secteur des prothèses représente un potentiel de création d’emplois qualifiés important, le déficit de prothésistes étant estimé à environ 40 000 dans les pays les moins avancés. Dans les zones affectées par les conflits ou les épidémies, un nombre important de victimes amputées ne peuvent accéder à ces équipements, faute de disponibilité et de moyens. Le recours à cette technologie présente l’avantage, outre celui d’être plus abordable, de pouvoir adapter les pièces produites localement aux besoins. «L’impression en trois dimensions est d’ores et déjà utilisée par le service de réhabilitation de l’hôpital CoRSU, en Ouganda, pour la production de prothèses», souligne le rapport qui conseille, comme quatrième levier, de «créer les conditions nécessaires à l’amélioration du climat des affaires». L’exemple éthiopien montre que, pour favoriser le développement industriel dans la durée et atteindre un accroissement significatif de la valeur ajoutée manufacturière, les autorités publiques doivent jouer un rôle de «facilitateur» à plusieurs niveaux. Il s’agit, selon l’étude, de diffuser une vision claire et ambitieuse : les gouvernements doivent jouer pleinement leur rôle dans la définition d’une stratégie industrielle de long terme, permettant ainsi aux acteurs de s’inscrire dans un cadre d’investissements stable sur les secteurs prioritaires. «Le choix de l’Éthiopie de développer la filière de la chaussure par exemple s’est révélé pertinent à plusieurs égards : peu de barrières technologiques à l’entrée, possibilité d’employer une main-d’œuvre peu qualifiée dans des conditions compétitives, capacité à capitaliser sur des réserves de cuir bon marché, issu du cheptel national», donne comme exemple le rapport qui précise que «les décideurs politiques éthiopiens sont parvenus à attirer des sociétés de production chinoises fortes d’un savoir-faire manufacturier et d’années d’expérience sur le marché international».

Autre conseil prodigué par les experts de PwC, le développement d’une approche transverse. Selon eux, pour garder toute sa cohérence, cette stratégie doit impérativement être définie dans un cadre interministériel. Elle doit être multisectorielle et prendre en compte les interdépendances politiques et économiques des acteurs, tant privés que publics. Elle doit également fournir un soutien complet et effectif. «Pour que les ambitions définies au niveau gouvernemental ne restent pas lettre morte, il est impératif de fournir un soutien concret aux investisseurs nationaux et étrangers, par la mise à disposition d’interlocuteurs de haut niveau, capables de faciliter le déploiement des projets, en particulier dans des environnements juridiques et administratifs complexes», estiment les experts qui soulignent que le gouvernement éthiopien avait d’ailleurs pris une série de mesures incitatives : zones franches industrielles, conditions de crédit préférentielles, exemption de taxes d’importation sur les biens d’équipement et matières premières ne pouvant être fournis localement et nécessaires à la fabrication de biens manufacturés pour l’export, exemption d’impôt sur les sociétés pendant 5 ans.

Pour autant, si les efforts visant à favoriser le climat des affaires doivent rester une priorité, l’expérience a prouvé, selon l’étude, qu’il n’y a pas de corrélation systématique entre l’évolution de l’indicateur Doing Business et la croissance de la valeur ajoutée manufacturière, preuve que l’industrialisation peut progresser en dépit d’un contexte difficile. «Au Rwanda par exemple, l’indice Doing Business a progressé de près de 12% entre 2010 et 2017 alors que dans le même temps sa valeur ajoutée manufacturière a enregistré une croissance annuelle moyenne de moins de 5%. A l’inverse, en dépit d’une faible amélioration de l’indice Doing Business en Éthiopie (+1,3%), la valeur ajoutée manufacturière a progressé de plus de 14% sur la même période », tiennent à préciser les experts qui, malgré tout, estiment que le potentiel du continent africain n’est plus à démontrer : sept des dix pays qui connaissent la plus forte croissance économique du monde sont en Afrique. Cependant, affirment-ils, le défi d’un développement durable et inclusif reste à relever. Ceci ne pourra avoir lieu qu’avec la mise en place de politiques industrielles innovantes, non dogmatiques et coordonnées entre les États.

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