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Covid-19: l’impact sur les entreprises africaines, d’après une enquête d’Oxford Business Group

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Oxford Business Group (OBG) a publié la semaine dernière son enquête sur l’impact du Covid-19 auprès des chefs d’entreprise (Africa Covid-19 CEO Survey) et pour tenter de répondre à une question centrale : « Comment réagissent les PDG aux perturbations liées au Covid-19 ? »

Si, jusqu’à ce 25 mai 2020 avec 116.000 cas confirmés et moins de 3500 décès, l’Afrique a été relativement bien épargnée, c’est parce qu’elle a su prendre très tôt des mesures pour prévenir la propagation de la pandémie. Or, justement la fermeture des frontières, les couvre-feux et autres Etats d’urgence n’ont pas manqué de toucher la vie des entreprises du continent dont une bonne partie tourne au ralenti quand elle n’est pas à l’arrêt. C’est du moins ce que révèle l’étude de OBG. 

« La dernière semaine d’avril, juste avant qu’un certain nombre de pays africains ne commencent à assouplir une partie des restrictions en vigueur, 7% des entreprises et institutions interrogées dans le cadre de l’enquête OBG Ceo Covid-19 Survey ont déclaré être totalement fermées, 61% fonctionnaient à 1-60% de leurs capacités, et 32% à 61-100% », souligne d’emblée OBG. 

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Impact sur les secteurs du tourismes et du BTP

Évidemment, certains secteurs sont beaucoup plus touchés que les autres. En tête de liste, figurent « le tourisme et le bâtiment qui comptent parmi les plus fortement touchés et la majorité des entreprises des deux secteurs (80% et 78% respectivement) fonctionnaient à 0-20% de leurs capacités » note l’étude. C’est l’équivalent de quatre (4)entreprises sur cinq (5) dont la production reste limitée à moins du cinquième de son potentiel normal. 

Ce qui est donc à l’origine du succès sanitaire peut rapidement virer au drame économique pour de telles entreprises privées de leurs ressources financières, mais qui sont obligées de supporter des charges fixes ou pire encore des décaissements liés à la part  incompressible de la masse salariale, mais aussi aux échéances de crédits bancaires et à des décaissements similaires. 

Les impôts pourraient augmenter pour financer les équipements sanitaires.

OBG estime qu’en plus de devoir lutter pour leur survie, les entreprises doivent paradoxalement se préparer à être sollicitées davantage après la pandémie afin de financer le budget de l’Etat, notamment en matière de santé publique dont les dépenses sur le continent sont loin d’être suffisantes. 

Le tableau n’est pas reluisant 

Car le tableau que dressent les économistes est bien sombre. Sur le plan de l’équipement sanitaire, force est de constater que « de toutes les régions du monde, l’Afrique est sans aucun doute la moins bien préparée pour une pandémie de cette ampleur » souligne OBG. 

Et d’ajouter : « des années de dépenses publiques de santé insuffisantes – elles représentent selon les estimations 5% du PIB, soit deux fois moins que la moyenne mondiale – ont accentué la fragilité des systèmes de santé. D’après l’Organisation mondiale de la sante (OMS), le continent d’1,3 milliard d’habitants dispose de moins de 2000 respirateurs en état de fonctionnement sur 41 pays, contre plus de 170 000 aux Etats-Unis ».

Evidemment, dès la fin de cette épreuve sanitaire, il faudra s’attendre à ce que les 54 pays africains se remettent en question sur le plan sanitaire afin d’être à niveau. Or, pour ce faire, tous les contribuables, en tête desquels figure le tissu productif, devront mettre la main à la poche. 

« Des règles plus strictes pourraient être imposées à l’issue de la pandémie de Covid-19 afin de garantir davantage de dépenses publiques dans le secteur de la santé », écrit ce cabinet international spécialisé dans les études économiques. 

