Si le Sommet de la Francophonie qui s’est tenu les 4 et 5 octobre dernier à Paris et à Villers-Cotterêts a été marqué par un relatif désintérêt de la population du pays hôte et de ses médias, il aura peut-être été le théâtre d’une avancée révolutionnaire en coulisses. Il s’agit certainement, l’avenir nous le confirmera, d’un tournant

dans la vie de la famille francophone. En effet, les chefs d’Etat et de Gouvernement ont clairement affirmé haut et fort que la langue française devait être au service d’un continuum éducation-formation-employabilité et avaliser le démarrage du Programme international Mobilité Employabilité francophone (PIMEF)
Placé sous la thématique «Créer, innover et entreprendre en français», le dernier Sommet de la Francophonie a débouché sur trois mesures concernant la mobilité et l’emploi des jeunes : l’élaboration d’un «programme international dédié à la mobilité et à l’employabilité», le «PIMEF», la volonté de faciliter l’octroi de visas pour certains profils universitaires, la création du programme «Volontaires Unis pour la Francophonie» permettant à des jeunes de participer à des missions internationales de plusieurs mois.
La jeunesse francophone placée au Sommet
Pour la première fois en 33 ans, le Sommet international de la Francophonie s’est déroulé en France. À cette occasion, les Chefs d’État et de Gouvernement des pays ayant le français en partage, réunis les 4 et 5 octobre 2024, ont pris des positions fortes qui les engagent les uns et les autres envers l’ensemble de la jeunesse francophone et ce, notamment au travers de la «Déclaration de Villers-Cotterêts.»
Ils réaffirment «leur attachement à l’enseignement du et en français et saluent le rôle déterminant des enseignants et des communautés scolaires.» Ils assurent «de leur engagement à développer les actions de formation afin d’augmenter significativement le nombre d’enseignants formés pour une éducation de qualité.» Ils souhaitent «encourager les échanges d’expertise et de bonnes pratiques entre les réseaux d’institutions de formation, le déploiement de programmes et dispositifs communs, y compris l’enrichissement de ressources en ligne, au service des enseignants et des cadres éducatifs au sein de l’espace francophone.»
Ils soulignent avec insistance l’importance de «faciliter les échanges entre les jeunes francophones en formation, volontaires, universitaires, chercheurs et entrepreneurs, en particulier dans le cadre de projets de mobilités croisées au sein de l’espace francophone.» Enfin, ils aspirent à encourager «les coopérations pluri-acteurs associant les États et Gouvernements membres, les institutions et opérateurs de la Charte de la Francophonie, avec les acteurs économiques et la société civile.»
La «Déclaration de Villers-Cotterêts du 7 octobre 2024» s’inscrit ainsi dans la logique de l’Avis de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) qui recommande «la mise en œuvre de mesures visant à consolider la Francophonie comme un espace de mobilité plus intégré et à mieux en exploiter les potentialités socio-économiques.»
Les échanges Nord-Sud, creuset de la Fraternité
Il convient de s’attarder sur le «PIMEF» destiné à la jeunesse francophone tant il semble ambitieux et porteur d’espoir. Le programme «PIMEF» mettra en réseau 1 100 universités et centres de recherche membres de l’AUF (Agence universitaire de la Francophonie) issus de 120 pays. Il offrira aux étudiants des opportunités de mobilité croisées axées basées sur la professionnalisation et l’employabilité.
Ce programme fonctionnera selon un principe de réciprocité : chaque établissement qui enverra des étudiants dans les structures partenaires devrait, en retour, recevoir un nombre équivalent d’étudiants. Les promoteurs parlent «d’échanges de bourses.» L’AUF travaille à une mise en place progressive du dispositif dès la rentrée 2025-2026. Une réunion de haut niveau s’est d’ores et déjà tenue à Toulouse dernièrement.
Il s’agit en fait de «développer les échanges entre étudiants de pays du Nord et du Sud et ce dans les deux sens» d’une part et d’offrir une alternative aux échanges exclusifs entre pays du Nord à l’instar du programme «Erasmus» d’autre part. Une dynamique dont les responsables politiques des pays du Nord, parfois déboussolés face à un contexte mondial compliqué n’appréhendent pas toujours les bénéfices à exploiter. Ils devraient s’intéresser à l’un des derniers ouvrages d’Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie française et chantre de la Francophonie, «Le labyrinthe des égarés.» L’académicien y décrit magistralement comment de grandes nations se sont fermées au monde extérieur en s’imaginant autosuffisantes matériellement et intellectuellement. Elles ont couru à leur perte en s’isolant. Il est primordial que les jeunes du Nord puissent bénéficier d’une expérience au sein du Sud global ; une ouverture sur le monde, potentiel antidote à une forme de sclérose de leur environnement sociétal.
Slim Khalbous, le chef d’orchestre du PIMEF
Recteur de l’Association Universitaire Francophone depuis décembre 2019, Slim Khalbous, Professeur des universités en sciences de gestion apparaît indéniablement avec son équipe comme le chef d’orchestre itinérant de ce formidable projet. Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique en Tunisie entre 2016 et 2019 et en parallèle Ministre de l’Éducation par intérim, il maîtrise l’univers de la Francophonie universitaire, politique et institutionnelle. Fin diplomate, il emporte l’adhésion de tous par son discours chaleureux, fraternel et militant, parfois face à des publics réservés.
«Initiateur de projets dans la société civile et le monde associatif», c’est un véritable ambassadeur de l’idéal francophone. Fervent défenseur de pluralisme des modes de pensées, il est convaincu que le multilinguisme est source d’excellence et de créativité. À une époque où les protectionnismes et les formes de repli sur soi rassurent certains face aux défis migratoires et sécuritaires, il lui faudra le soutien de l’ensemble de la société civile francophone mondiale pour mener à bien sa mission.




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