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AFRIMAG : En 2024, vous avez été co-auteur du rapport d'information « Le français a encore son mot à dire. Propositions pour une francophonie multilatérale et coopérative. » Quelles étaient les principales recommandations et avez-vous eu le sentiment d'avoir été entendu ? Yan Chantrel : Il est important de rappeler que nous avions été missionnés par la Commission de la culture, de l'éducation, de la communication du Sénat et que ce travail a été fait avec l'ensemble des groupes. Il s'agissait de nourrir le Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts sous présidence française. Ce rapport a eu un premier impact aboutissant à de riches échanges avec le Gouvernement de l'époque. Mais nous partons du principe qu'il s'agit d'un travail sur le long terme et qu'un suivi est primordial pour que les recommandations deviennent des réalités.

Yan Chantrel est vice-président de la Commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport au Sénat. Il est également Président du Groupe d'études Francophonie et co-auteur d'un rapport sur la francophonie paru en octobre 2024. Parti travailler en 2011 au Québec, il souligne que cette expérience de vie « l'a ouvert à la diversité de la Francophonie qui est parfois perçue comme un concept abstrait en France.» Face à des menaces de coupes budgétaires affectant le budget de l'Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), il tire la sonnette d'alarme aux côtés de 70 parlementaires de sensibilités différentes.

Aujourd'hui, 1,2 milliard de jeunes de 15 à 24 ans représentent 16 % de la population mondiale. D'ici à 2030, échéance fixée pour la mise en œuvre des 17 Objectifs de développement durable (ODD), le nombre de jeunes devrait augmenter de 7 %, pour atteindre près de 1,3 milliard d’individus. D’après une étude des Nations Unies, 70% des jeunes estiment qu'ils n'ont pas suffisamment d'espace pour s'exprimer dans les débats publics et qu'ils ne peuvent pas faire part de leurs préoccupations et de leurs idées.

Face à l’accumulation des désastres, les élites françaises perdues dans leurs insensées hallucinations euro-atlantiste. Comme le rappelle très brillamment M. Ilyes Zouari, Président du Centre d’étude et de réflexion sur le Monde Francophone (CERMF) dans le magazine Stratégies : «Vaste comme trois fois, l'Union européenne, l’Afrique francophone souffre pourtant d’une marginalisation médiatique (NDA et politique) en France, atteignant des sommets inégalés ailleurs dans le monde francophone ; une aberration, d’autant que cet espace connaît une double émergence, démographique et économique (NDA et culturel), faisant de lui un important relais de la croissance mondiale» 

Pour la première fois en 33 ans, le Sommet international de la Francophonie s’est déroulé en France. À cette occasion, les Chefs d’État et de Gouvernement des pays ayant le français en partage, réunis les 4 et 5 octobre 2024, ont pris des positions fortes qui les engagent les uns et les autres envers l’ensemble de la jeunesse francophone et ce, notamment au travers de la «Déclaration de Villers-Cotterêts.»

Si le Sommet de la Francophonie qui s’est tenu les 4 et 5 octobre dernier à Paris et à Villers-Cotterêts a été marqué par un relatif désintérêt de la population du pays hôte et de ses médias, il aura peut-être été le théâtre d’une avancée révolutionnaire en coulisses. Il s’agit certainement, l’avenir nous le confirmera, d’un tournant dans la vie de la famille francophone. En effet, les chefs d’Etat et de Gouvernement ont clairement affirmé haut et fort que la langue française devait être au service d’un continuum éducation-formation-employabilité et avaliser le démarrage du Programme international Mobilité Employabilité francophone (PIMEF)

À l’initiative de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) et de plusieurs organisations de l’écosystème éducationnel francophone dont l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), le 21 novembre prochain sera célébré la Journée Internationale des Professeurs de Français, cette journée a pour objectif de valoriser le métier d’enseignant du français. D’autre part, la démographie des pays francophones, devrait dépasser les 700 millions d'ici 2050, or, les systèmes éducatifs de plusieurs pays stagnent, ce qui pourrait modifier les projections à long terme. "Ce sera le plus gros enjeu par rapport aux perspectives du français dans les décennies à venir." précise Richard Marcoux, Directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone au Québec.

L’observatoire démographique et statistique de l’espace francophone de Laval au Québec expose que la francophonie : c’est la cinquième langue la plus parlée au monde ; c’est 900 000 professeurs de français dans le monde et 50 à 96 % des personnes interrogées qui considèrent que la langue française est utile pour faire des études, trouver un emploi, effectuer des recherches sur Internet, découvrir d’autres cultures...