Cette conclusion n’est que le résumé de ce que pensent les chefs d’entreprises interrogés dont 42% estiment que c’est « très probables » et 40% autres croient que c’est « probable ». Donc, là aussi quatre dirigeants d’entreprises sur cinq redoutent devoir payer plus d’impôts, alors même que la situation financière demeure délicate. 

Autre point mis en évidence par cette étude est le caractère vulnérable des chaînes d’approvisionnement du continent. Mais c’est un mal pour bien, avec cette pandémie qui semble pousser vers la prise de conscience. En effet, « il n’est donc pas étonnant que 66% des personnes interrogées jugent probable ou très probable que la crise actuelle permettra d’intensifier les activités industrielles et manufacturières dans leur pays », souligne l’Africa Covid-19 Ceo Survey.

Sérénité en Tunisie, au Maroc et au Nigeria  

Evidemment, moins leur chaîne de valeur et d’approvisionnement est touchée, moins les chefs d’entreprise estiment qu’en sortant de la pandémie des investissements seront nécessaires. C’est le cas de la Tunisie où seuls 50% jugent très probables ou probables de prochains investissements, du Nigeria (60%) et du Maroc (60%) également qui sont les trois pays où les chefs d’entreprise restent le plus sereins, d’après les résultats de l’étude. Ce qui est l’inverse de leurs homologues algériens (77%), ivoiriens (77%), ghanéens (75%) ou kényans (72%). 

Toujours en restant sur les conséquences selon les pays, l’enquête montre que les préoccupations diffèrent sensiblement d’un endroit à un autre. 

Au Kenya, c’est avant tout la trésorerie qui inquiète les acteurs de l’industrie, dont 24% pensent que les arriérés de paiement vont s’accumuler. Le Ghana, c’est plutôt l’accès aux matières premières (29%), mais aussi le transport et la logistique (43%) qui inquiètent les responsables du secteur productif interrogés par les enquêteurs. 

En Côte d’Ivoire et au Nigeria, c’est le secteur agricole qui est particulièrement touché. Ainsi, 63% des producteurs agricoles ou ceux de la filière de l’agrobusiness affirment que leur activité est soit « très significativement », soit « significativement » affectée. Ce pourcentage est de 60% pour le Nigeria. Evidemment, cela se traduira irrémédiablement sur les prix des denrées alimentaires qui risquent fort de prendre l’ascenseur.

D’ailleurs, quand on les interroge, 100% des dirigeants au Ghana, 94% au Kenya ou 92% au Nigeria, en sont convaincus. Même dans les pays qui semblent avoir une parfaite maîtrise dans le domaine agricole, on n’échappe pas à ce sentiment avec 56% au Maroc, 58% en Egypte, 60% en Algérie et 68% en Tunisie qui ont exprimé des craintes d’inflation au niveau des prix. 

Cette enquête montre à souhait que les entreprises africaines sont non seulement touchées de différentes manières, mais elles aussi doivent se préparer à des lendemains difficiles. Néanmoins, il faut constater que l’Afrique a su aussi limiter les dégâts, y compris sur le plan économique, puisque la plupart des pays ont choisi de ne pas aller vers le confinement total. C’est le cas notamment du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et même du Kenya qui ont mis l’accent sur les situations à risque. D’autres pays comme le Maroc, la Tunisie ont également fait jouer la technologie pour s’en sortir davantage en utilisant le télétravail. 

De plus l’enquête se termine sur une note d’optimisme, puisque « de nombreuses entreprises sont optimistes et s’attendent à une amélioration de leurs capacités de fonctionnement au bout de cinq mois », souligne OBG. Mais d’ici l’automne prochain, beaucoup d’entreprises vont tourner au ralenti, avant que ne vienne l’heure de la délivrance.

« A court terme, les entreprises ne devraient pas encore pouvoir fonctionner à pleine capacité, et seul un pourcentage légèrement inférieur à la moitié des entreprises sondées (49%) envisagent une reprise des activités à 81-100% des capacités d’ici septembre 2020, tandis que 24% tablent sur une capacité de 61-80% et 13% sur une capacité de 41-60% », souligne l’étude.

 

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