Monaco - APG World Connect 2026
Avec 36,3 millions de passagers en 2025 et une croissance qui se poursuit en 2026, le marché aérien marocain attire de plus en plus de compagnies. À quelques semaines de l’APG World Connect à Monaco (4-6 novembre), Abdou Jaïdi, Président d’APG Maroc, partage sa lecture des opportunités, mais aussi des défis, d’un marché en pleine transformation.
«Le Maroc a une vraie carte à jouer, à condition de grandir durablement»
AFRIMAG : Le Groupe APG est présent dans 170 pays et représente plus de 200 compagnies aériennes. Quelle est la place d’APG Maroc dans ce réseau ?
Abdou Jaïdi : Le réseau, est notre force, mais il ne suffit pas. Une compagnie ne choisit pas APG pour une carte du monde. Elle nous choisit parce qu’il faut, dans chaque pays, des gens qui connaissent le marché et qui vont booster ses ventes.
Au Maroc, nous faisons ce travail depuis 2010. Nous sommes aujourd’hui 35 personnes à Casablanca et nous représentons 24 compagnies aériennes. Côté passagers, Aegean Airlines, Air Europa, Air Transat, Kuwait Airways, TAP Air Portugal , TUI …, et côté cargo United Airlines. Nous commercialisons également les principales compagnies ferroviaires européennes, avec des billets vendables en dirhams.
Le marché marocain a ses particularités : ses agences, ses entreprises, sa façon d’acheter un billet. Une compagnie qui arrive peut mettre des années à les comprendre. Notre rôle est de lui faire gagner ce temps.
Concrètement, nous intervenons sur le passager, le cargo et la distribution. Nous gérons aussi l’interligne et le NDC, la nouvelle norme qui donne aux agences de voyages un accès direct aux offres et aux tarifs des compagnies. Nous assurons la réservation et l’émission avec un helpdesk et un bureau ouvert au public. Au bout du compte, c’est de porter le développement commercial de nos compagnies.
AFRIMAG : Le marché marocain du transport aérien connaît une forte croissance. Quelles sont, selon vous, les principales opportunités pour les compagnies aériennes au Maroc ?
Abdou Jaïdi : Les chiffres sont là. Les aéroports marocains ont accueilli 36,3 millions de passagers en 2025, 11 % de plus qu’en 2024. On a beaucoup dit que la CAN y était pour quelque chose, et c’est vrai en partie. Mais à fin juillet 2026, le trafic progresse encore de près de 9 %, alors que le contexte international est loin d’être facile pour le secteur. L’Afrique reste pour moi la première opportunité, parce que les besoins de connectivité y sont considérables. Il y a aussi l’Amérique du Nord, l’Asie et bien sûr la diaspora, qui est un marché très fidèle. Je le dis souvent à nos partenaires: ne regardez pas seulement Casablanca. Marrakech, Agadir, Tanger, Rabat, Fès ou Nador ont chacune leur clientèle, et selon son modèle, une compagnie peut y trouver des opportunités très différentes. Le cargo a encore beaucoup de marge. Le fret aérien a atteint environ 100 000 tonnes en 2025 et progresse de près de 13 % depuis janvier. C’est peu, quand on voit le poids de l’automobile, de l’aéronautique, du textile ou de l’agroalimentaire dans l’économie marocaine. Il y a enfin le train, et c’est un sujet qui me tient à cœur. Fin 2029, la grande vitesse mettra Tanger à 2h40 de Marrakech et Rabat à 35 minutes de l’aéroport MohammedV. Depuis la gare de l’aéroport, il faudra environ 30 minutes pour rejoindre le centre de Marrakech. La LGV Marrakech-Agadir est annoncée, et l’ONCF prévoit de relier tous les aéroports entre Tanger et Agadir.
Le Maroc exploite déjà le premier TGV d’Afrique, en service depuis 2018, avec une qualité aux meilleurs standards mondiaux, et la nouvelle ligne recevra des rames de dernière génération. Pour une compagnie aérienne, c’est rassurant : le passager qui descend de l’avion, trouvera un train à la hauteur de son voyage.
