Dernières nouvelles
Accueil » Editorial » L’aide chinoise est un «retour sur investissement» politique

L’aide chinoise est un «retour sur investissement» politique

Le 7ème Forum sur la coopération sino-africaine ((Focac, pour l’acronyme anglais) a fait de Pékin, pendant deux jours (les 3 et 4 septembre), la Mecque de l’Afrique. 53 pays africains (sur 54) ont été représentés, pour la plupart, au plus haut niveau. Et pour cause : les investissements et leur corollaire (la dette) étaient les sujets sensibles de ce conclave, qui consacre désormais la suprématie chinoise en Afrique, ne serait-ce que par son déploiement économique et l’attrait de son « modèle ».

Sommet chine afrique 2018On pourrait pourtant, vu l’ampleur de la dette des pays africains vis-à-vis de Pékin, et les conditions de financements de projets souvent réalisés – aussi – par des entreprises chinoises, douter de l’efficacité de cette coopération où le transfert de compétences n’apparait nullement dans les montages économico-financiers proposés par Pékin aux dirigeants africains.

L’Empire du Milieu justifie bien son nom. Il voit l’Afrique comme une nouvelle colonie. Mais il s’en défend, quand on compare son « modèle » à celui des Etats-Unis ou de l’Europe.

A Pékin, les chefs d’Etat et de gouvernement étaient venus ouvrir les vannes de nouveaux financements mais, surtout, tenter de délier les nœuds d’une dette de près de 132 milliards de dollars contractée depuis vingt ans auprès de la Chine, selon les dernières évaluations de l’institut américain The China Africa Research Initiative (CARI).

Cette alerte sur l’enlisement de l’Afrique n’a pourtant aucune incidence sur les nouvelles requêtes présentées au président Xi Jinping par ses hôtes africains.

Les grands projets structurants apportant une plus-value politique ont atteint un point de non retour. Quelques exemples : Le Sénégal espère obtenir 500 milliards de francs CFA (763 millions d’Euros) de financements pour des infrastructures autoroutières et pour le lancement de la deuxième phase du pôle urbain de Diamniadio. Le président ivoirien souhaite la création du port sec de Ferkessédougou, l’extension de l’aéroport d’Abidjan ou la conception et la construction de la centrale thermique de San Pedro. Le Cameroun sollicite Pékin pour la réalisation de trois projets autoroutiers. Mais Paul Biya espère, surtout, rééchelonner ses engagements auprès d’un partenaire qui lui a octroyé 3 000 milliards de francs CFA – mobilisés depuis 2007. Le Gabon plaide, lui, pour la construction d’une centrale hydro-électrique de 70 MW au nord du pays. Coût de l’opération : 180 millions d’euros. Et la liste est longue.

Pour répondre à toutes ces sollicitations, la Chine a promis une aide de 60 milliards de dollars supplémentaires dédiée au développement économique des pays africains. Dans cette enveloppe, il est prévu 15 milliards de dollars fournis sous forme « d’aide gratuite et de prêts sans intérêts », a précisé Xi Jinping. On y retrouve également des lignes de crédit de 20 milliards de dollars et deux fonds, consacrés à la finance du développement et au financement des importations de biens africains, pour un montant cumulé de 15 milliards de dollars. Enfin, les entreprises chinoises seront encouragées à investir « au moins 10 milliards de dollars » en Afrique au cours des trois prochaines années.

L’aide chinoise est un « retour sur investissement » politique. A part le Swaziland, tous les pays africains n’ont plus de relations diplomatiques avec Taïwan.

Mais l’économie reste le nœud gordien dans les relations Chine-Afrique. En concurrence avec les USA, l’UE et le Japon, Pékin joue son va-tout en Afrique.  Des investissements conséquents contre l’accès à des ressources naturelles abondantes et des relations diplomatiques apaisées. Que demander de plus ?

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*