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Une zone franche de Nouadhibou : Echec prévisible pour présomption de capacités

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Lancement de la zone franche Nouadhibou

Lancement de la zone franche Nouadhibou

Entre l’installation de la ZFN et la durée (5ans) que le gouvernement s’est donnée pour voir l’afflux massif d’investissements attendus, il ne s’est passé que 12 mois, mais les débuts sont suffisamment lents pour amener certains à douter de la capacité de l’Autorité de la zone franche à réaliser la première partie de son Plan pluriannuel d’un coût global de 4000 milliards d’ouguiyas, soit 10 milliards d’euros ! C’est d’autant plus inquiétant que celui par qui – et pour qui la ZFN – est arrivée, Ismaël Ould Bodde Ould Cheikh Sidiya, vient de quitter sa présidence pour rejoindre, à nouveau, un gouvernement dont la  durée de vie ne devrait pas être longue (les trois mois qui séparent de la présidentielle), ce qui fait dire à certains qu’il s’agit d’un désaveu.

C’est en effet l’ancien ministre de l’Habitat, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, à l’origine de la grande restructuration de la capitale Nouakchott, entre 2009 et 2012, avec le « déplacement» (l’Etat parle de relogement) de plus de 100000 familles, qui aurait suggéré au président Mohamed Ould Abdel Aziz de dépoussiérer le fameux projet de Zone franche de Nouadhibou. Une zone franche envisagée d’abord juste après l’indépendance de la Mauritanie, puis par les présidents Taya (1984-2005) et Sidi (2007-2008) mais qui n’a jamais acquis, véritablement, l’assentiment des populations autochtones à cause des nombreux aspects non élucidés qui l’entourent. Comme d’abord la question de la propriété foncière qui fait déjà polémique. Comment, en effet, fera l’Autorité de la zone franche, qui compte sur la vente de terrains pour récolter quelque  463,198 milliards d’ouguiyas, soit 1,16 milliard d’euros alors que tout le monde sait que l’espace vital de Nouadhibou appartient déjà  à des particuliers ? L’option de rachat des terres est déjà compliquée par la hausse vertigineuse des terrains à la faveur de l’annonce des grands investissements qui seront faits dans les cinq prochaines années. Un propriétaire note qu’une maison, proposée il y a un an à 20 millions d’ouguiyas (50.000 euros environ), n’est pas cédée aujourd’hui à moins de 50 millions (125000 euros) ! L’autre choix qui s’offre à l’Etat est évidemment l’expropriation, pour cause d’utilité publique, mais uniquement dans le parcours entre la ville, Cansado et la zone des cabanons. S’il opte pour cette dernière solution, le gouvernement doit d’abord calculer les risques d’explosion sociale qu’une telle expropriation peut provoquer dans une ville dont les habitants se plaignent de plus en plus de «l’envahissement » de populations venant des autres régions du pays.

carte zone franche nouadhibouRisque d’échec pour présomption de capacités

C’est donc réellement par présomption de capacités que le gouvernement mauritanien a péché en se lançant dans cette « aventure » de zone franche à Nouadhibou. Certaines mauvaises langues raillent le président Mohamed Ould Abdel Aziz, en plaçant la zone franche dans le panier des projets qui flanchent : nouvel aéroport international de Nouakchott, ville «déserte» de Chami, entre la capitale et Nouadhibou, la Grande mosquée de Nouakchott qu’on attend depuis 2009, la ville touristique de « Ribat el Bahr » et tant d’autres projets restés à l’état de projet. Certes, il faut avoir des ambitions pour son pays mais à la mesure de ce qui existe comme capacités réelles ou réalisables. Ould Bakar, journaliste et farouche opposant au pouvoir actuel, trouve le mot juste pour qualifier cette situation paradoxale : « absence totale de planification, de programmation et de conception. Une zone franche en l’air, sans hôtels, sans sécurité, sans aéroport, sans structure sanitaire».

tinmar 970

On est tenté de penser, à ce sujet, que le gigantisme de la zone franche de Nouadhibou (du moins sur le papier) est plus lié à des gains politiques espérés, entre la fin et le début d’un mandat, qu’à une étude de faisabilité sérieuse. Même s’il s’agit d’un bureau d’études d’une aussi bonne renommée que le Français Egis.

En évoquant les 3 principaux atouts économiques (pêche, activités portuaires, activités minières) sur lesquels s’appuie le projet de zone franche, le bureau d’étude français oublie, volontairement ou non, de souligner que leur mise à niveau n’est pas seulement une question de financements. Le changement de mentalités, la présence de nouveaux intervenants et le nouveau statut de la ville compliquent la donne. L’objectif aurait dû être, avec la création de la zone franche, de ramener à Nouadhibou son rayonnement international d’antan (début des années 80) avant de songer à en faire une ville comme Casablanca, Dakar ou Abidjan! Ce que beaucoup de tentatives (Politique de pêches de 1960 à 1978, Nouvelle politique des pêches de 1979-1987, Déclaration de politique du secteur des pêches 1987-1994, Lettre de politique sectorielle de 1995-1998, Stratégie d’aménagement et de développement du secteur des pêches 1998-2006, Stratégie de développement durable du secteur des pêches et de l’économie maritime 2006 -2008, Stratégie de gestion durable du secteur des pêches et de l’aquaculture 2008-2012) n’ont pas réussi dans le passé.

Avec la Zone franche, le retour sur investissements attendu par l’Etat, qui prévoit des dotations estimées à 477 307 millions d’ouguiyas, soit1,2 million d’euros pour le financement d’équipements relevant de ses compétences (éducation, sécurité, etc)  n’est pas pour demain. Ce sera un manque à gagner énorme quand on sait que les recettes financières drainées par la capitale économique représentaient, pour le seul secteur de la pêche, 20% du budget de l’Etat. Le pari de l’Autorité de la zone franche – et du gouvernement – sera donc de savoir attendre la maturité d’un projet, prévue en 2019, mais surtout d’assurer les moyens de survie d’une économie qui dépend assez largement de l’aide étrangère.

La solution sera, à n’en pas douter, d’arriver à convaincre les investisseurs du Golfe, les Saoudiens en tête, que le placement de leur argent dans des projets de pêche, comme ils envisagent de le faire dans le secteur de l’agriculture, est un bon risque. Collaborant déjà avec la SNIM (Société nationale industrielle et minière) à travers la SABIC, les Saoudiens viendront alors bousculer les Chinois et les Européens qui ont toujours fait de la pêche dans les eaux territoriales mauritaniennes leur chasse gardée.

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