On se pose de plus en plus des questions dans le monde de la recherche sur la place de la francophonie dans la data et l’intelligence artificielle.
Le 10 octobre 2018, en marge du 17e Sommet de la Francophonie à Erevan en Arménie, le réseau francophone des ministres en charge de l’Économie numérique a été créé et lancé
Benoist Mallet Di Bento
Consultant IC- Intelligence Culturelle
Les concertations avec les représentants des gouvernements, du secteur privé, de la Société civile, des organisations internationales, des milieux techniques et universitaires, et des autres secteurs concernés se succédèrent…
Or depuis la pandémie plus aucun signal ! Faut-il en conclure une nouvelle abdication, une nouvelle trahison des élites françaises ?
Sommes-nous sur les traces du «Dernier homme» dont parlait le philosophe allemand Friedrich Nietzsche dans «Ainsi parlait Zarathoustra » ? Ce «Dernier homme» désigne très bien l’extinction de l’homo occidentalis à venir et du dépassement de soi. Il représente l’état passif du nihilisme, dans lequel l’homme ne désirera plus rien que le bien-être et la sécurité, et se réjouira de son absence d’ambition.
DataFranca, la nouvelle Académie française du savoir et de l’innovation
Cependant, un petit regard en arrière. De 1751 à 1772, fut édité sous la direction de Denis Diderot, l’ouvrage monumental de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Lui-même s’en remet à la postérité pour juger de son œuvre : «Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques et les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité.»
Après l’attitude rogue des lieux de pouvoir de la République française, la francophonie, pas à pas, s’éloigne de son berceau d’origine pour éclore, à nouveau, libre et fraternel allant de Vanuatu en Andorre, du Burundi en Haïti, du Maroc au Laos, du Canada à l’Estonie, de la Grèce à l’Argentine…
Le Québec, patrie innovante de la francophonie
Les Québécois comme tous les francophones peuvent s’enorgueillir de l’épanouissement d’une nouvelle Académie de la langue française du savoir et de l’innovation dénommée DataFranca.
Elle est le fruit de collaboration entre des partenaires du milieu professionnel, universitaire et gouvernementaux du Québec.
Appelé sous la monarchie française «Nouvelle-France», en l’occurrence le Canada d’aujourd’hui ; DataFranca est basée à Montréal, un des grands centres mondiaux de l’IA et sciences des données. DataFranca propose le premier et le plus grand Lexique de près de 5 000 termes Français et Anglais de l’intelligence artificielle. Ce lexique se veut un outil exhaustif de référence mondiale de langue française en science des données et en intelligence artificielle pour la fonction publique, les entreprises, la recherche et l’enseignement.
Le Lexique répond ainsi à un besoin primordial : posséder un vocabulaire commun pour communiquer en langue française les termes et les concepts de l’intelligence artificielle.
Cet ouvrage de référence est indispensable pour vivre la science en langue française dans tous les secteurs porteurs d’aujourd’hui et de demain.
45 % des visiteurs de DataFranca son originaire du continent africain dont plus de 21 000 internautes proviennent du Royaume du Maroc.
Entretien | Gérard Pelletier, Directeur général de DataFranca
«La mission de DataFranca.org vise à contrer l’anglicisation de notre main-d’œuvre dans la data et l’IA»
Pour saisir l’importance géostratégique de cette entreprise, ô combien fondamentale, AFRIMAG est allé à la rencontre de M. Gérard Pelletier, Directeur général de DataFranca
AFRIMAG : Pouvez-vous résumer la situation de la langue française dans le domaine des TI au Québec ?
Gérard Pelletier
Gérard Pelletier : Déjà bien implanté dans l’espace anglophone mondial, le corpus de l’intelligence artificielle, des sciences des données et de l’apprentissage profond, avec son vocabulaire et sa syntaxe, n’a pas encore d’équivalent français en usage.
Montréal International estime qu’au Québec, plus de 70 000 personnes œuvrent ou gravitent dans le domaine des TI et la majorité de ces entreprises comptent moins de 50 employés.
La main-d’œuvre québécoise comme celle de la francophonie, tout comme les cadres des entreprises actives dans ces secteurs de «haute rémunération» travaillent quasi exclusivement en anglais faute d’une terminologie normalisée en français.
