Après des décennies de déclin, Luanda veut remettre le coton sur les rails. Pour reconstruire une filière longtemps stratégique, les autorités angolaises regardent vers Brasilia, à la recherche de technologies, d’investissements et de savoir-faire. Un rapprochement qui intervient alors que le pays ouvre également la porte aux semences génétiquement modifiées.
L’Angola cherche au Brésil les recettes d’une renaissance cotonnière. Une délégation du ministère de l’Industrie et du Commerce, accompagnée de représentants de la Banque de développement d’Angola (BDA), s’est rendue le 18 septembre à Brasilia pour explorer des pistes de coopération avec l’Association brésilienne des producteurs de coton (ABRAPA).
Au menu des discussions : investissements, organisation de la chaîne de valeur, innovation technologique, transformation et accès aux marchés internationaux. Les deux parties ont également évoqué une coopération directe entre producteurs et institutions afin d’améliorer la productivité du coton angolais grâce au partage de connaissances et de solutions techniques.
Aucun accord d’investissement ni programme opérationnel n’a, pour l’heure, été annoncé. Mais le choix du partenaire n’est pas anodin. Le Brésil s’est hissé au troisième rang mondial des producteurs de coton, derrière la Chine et l’Inde, tout en devenant le premier exportateur de fibre. Sa récolte, estimée à environ 4,1 millions de tonnes pour 2025/2026, a atteint un nouveau record.
Le modèle brésilien en ligne de mire
Ce succès repose sur une combinaison de grandes exploitations mécanisées, de recherche agronomique, de sélection variétale, de logistique, de traçabilité et de contrôle qualité. Un savoir-faire qui intéresse déjà plusieurs pays africains.
En mai dernier, l’Agence brésilienne de coopération a ainsi formé une cinquantaine d’agents de la Sodecoton au Cameroun sur la fertilité des sols et les techniques de fertilisation. Au Nigeria, Brasilia et Abuja avaient signé dès août 2025 un protocole d’accord consacré à la science, à la technologie et à l’innovation, avec un volet dédié au coton : transfert de technologies, optimisation des cycles culturaux, lutte contre les ravageurs, essais variétaux et accès aux données de recherche de l’ABRAPA.
Pour Luanda, l’enjeu est désormais de transposer une partie de cette expérience à une filière qui n’a jamais retrouvé son niveau d’avant-guerre.
Du boom à l’effondrement
Le coton angolais avait pourtant connu une ascension spectaculaire. La production était passée d’environ 15 000 tonnes en 1968 à 31 000 tonnes en 1971, avant d’atteindre un pic de 86 000 tonnes en 1973, selon les données de Yarnsandfibers.
L’indépendance, en 1975, puis la guerre civile jusqu’en 2002 ont profondément désorganisé la filière. Insécurité dans les zones rurales, abandon des plantations, infrastructures détruites ou dégradées, disparition des services d’encadrement et affaiblissement des capacités de transformation ont durablement affecté la production.
Luanda a engagé un programme de relance dès le milieu des années 2000, avant de l’étendre à plusieurs provinces pour alimenter les industries textiles réhabilitées. Mais les ambitions affichées n’ont pas encore produit les volumes escomptés. En 2017, les autorités visaient 50 000 tonnes de coton graine par campagne. La production n’a pas suivi.
Selon la FAO, elle s’est limitée à quelque 3 300 tonnes en 2024, un niveau qui continue de contraindre l’approvisionnement des unités textiles locales.
Textang II attend sa matière première
Le groupe Alcaal, gestionnaire de Textang II, avait annoncé son intention de développer une production à grande échelle à partir de janvier 2025, sur 4 000 à 5 000 hectares. Objectif : sécuriser l’approvisionnement de son activité textile et parvenir à l’autosuffisance en matière première en trois à quatre ans.
La relance passe désormais aussi par la technologie. Depuis mai 2026, Luanda autorise, sous conditions, l’importation et la production de semences génétiquement modifiées de coton et de ricin, mettant fin à plus de deux décennies de restrictions. Ces variétés peuvent notamment intégrer une résistance à certains insectes ravageurs, avec l’ambition de réduire les pertes et l’usage d’insecticides.
Le pari des biotechnologies
Sur ce terrain également, l’expérience brésilienne pourrait être précieuse. Selon l’USDA, les semences génétiquement modifiées représentaient 99 % des superficies cotonnières brésiliennes lors de la campagne 2024/2025.
Pour l’Angola, l’enjeu dépasse donc la simple hausse des volumes. Il s’agit de reconstruire une chaîne complète, de la semence au textile, en passant par la production, la transformation et la commercialisation. Le rapprochement avec Brasilia pourrait fournir une partie des briques technologiques. Reste à savoir si Luanda parviendra à transformer cette coopération exploratoire en véritable relance industrielle.





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