Dernières nouvelles
Accueil » Editorial » De la nécessité de bien négocier les contrats miniers et pétroliers

De la nécessité de bien négocier les contrats miniers et pétroliers

PétroleDans l’actualité de 2018, récente ou moins récente, les mines ont été très présentes. Il s’agit d’une actualité qui nous renvoie à chaque fois à la nécessité pour les pays africains de bien négocier les contrats qui les engagent sur des décennies.
Il y a d’abord eu la décision de la République démocratique du Congo de revoir les taxes à la hausse sur les très stratégiques minerais de cobalt. La redevance qui n’était que de 2% avant 2018 a été portée à 5% dans le cadre du projet de Loi de finances 2018 puis à 10% au moment de l’adoption de cette dernière en février dernier. Évidemment, cela n’a pas été du goût des géants miniers tels que Glencore, Molybdenum et autre Rangold Resources qui n’ont pas hésité à user de tous les moyens pour que la RDC revienne sur sa décision.

Menaces, campagnes médiatiques, lettres au président Kabila… Ils n’ont rien négligé. Mais les autorités congolaises savaient bien ce qu’elles faisaient, parce que les cours du cobalt, élément chimique indispensable dans les batteries des smartphones, des véhicules électriques, et de la plupart des centrales solaires, avaient progressé de 127% en une année. Pendant ce temps, le trésor public congolais n’avait droit qu’à des clopinettes, d’où l’impérieuse nécessité de revoir les contrats ou d’imposer unilatéralement une nouvelle fiscalité.

Plus récemment, le Sénégal devait finaliser un contrat d’envergure avec le turc Tosyali pour l’exploitation du fer de la Falémé. Mais finalement un lever de bouclier de onze candidats à la présidentielle de 2019 qui ont adressé une lettre au président Sall, a poussé ce dernier à sursoir à la conclusion du contrat jusqu’à nouvel ordre. Les hommes politiques comme la société civile avaient évoqué plusieurs raisons qui militaient à la suspension du processus. Il y a d’abord la mauvaise expérience qu’ont eue les Algériens avec Tosyali qui avait augmenté ses prix de façon inopportune, mais surtout qui imposait de mauvais traitements à ses salariés. De plus, à chaque fois qu’un contrat est conclu à la veille d’élections, cela peut être préjudiciable aux intérêts du trésor.
Toujours au Sénégal, les compagnies pétrolières comme British Petroleum ( BP) ou encore Woodside, sont en train de tout faire pour signer le fameux “final investmentdecision”, avant la fin de l’année, ou au moins avant les élections de février. Alors que beaucoup estiment que l’Etat du Sénégal n’est pas dans la meilleure posture pour négocier avec ces multinationales.

Car, là où le bât blesse, pour les pays africains, c’est qu’en face d’eux ils ont des entreprises cumulant des décennies d’expérience qui ne leur feront jamais cadeau. Ce n’est pas dans la culture des compagnies minières ou pétrolières de ne pas optimiser leurs revenus. Elles appliquent des procédures bien rodées, s’appuient sur un personnel bien payé qui veillent scrupuleusement à sauvegarder les intérêts de leurs entreprises. Or, ce n’est pas toujours le cas des pays africains. Au moment de la signature de leurs contrats miniers, des pays comme le Sénégal n’avaient pratiquement pas d’expérience dans le domaine ou n’étaient pas en position de force, à cause de contraintes financières. De plus, ils s’appuient souvent sur des ressources humaines à la compétence moins éprouvée que celles des multinationales.

Enfin, faute d’intégrité, il arrive que les intérêts des pays ne soient pas sauvegardés en conséquence. C’est donc sur ces points précis qu’il appartient aux pays respectifs d’agir afin d’éviter les erreurs du passé.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*