Un mois après les tensions provoquées par l’absence de Pretoria au sommet du G7 organisé en France, Emmanuel Macron et Cyril Ramaphosa ont choisi de relancer leur partenariat. Au terme d’une visite officielle de trois jours à Paris du numéro 1 sud-africain, les deux dirigeants ont signé un nouvel accord stratégique, renforcé leur coopération économique et affiché une convergence sur les grands dossiers internationaux. Une séquence diplomatique qui marque un net réchauffement entre les deux capitales.
Le timing ne doit rien au hasard. À peine un mois après la polémique née de l’exclusion de l’Afrique du Sud du sommet du G7 organisé en France, Cyril Ramaphosa a effectué, du 10 au 12 juillet, une visite officielle destinée à remettre les relations franco-sud-africaines sur de nouveaux rails.
Reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, le président sud-africain a participé à un entretien de plusieurs heures suivi d’un dîner d’État. Les deux chefs d’État ont conclu cette rencontre par la signature d’un nouveau partenariat stratégique, dont la mesure phare est la création d’une Commission ministérielle mixte chargée de réunir chaque année les ministres des Affaires étrangères des deux pays afin de piloter l’ensemble de la coopération bilatérale.
Ce mécanisme vise à institutionnaliser un dialogue souvent jugé irrégulier et à donner davantage de visibilité à une relation que Paris comme Pretoria souhaitent désormais inscrire dans la durée. Le premier rendez-vous de cette nouvelle instance est attendu en octobre en Afrique du Sud.
Une convergence diplomatique assumée
Au-delà du symbole, la visite a permis aux deux dirigeants d’afficher une proximité croissante sur plusieurs grands dossiers internationaux.
Selon des sources diplomatiques françaises, Emmanuel Macron et Cyril Ramaphosa ont constaté une « grande convergence de vues » sur les crises qui secouent le Golfe et la région des Grands Lacs. Les discussions ont également porté sur Madagascar, la République démocratique du Congo et la lutte contre l’épidémie d’Ebola.
Pretoria a profité de cette séquence pour réaffirmer son attachement au multilatéralisme, que Cyril Ramaphosa considère comme un levier essentiel face à la fragmentation croissante de l’ordre international. Une position qui rapproche aujourd’hui les deux capitales sur plusieurs dossiers globaux, malgré leurs différences d’approche sur certaines questions géopolitiques.
L’économie au cœur du rapprochement
Au-delà de la diplomatie, le déplacement visait surtout à consolider les relations économiques.
Le président sud-africain a annoncé que trente entreprises françaises avaient confirmé cette année des investissements représentant près de 1,11 milliard d’euros dans plusieurs secteurs stratégiques de l’économie sud-africaine. Ces engagements prolongent la dynamique enclenchée lors de la sixième Conférence sud-africaine sur l’investissement organisée en mars à Johannesburg.
Les échanges commerciaux entre les deux pays poursuivent également leur progression. En 2025, ils ont atteint 2,7 milliards de dollars, en hausse de 7,7 %, tandis que les exportations sud-africaines vers la France ont bondi de plus de 42 %.
Depuis 2003, les entreprises françaises auraient investi plus de 7 milliards de dollars en Afrique du Sud, notamment dans les énergies renouvelables, les transports, les services et les technologies numériques, contribuant à la création d’environ 16 000 emplois.
Infrastructures, nucléaire et innovation
La deuxième journée de la visite a été consacrée aux milieux d’affaires. Cyril Ramaphosa a rencontré les dirigeants de plusieurs grands groupes français afin de les convaincre de participer au vaste programme d’infrastructures lancé par Pretoria.
Des discussions sont actuellement en cours dans les domaines des transports, de la mobilité et du nucléaire civil, autant de secteurs dans lesquels la France dispose d’un savoir-faire reconnu.
Le chef de l’État sud-africain a également salué l’adhésion de la France à l’Observatoire du Square Kilometer Array (SKAO), immense projet international de radioastronomie dont une partie des installations est implantée en Afrique du Sud. Un signal supplémentaire de la volonté des deux pays d’étendre leur coopération aux technologies de pointe et à la recherche scientifique.
Une visite hautement symbolique
Le déplacement de Cyril Ramaphosa ne s’est pas limité aux dossiers diplomatiques et économiques. À Paris, il a ouvert sa visite au siège de l’Unesco, où il a coprésidé une réunion consacrée à l’Objectif de développement durable relatif à l’éducation, avant de participer au suivi du Sommet sur la transformation de l’éducation.
Le président sud-africain a enfin achevé son séjour à Longueval, dans la Somme, en prenant part aux commémorations du 110ᵉ anniversaire de la bataille du bois Delville, haut lieu de mémoire pour l’Afrique du Sud. Plus de 3 000 soldats sud-africains y avaient perdu la vie en juillet 1916 lors de l’une des batailles les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale.
Cette étape mémorielle est venue donner une dimension historique à une visite avant tout tournée vers l’avenir. Après les crispations diplomatiques du G7, Paris et Pretoria affichent désormais leur volonté de reconstruire une relation plus structurée, portée autant par les intérêts économiques que par une ambition commune de peser davantage dans les grands équilibres internationaux.





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