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Nigeria, première économie africaine

ngozi okonjo-iweala, ministre des Finances du Nigeria

Ngozi okonjo-iweala, ministre des Finances du Nigeria

  • Avec 510 milliards de dollars US de PIB soit un écart de 95% par rapport à l’ancien PIB, les nouvelles méthodes statistiques positionnent le géant africain en tête du continent
  • Le pays était resté près d’un quart de siècle avant de revoir son mode de détermination du PIB, alors que les Nations Unies recommandent une révision tous les 5 ans
  • Le Pays est positionné à un niveau proche de la Belgique, de l’Autriche ou de la Pologne
  • Cette croissance vient essentiellement des secteurs des services, mais aussi de l’industrie manufacturière et cinématographique
  • Mais, aujourd’hui, il reste au Nigéria de se battre contre ses contradictions en essayant d’endiguer la pauvreté des ménages

Cela semble très étonnant, mais c’est pourtant la principale information économique africaine du mois d’avril 2014. Le Nigeria est bel et bien la première économie du continent devançant de loin l’Afrique du Sud. Les détracteurs, sans doute sous le coup de la surprise, ne peuvent se garder d’édulcorer ce cinglant constat. Ils affirment alors qu’avec ses 170 millions d’habitants, le PIB per capita nigérian est trois fois moins important que celui du géant du sud du continent, l’Afrique du Sud. Soit ! Mais les faits sont têtus.
Car, suite à la révision de ses méthodes de calcul statistique, le PIB nigérian ressort à quelque 510 milliards de dollars US, contre 384 milliards de dollars US en 2012 pour l’Afrique du Sud. Mais pour juger de l’ampleur de cette révision, il faut surtout rappeler que le PIB nigérian avait été estimé à 262 milliards de dollars en 2012. C’est dire que près de la moitié du PIB réel nigérian n’avait pas était pris en compte par l’ancienne méthode qui était en vigueur depuis plus de 25 ans. Parce qu’en réalité, c’est cela le véritable problème des statistiques africaines. Les méthodes évoluent moins vite que le principal instrument de mesures qui est l’outil statistique et de comptabilité nationale. De sorte qu’à chaque fois que l’on met à jour les règles de détermination de la valeur ajoutée nationale, l’écart est surprenant. Cela a par exemple était le cas du Ghana. Puisqu’en 2010, d’après la Banque Africaine de Développements (BAD), “le Service statistique du Ghana (GSS) a annoncé une révision de 60 % de ses estimations du PIB pour 2006 et a publié une série de données révisées pour cinq années (2006 – 2010)”. Evidemment, cela a suscité un véritable tollé à l’échelle internationale, la BAD a dépêché une mission composée d’experts venant de plusieurs pays.
Ainsi, la division du développement des capacités statistiques du département des statistiques de la Banque africaine de développement a chargé trois experts de la comptabilité nationale, respectivement “originaires du Maroc, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, de se rendre au GSS pour une mission d’évaluation par les pairs des comptes nationaux du Ghana. Cette évaluation a eu lieu en mars 2013”. Le rapport des experts explique les raisons de la révision, décrit clairement les nouvelles données qui l’ont rendue possible.

Abuja Central Business District

Abuja Central Business District

Pour revenir au cas du Nigeria, une nouvelle mission de la BAD n’est pas à exclure et on risque bien d’en arriver aux mêmes conclusions. Puisque les experts nigérians ont été les premiers surpris par les écarts constatés et ils ont refait plusieurs fois leurs calculs qui ont abouti à chaque fois aux mêmes résultats. C’est ce qu’a affirmé Yemi Kalele, chef du Bureau national des statistiques. Et cette révision n’a pas été faite pour en arriver à un tel résultat. Puisqu’il faut rappeler que ce sont les experts des Nations Unies qui recommandent eux-mêmes de revoir les méthodes de calcul de leur PIB tous les 5 ans, afin d’intégrer l’évolution de la production et de la consommation. Et en cinq ans, on peut arriver à des variations qui peuvent ne pas être trop perceptible. Mais en un quart de siècle, les écarts sont forcément trop importants au point d’aboutir à pareil constat.
En termes de PIB par habitant, le Nigeria devrait afficher 2688 dollars contre 1555 dollars une année plutôt. Evidemment, c’est près de trois fois moins que les 7508 dollars de PIB par habitants pour les Sud-africains.
Néanmoins, ces nouveaux chiffres positionnent l’économie nigériane à la 26ème place mondiale, c’est-à-dire à un niveau proche de la Pologne, de la Belgique, de l’Argentine ou encore de l’Autriche. Il y a de quoi être surpris, puisque les prévisions les plus optimistes tablaient autour de 400 milliards de dollars US de PIB. Par exemple, Razia Khan, chef économiste Afrique pour la Banque Standard Chartered, dans un message adressé à Jeune Afrique : « nous savons tous que l’économie nigériane a été sensiblement sous-estimée, mais peu de personnes s’attendaient à une révision de cette importance. Il s’agit de 100 milliards de dollars de plus que le consensus ».

Quoi qu’il en soit, l’origine de ces écarts trop importants c’est surtout la part des services, mais également de l’industrie cinématographique. En effet, cette dernière a été multipliée par trois en termes nominaux. Les services qui représentaient 29% dans le PIB, selon l’ancienne méthode, ont bondi pour atteindre 53%. Il faut dire que les services profitent surtout de la révision du poids des télécoms qui est multiplié par 9, passant de 1% à 9%. De même, l’industrie cinématographique qui n’était pas pris en compte représente quelque 1,2% du PIB. La croissance de ce sous secteur a été tellement forte que l’on parle désormais de Nollywood.

Le Nigeria est aussi une puissance industrielle qui s’affirme. En témoigne la nouvelle part de l’industrie manufacturière qui représente 7% contre 2% auparavant. Cette croissance a été tellement forte qu’elle fait reculer le poids du pétrole et le gaz que l’on pensait être l’unique moteur de l’économie nigériane. Ainsi, le secteur des hydrocarbures qui pesait pour 33% dans le PIB ne représente plus que de 14%.

Sur le papier, en tout cas, le Nigeria montre une fois de plus que ce n’est pas le pays qui correspond à l’image que l’on pourrait se faire d’un pays africain. Les prévisions les plus pessimistes prévoient que dans moins de cinquante ans, l’économie nigériane fera partie des dix plus importantes dans le monde.

Evidemment, le pays devra se battre avec ses contradictions, notamment les importantes inégalités qui minent les progrès çà et là. Car, l’homme d’affaires nigérian le plus riche, à savoir Aliko Dangote avec 25 milliards de dollars US, est plus fortuné que le Saoudien le plus riche, le prince Al Walid Ben Tallal, avec 20 milliards de dollars US. Mais, en même temps, le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour est l’un des plus élevés au monde, après la Chine et l’Inde. Il y a donc une importante marge pour améliorer l’indice de développement humain du pays.

Ngozi Okonjo Iweala

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