Monaco - APG World Connect 2026
Directrice générale de Sky Mali, Aïcha Doucouré Haidara participe à l’APG World Connect 2026 à Monaco. Elle y défend la cause des compagnies africaines de taille intermédiaire et détaille sa stratégie : consolider les lignes régionales, renforcer la flotte et faire baisser les coûts structurels qui freinent le développement du secteur.
«Tant que l’avion sera fiscalisé comme un luxe, le billet restera inaccessible»
AFRIMAG : Vous participez à l’APG World Connect 2026, placé sous le thème « Navigating change, unlocking growth ». Qu’attendez-vous de ce rendez-vous international ?

Aïcha Doucouré Haidara : Ce thème reflète fidèlement la réalité d’une compagnie comme Sky Mali : s’adapter en permanence, sans jamais renoncer à se développer. J’ai rejoint Sky Mali à ses débuts, et la compagnie vient de célébrer ses six ans. Depuis 2024, notre trafic passagers a progressé de 87 % et notre chiffre d’affaires de 39 %, dans un environnement pourtant exigeant et complexe. J’aborde ce rendez-vous avec trois attentes. D’abord, échanger avec des dirigeants confrontés aux mêmes mutations que nous, car c’est souvent dans le partage d’expérience que naissent les meilleures solutions. Ensuite, identifier des réponses concrètes en matière de distribution et de flotte. Enfin, faire entendre la voix des compagnies africaines de taille intermédiaire. Elles sont encore peu présentes dans les grands débats du secteur, alors qu’elles assurent sur de nombreuses routes une connectivité qu’aucun autre acteur ne propose.
AFRIMAG : Sky Mali joue un rôle important dans la connectivité intérieure et régionale. Quelles sont vos priorités pour accompagner la croissance du transport aérien au Mali ?
Aïcha Doucouré Haidara : Ma première priorité demeure notre raison d’être : le désenclavement du Mali. Sur un territoire aussi vaste, relier Bamako à Kayes, Mopti, Tombouctou ou Gao répond à un besoin essentiel. Pour les populations, les acteurs économiques et les services publics, l’avion constitue souvent le moyen de déplacement le plus sûr et le plus rapide. Cette mission donne tout son sens à notre action.
La deuxième priorité consiste à consolider notre présence régionale. Notre ligne Bamako-Abidjan vient de franchir le cap d’un an d’exploitation, une première pour une ligne régionale de Sky Mali. Cette étape constitue une référence pour notre développement futur. De nouvelles ouvertures sont prévues cette fin d’année et courant 2027. La troisième priorité porte sur nos fondamentaux : le renforcement de la flotte, avec un financement obtenu pour l’acquisition d’un nouvel appareil ; la sécurité, avec notre démarche de certification IOSA ; et la rentabilité. Une compagnie ne peut servir durablement ses passagers que si elle repose sur des bases financières solides.
AFRIMAG : Le transport aérien africain reste confronté à des coûts élevés et à des contraintes opérationnelles. Quelles sont, selon vous, les principales conditions pour permettre aux compagnies africaines de se développer durablement ?
Aïcha Doucouré Haidara : La première condition tient aux coûts. Le carburant, les taxes et les redevances pèsent nettement plus lourd en Afrique qu’ailleurs, comme l’a rappelé la récente volatilité du prix du kérosène. Tant que le transport aérien sera fiscalisé comme un produit de luxe plutôt que considéré comme une infrastructure de développement, le billet d’avion restera inaccessible pour une grande partie de la population.
La deuxième condition concerne l’accès au financement. À risque opérationnel égal, l’acquisition ou la location d’un appareil reste plus coûteuse pour une compagnie africaine. Cet écart freine directement notre capacité d’investissement. La troisième condition est la coopération. Nos marchés sont trop étroits pour que chaque compagnie avance seule. Les partenariats commerciaux, la mutualisation de la maintenance et de la formation, ainsi qu’une libéralisation effective du ciel africain sont aujourd’hui indispensables. Enfin, aucun développement durable n’est possible sans une exigence constante en matière de sécurité et de gouvernance. C’est sur elle que repose la confiance des passagers, des partenaires et des bailleurs de fonds.
AFRIMAG : Les échanges à Monaco réuniront des dirigeants du monde entier. Quels partenariats ou opportunités souhaitez-vous particulièrement explorer pour Sky Mali à l’occasion de cette édition ?
Aïcha Doucouré Haidara : Je me rends à Monaco avec des objectifs clairement définis. Le premier concerne les accords commerciaux, interline et partages de codes, afin d’offrir à nos passagers des correspondances fluides au-delà de notre réseau. Notre partenariat avec Corsair s’inscrit dans cette logique, et je souhaite l’étendre à d’autres transporteurs. Le deuxième point porte sur la distribution. Renforcer la visibilité de Sky Mali sur les marchés internationaux, en particulier auprès de la diaspora malienne, représente un levier de croissance immédiat. Le troisième concerne la flotte et la maintenance, avec des échanges prévus avec des loueurs, des financeurs et des prestataires techniques. Plus largement, je souhaite démontrer que le Mali dispose d’une compagnie privée structurée, rentable et fiable, avec laquelle il est possible de construire des partenariats durables.





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