Les discussions entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) lors des récentes assemblées générales des institutions de Bretton-Woods la semaine dernière à Washington, ont été présentées comme «une étape supplémentaire des efforts de Dakar pour conclure un nouveau programme de prêts.» La réalité est probablement loin de cet enthousiasme car, selon les experts présents à Washington, les positions de deux parties restent très éloignées sur l’explosive question de la restructuration de la dette sénégalaise, sans laquelle le FMI ne pourra pas envisager une nouvelle ligne de financement pour Dakar.
«Notre principal enseignement des réunions de printemps est que les choses avancent plus lentement que nous ne le pensions», affirme Stuart Culverhouse, économiste en chef au cabinet-conseil Tellimer, cité par l’agence Reuters.
Avec un PIB de 40 milliards de dollars, le Sénégal est en proie à de graves turbulences depuis que le pouvoir actuel à Dakar avait révélé des «dettes non déclarées» de 13 milliards de dollars imputées à son prédécesseur, un «hors-bilan» qui avait poussé le FMI à geler tout financement pour le pays. Des discussions engagées avec le Fonds afin d’obtenir une dérogation se heurtent au refus du gouvernement sénégalais de restructurer sa dette.
A Washington, les deux ministres (Cheikh Diba des Finances et du Budget et Abdourahmane Sarr de l’Economie) qui avaient fait le déplacement, ont eu des échanges avec la Banque et le Fonds. Cependant, la rencontre destinée aux investisseurs s’est transformée en réunion d’information animée par la chef de mission du FMI, Mercedes Vera-Martin, en présence d’une centaine d’investisseurs, révèle Reuters.
Divergences profondes sur les chiffres du déficit budgétaire
Les deux parties peinent à s’entendre, même sur les chiffres de base nécessaires à l’évaluation de la viabilité de la dette par le FMI. Par exemple, le gouvernement prévoit un déficit de 5,4 % du PIB en 2026 et de 3 % en 2027 en raison de nouvelles mesures fiscales, tandis que le FMI table sur 6,2 % cette année et 5,8 % en 2027.
Mais le principal point d’achoppement concerne la restructuration de la dette.
Le Fonds estime qu’une refonte de la dette du pays est nécessaire pour la rendre soutenable, condition essentielle à l’octroi de nouveaux financements, une position que rejette le gouvernement sénégalais.
Le Directeur du FMI pour l’Afrique, Abebe Aemro Selassie, a déclaré que le Fonds souhaitait «donner au gouvernement le temps d’élaborer une stratégie de programme crédible, finançable et qui évite une austérité excessive » tout en mettant en garde contre les risques potentiels d’une consolidation budgétaire trop agressive, notamment les réductions de dépenses.
Le Sénégal continue de se financer sur les marchés de la dette régionaux principalement par le biais d’émissions à court terme nécessitant des renouvellements fréquents. Le contexte mondial n’a guère apporté de répit aux pays à haut risque dépendants des importations d’énergie, même si le Sénégal commence à exporter du pétrole et du gaz à partir de nouveaux gisements offshore. «Les critères d’obtention d’un programme soutenu par le FMI sont désormais probablement plus élevés, car la hausse des prix des carburants va alourdir la facture des subventions énergétiques, rendant plus difficile la consolidation du déficit budgétaire», prévient JP Morgan.





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