Les réunions professionnelles se nomment «Meet Up» et la langue anglaise y domine les discussions de façon systématique. Il est impérieux que des actions structurantes avec des associations reconnues dans leur domaine soient engagées, à court terme, pour promouvoir l’usage du français en entreprise et contrer cette tendance lourde.
AFRIMAG : Alors qu’en 2018, l’IA n’était ni médiatisée ni connue de l’ensemble des acteurs économiques, vous avez mis en place avec des soutiens gouvernementaux et universitaires du Québec une équipe pluridisciplinaire, concrètement qu’avez-vous réalisé depuis ?
Gérard Pelletier : La mission de DataFranca.org, «L’intelligence artificielle parle français en entreprise», vise à contrer l’anglicisation de notre main-d’œuvre dans les domaines de la science des données et de l’intelligence artificielle. Il a pour ambition de susciter l’adhésion, de la part des clientèles visées, à l’importance de travailler en français, notamment par l’utilisation du grand Lexique français de l’IA maintenant disponible (DataFranca)
Ce lexique, qui compte près de 5000 termes, ainsi qu’une application gratuitehttps://play.google.com/store/apps/details?id=ca.mandjee.datafranca&pli=1 fut réalisée grâce au financement du Fonds de recherche du Québec et avec la collaboration d’experts ainsi que d’entreprises telles Google Brain, IBM Canada et d’organisations comme l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal (MILA), le Centre de recherches en données massives de l’Université Laval, la TÉLUQ.
Ce portail lexical fait appel aux professionnels de l’industrie et aux chercheurs pour enrichir sa plateforme collaborative en ligne destinée à documenter, normaliser et diffuser en français les termes et concepts. Nous atteindrons nos objectifs par des actions de communication et de promotion en partenariat avec des associations professionnelles reconnues dans leur domaine, nationales et internationales,notamment notre convention avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).
Ces associations constituent des vecteurs de changement déterminants pour inciter leurs membres, nos clientèles cibles, à utiliser le français au travail et dans l’enseignement.
Très récemment, DataFranca s’enrichit de nouveaux grands lexiques à savoir : le lexique de la photonique, le lexique du quantique, le lexique de la statistique, le lexique de la cybersécurité.
AFRIMAG : Pouvez-vous rappeler vos différentes interventions sur le continent africain ? Et quelle est la prochaine manifestation prévue ?
Gérard Pelletier : La première intervention de DataFranca.org en Afrique répondait à une invitation de Son Excellence Madame Aurélie Adam Soule Zoumarou, ministre de l’économie numérique et de la Communication de la République du Bénin, élue Présidente du Réseau francophone des ministres chargés du numérique constitué lors du Sommet de la Francophonie tenu à Erevan, en 2018.
La première rencontre du Réseau eut lieu à Cotonou, le 31 mai 2019. En plus de présenter un dossier sur l’intelligence artificielle aux différents ministres présents, j’ai proposé des sessions de littératie numérique en IA à plusieurs dizaines de hauts fonctionnaires du Bénin.
La seconde présence eut lieu en février 2024 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et donnait suite aux invitations d’enseignants-chercheurs de l’université Félix Houphouët-Boigny.
La troisième série de sessions de formation se tenait à l’Université d’Oran, en Algérie, en mai dernier lors d’un colloque international qui portait sur la terminologie de l’intelligence artificielle.
Ces diverses sessions de formation s’inscrivent dans la mission de l’ONG DataFranca.org de diffuser la connaissance en intelligence artificielle afin de faciliter la souveraineté numérique du pays francophones du continent africain.
Le partenariat stratégique développé avec l’Agence universitaire de la Francophonie assure donc à toutes les universités membres un accès gratuit au grand lexique en IA qui compte près de 5 000 entrées, à la version PDF du livre «Les 101 mots de l’intelligence artificielle.»
Nous organisons des sessions de formation, en présence ou à distance, afin de bien comprendre les concepts complexes de l’intelligence artificielle et d’identifier les applications utiles dans les pays respectifs.
En association avec Partenariat EurAfricain, dirigé par M. Joël Broquet, je donnerai, le 15 octobre prochain à Paris, une conférence sur les dernières avancées de l’intelligence artificielle et sur les enjeux éthiques fondamentaux qui se déroulera à la Délégation générale du Québec à Paris, nous attendons de nombreuses personnalités francophones et francophiles.