En rachetant les 16,2 % de Vodafone détenus par le groupe émirati e&, Xavier Niel s’apprête à devenir le premier actionnaire de l’opérateur britannique. Une opération de 4,4 milliards de livres sterling qui conforte son statut de poids lourd mondial des télécoms et lui ouvre une exposition accrue aux marchés africains, désormais au cœur de la stratégie de croissance de Vodafone.

Xavier Niel franchit une nouvelle étape dans la construction de son empire des télécommunications. Le 10 juillet, Vega, la holding d’investissement détenue par le groupe familial Niel, a signé un accord contraignant avec Emirates Telecommunications Group (e&) pour acquérir l’intégralité de sa participation dans Vodafone Group.
Un coup de maître à 4,4 milliards de livres
L’opération porte sur près de 3,95 milliards d’actions, représentant environ 16,21 % du capital et 17,13 % des droits de vote de l’opérateur britannique, pour un montant de 4,4 milliards de livres sterling, soit près de 5,9 milliards de dollars. Une fois les autorisations réglementaires obtenues, le fondateur d’Iliaddeviendra ainsi le premier actionnaire de Vodafone.
Cette transaction met également un terme à la relation stratégique nouée entre Vodafone et le groupe émirati en 2023. Dans la foulée de l’accord, Hatem Dowidar, administrateur de Vodafone nommé par e&, a présenté sa démission avec effet immédiat.
L’Afrique, moteur discret de l’opération
Si l’acquisition vise la maison-mère britannique, ses implications dépassent largement le marché européen. En prenant les commandes du premier bloc d’actions de Vodafone, Xavier Niel renforce son exposition à l’un des portefeuilles télécoms les plus stratégiques du continent africain.
Vodafone contrôle en effet environ 65,1 % de Vodacom Group, le géant sud-africain coté à la Johannesburg Stock Exchange, présent en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, au Mozambique, en Tanzanie, au Lesotho et en Éthiopie. À cette présence s’ajoute désormais le Kenya, où Vodacom a finalisé, le 30 juin, la montée à 55 % du capital de Safaricom, après le rachat d’une participation supplémentaire de 20 % valorisée à près de 2,1 milliards de dollars.
Cette opération fait de Safaricom une filiale consolidée de Vodacom et, par ricochet, de Vodafone. Pour Xavier Niel, cela signifie une exposition économique renforcée aux performances d’actifs africains considérés parmi les plus dynamiques du secteur mondial des télécommunications.
Le milliardaire français ne prend toutefois pas le contrôle opérationnel de ces filiales. Son influence s’exercera au niveau de Vodafone, dont il devient le principal actionnaire, sans disposer pour autant d’une majorité de contrôle.
Une stratégie de long terme
Cette montée en puissance ne constitue pas une première. Xavier Niel détenait déjà 2,5 % de Vodafone depuis 2022 via Atlas Investissement.
L’entrepreneur poursuit ainsi une stratégie méthodique de consolidation de ses positions dans les télécommunications. Fondateur d’Iliad, maison-mère de Free, actionnaire de référence de Tele2, de Millicom et propriétaire de 65 % de l’opérateur irlandais Eir, il supervise un portefeuille représentant près de 52 millions d’abonnés et plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Pour justifier cette nouvelle acquisition, Xavier Niel décrit Vodafone comme une « opportunité d’investissement convaincante », saluant « des actifs de qualité, des marques fortes, des positions de leader et une empreinte géographique diversifiée ». Selon lui, le groupe dispose encore d’un potentiel important de création de valeur, aussi bien en Europe qu’en Afrique.
Le retrait stratégique de e&
À l’inverse, cette opération marque un changement de cap pour e&. Le groupe émirati, qui avait commencé à investir dans Vodafone en 2022 avec une participation de 9,8 % avant de devenir son premier actionnaire, tourne aujourd’hui la page.
Le groupe justifie cette cession par « l’évolution naturelle de ses priorités stratégiques », préférant réallouer ses ressources vers ses activités cœur tout en matérialisant la valeur créée par son investissement dans Vodafone.
La finalisation de la transaction reste soumise à l’approbation des autorités britanniques. Vega a d’ores et déjà précisé qu’elle n’envisageait pas de lancer d’offre publique d’achat sur l’ensemble du capital de Vodafone, tout en laissant ouverte cette possibilité si les circonstances venaient à évoluer.





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