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Afrique : à quand la mutualisation des compétences…

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Avec l’apparition du Covid-19, scientifiques, médecins, voire climatologues multiplient les alertes. Plus alarmistes les unes que les autres. Avec le changement climatique, il n’est pas exclu que d’autres virus, encore plus pernicieux que le nouveau coronavirus, frappent à grande échelle notre humanité.

Face à des situations récurrentes d’une telle ampleur, nous, Africains, pratiquement mis hors d’accès au vaccin, produit par les firmes pharmaceutiques comme Pfizer BioNTech, AstraZeneca ou Sinopharm, devons mutualiser nos moyens pour faire face à la bête immonde. Ce travail dont dépend jusqu’à notre existence, en tant que nations tout court, personne ne le fera à notre place.

Et contrairement à certaines idées reçues, les moyens humains, scientifiques, technologiques, et même financiers ne manquent pas à l’Afrique. Notre talon d’Achille, c’est l’atomisation des moyens financiers, de production, de recherche, etc. Ou pour le dire autrement, c’est ce manque de vision de nos dirigeants sur une Afrique qui gagne en étant unie. Ce qui suppose le dépassement des égos. Le dilemme, dans lequel nous baignons et nous empêche de nous hisser au niveau des autres continents, est avant tout politique. De deux choses, l’une : ou nous le résolvons en sortant par le haut ou nous attendrons au coin de la rue le développement de l’Afrique, comme entité économique pesant au niveau mondial.


Bien que des produits pharmaceutiques soient actuellement fabriqués en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria, au Maroc ou encore en Égypte, dans l’ensemble, l’Afrique importe actuellement plus de 80 % de ses besoins en produits pharmaceutiques et consommables médicaux. Une situation peu viable. A y regarder de plus près, force est de constater que la solution relève essentiellement de la volonté politique. Comment expliquer aujourd’hui que l’industrie chimique sud-africaine dont font partie les laboratoires de médicaments, avec un leader mondial comme Sasol, ne soit pas dans le combat contre le coronavirus ? Conséquence : le continent subit le diktat des fabricants du vaccin contre le Covid-19.

L’Afrique du Sud, pays le plus covidé du continent, en paie le prix fort. Comment expliquer cette différence de prix pour l’Afrique du Sud qui paie la dose à 5,5 euros, soit deux fois et demi plus cher que le prix payé par l’Union européenne (UE)? Les vaccins (1,5 million de flacons), fruit des négociations bilatérales menées avec l’alliance AstraZeneca/Oxford, attendus en ce début février 2021 dans ce pays, sont produits en Inde par Serum Institute of India (SII). Pourtant, la première puissance industrielle du continent, considérée comme un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, confère à l’Afrique du Sud un statut qui lui a permis d’intégrer le dispositif Covax de l’OMS pour un accès équitable aux vaccins !

«On nous a expliqué que les autres pays à revenu élevé ont bénéficié d’un prix plus bas parce qu’ayant investi dans la recherche et le développement », se désole Anban Pillay, le directeur général-adjoint de la Santé en Afrique du Sud. Pour sûr, les près de 2000 Sud-africains ayant participé aux essais cliniques du vaccin en 2020 ne souhaitaient pas servir de cobayes pour la science !

Pour Shabir A. Madhi, professeur de vaccinologie à l’université du Witwatersrand, le gouvernement sud-africain a «aggravé le problème en ne s’engageant pas à temps dans des accords bilatéraux directement avec les fabricants par le biais d’un mécanisme avancé d’engagement du marché. Là où de nombreux autres pays, y compris des pays à revenu intermédiaire, l’ont fait dès que les vaccins sont entrés dans les phases deux et trois des essais». Le Nigeria reste dans les mêmes supputations. Malgré, le travail louable mené par ses chercheurs pour un vaccin contre le Covid-19, les résultats n’ont pas été concluants. Il reste à Abuja de négocier l’acquisition de vaccins dans les mêmes conditions financières que l’Afrique du Sud.

Ces deux cas emblématiques d’absence de vision doivent conduire l’Afrique à prendre son destin en main. Ceci d’autant plus que, comme l’a rappelé le milliardaire américain et fondateur de Microsoft, Bill Gates, le monde doit désormais se préparer contre la prochaine pandémie comme on attendrait une guerre. La prochaine sera bel est bien là. Dans 5, 10 ou 20 ans ? Nul ne le sait, mais la certitude est qu’elle pourra faire autant de dégâts que le Covid-19 ou pire, mais elle demandera une réactivité de la part de tous les pays. On ne peut pas continuer à courir derrière les autres, à attendre qu’ils nous viennent en aide comme si nous n’avions rien à offrir, comme si nous ne devons pas apporter notre contribution à un moment aussi crucial où notre monde a besoin de tous ses membres. L’Afrique ne devra pas courir derrière des vaccins, derrière des masques, derrière de la chloroquine, derrière le zinc…

Elle devra enfin s’assumer.

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