Cela veut dire qu’un aéroport ne servira plus seulement sa ville, mais toute une région. Nous vendons déjà le rail européen au Maroc, donc nous voyons bien comment le train et l’avion se complètent.
AFRIMAG : Dans un secteur en pleine mutation, quels sont les principaux défis auxquels les compagnies aériennes opérant au Maroc doivent se préparer ?
Abdou Jaïdi : Le piège, ce serait de croire que la croissance règle tout. Cette année l’a bien montré. Avec la flambée du kérosène liée aux tensions au Moyen-Orient, plusieurs transporteurs ont dû suspendre des lignes, y compris vers l’Afrique. Une demande forte ne garantit pas une ligne rentable. Ouvrir une route, cela prend quelques années. La remplir douze mois sur douze, c’est un métier. Il faut aussi compter avec la concurrence. Les low-cost ont pris une place importante entre l’Europe et le Maroc, ce qui pèse sur les prix, et la saisonnalité reste très forte. Sur ce marché, on ne peut pas improviser. La distribution, elle, est en train de changer en profondeur, avec le NDC, la vente directe, les nouvelles plateformes et le rôle des GDS (systèmes de distributions des agences) qui évolue. Je ne crois pas pour autant, que la technologie va supprimer le besoin de proximité ; bien au contraire. Au Maroc, les agences de voyages restent des acteurs essentiels, et il faut les accompagner dans cette transition. On ne vend pas une compagnie à Casablanca comme on la vend à Paris ou à Dakar. Enfin, l’écosystème doit suivre, qu’il s’agisse des aéroports, des services au sol, des ressources humaines ou de la qualité du parcours passager, y compris pendant les travaux, qui vont parfois compliquer l’accès aux aéroports. Au fond, le défi est simple à formuler : grandir vite, mais grandir de façon rentable et durable.
AFRIMAG : À l’occasion de l’APG World Connect 2026, quels messages souhaitez-vous porter sur le potentiel du Maroc et sa place dans l’évolution du transport aérien en Afrique ?
Abdou Jaïdi : Le premier message, c’est qu’il faut regarder le Maroc au-delà de 2030. La Coupe du Monde est un accélérateur, évidemment, mais les investissements en cours vont bien plus loin. La capacité des aéroports doit passer à 80 millions de passagers, avec 38 milliards de dirhams d’investissements. La Royal Air Maroc exploite aujourd’hui un peu plus de 70 avions et en vise 200 en 2037. Et la LGV va relier les grands pôles du pays à leurs aéroports. Quand on met tout cela de bout en bout, on voit se dessiner un véritable système d’intermodalité. Le thème du World Connect cette année, Navigating Change, Unlocking Growth, correspond assez bien à ce que vit le Maroc : un marché qui traverse les turbulences du secteur et qui continue malgré tout de préparer sa croissance.
La géographie aide aussi. Nous sommes à quelques heures de l’Europe, ouverts sur l’Atlantique et les Amériques, et surtout en Afrique, où il est encore souvent compliqué et coûteux de voyager entre deux villes proches. Le Maroc n’est pas le seul à vouloir jouer ce rôle, mais sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, il est l’un des rares à en avoir réuni toutes les conditions, et les chantiers engagés en sont la preuve.
Ce que j’aimerais souligner, c’est que cette dynamique ne profite pas seulement au Pavillon National. Comme dans tous les grands hubs, les compagnies étrangères s’appuient sur la Compagnie Nationale, en interligne ou en partage de codes, c’est à dire qu’une compagnie européenne, américaine, asiatique ou du Golfe peut proposer des dizaines de destinations du réseau RAM sans les opérer elles-mêmes. Concrètement, elle vend sur ses propres billets, des vols opérés par Royal Air Maroc. Et cela marche dans les deux sens : pour les compagnies africaines, Casablanca est un accès naturel vers l’Europe, les Amériques et le reste du monde.
Notre rôle chez APG Maroc, c’est d’aider ces compagnies à trouver leur place : comprendre le marché, s’y installer, nouer les bons accords et durer.
Le Maroc ne prépare pas seulement 2030. Il construit la connectivité dont il aura besoin pour les décennies suivantes.





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