Monaco - APG World Connect 2026
Président du World Connect, Jean-Louis Baroux évoque les mutations profondes du transport aérien : intelligence artificielle, géopolitique, homogénéisation du produit et contraintes environnementales. Face à une croissance exponentielle du trafic, il prône une régulation par les tarifs et annonce un événement monégasque où les décideurs pourront échanger sur ces défis majeurs. Entretien.
«Comment va-t-on passer de 5 milliards à 10 milliards de passagers en une décennie ?»
AFRIMAG : Le transport aérien connaît aujourd’hui des mutations profondes : nouvelles attentes des voyageurs, transformation de la distribution, pression environnementale, innovations technologiques, tensions géopolitiques… Pourquoi avoir choisi «Navigating change, unlocking growth» comme thème central de cette 17ème édition de l’APG World Connect ? Quelles sont, selon vous, les transformations qui vont le plus durablement remodeler le secteur ?

Jean-Louis Baroux : Plusieurs facteurs vont impacter le transport aérien futur. D’abord l’arrivée en force de l’intelligence artificielle va modifier les méthodes de management et d’exécution du transport aérien. La géopolitique s’invite dans tous les scénarios de développement. Le produit est en train de s’homogénéiser entre les «low costs» et les transporteurs traditionnels. Voilà des nouveautés peu examinées par le passé, sans compter les contraintes traditionnelles : coût du carburant et écologie. Voilà quelques sujets intéressants à aborder.
AFRIMAG : Plus de 400 décideurs, dont une centaine de dirigeants de compagnies aériennes, sont attendus à Monaco. Qu’attendez-vous concrètement de cette nouvelle édition du World Connect? Au-delà des conférences et des échanges, quels sont les grands sujets sur lesquels vous espérez faire émerger un consensus ou, au contraire, provoquer le débat ?
Jean-Louis Baroux : Le World Connect est devenu un moment de rencontre mondial entre non seulement les responsables de compagnies mais également les fournisseurs de services. C’est à la fois un moment où les décideurs du transport aérien peuvent échanger leurs idées mais c’est aussi un grand moment de détente apprécié, je crois, par tous les participants.
AFRIMAG : La croissance durable est devenue un impératif pour l’industrie aérienne. Mais entre la hausse de la demande mondiale, les contraintes environnementales, le coût des nouvelles technologies et la nécessité de rester compétitif, l’équation paraît particulièrement complexe. Comment concilier, selon vous, croissance du transport aérien et véritable transition durable ?
Jean-Louis Baroux : La régulation de tous ces facteurs se fera à partir d’une augmentation certaine des tarifs. Il sera indispensable de dégager des marges d’exploitation suffisantes pour investir dans les nouvelles technologies. Ceux qui ne le feront pas disparaîtront tout simplement. Je note que les clients semblent bien conscients de cette situation et on entend de moins en moins parler de tarifs et plus de la qualité du produit. Voilà qui est encourageant.
AFRIMAG : La distribution, les opérations aériennes du futur, l’innovation et les nouvelles technologies seront au cœur des débats. Parmi ces différentes mutations, laquelle constitue aujourd’hui, selon vous, le principal levier de croissance pour les compagnies aériennes et laquelle représente leur plus grand risque ?
Jean-Louis Baroux : Il paraît clair que l’évolution se dirige vers l’amélioration du produit. La course aux tarifs les plus bas est pour le moment terminée. La prise de conscience de la complexité de ce secteur d’activité est partagée par la quasi-totalité des acteurs. Voilà une cause d’optimisme. La principale difficulté sera de gérer une exploitation dont le volume va doubler en dix ans sur déjà des montants considérables. Comment va-t-on passer de 5 milliards à 10 milliards de passagers en une décennie ? Comment écouler ce surplus de trafic avec les installations actuelles ? Comment moderniser les installations aéroportuaires ? Doit-on mettre sur le marché un avion de 1000 places ?
AFRIMAG : Le secteur aérien évolue également dans un environnement géopolitique de plus en plus incertain : conflits, tensions commerciales, fermeture ou fragilisation de certains espaces aériens, volatilité des prix de l’énergie… Dans quelle mesure ces risques sont-ils désormais intégrés dans les stratégies des compagnies aériennes et comment peuvent-elles gagner en résilience ?
Jean-Louis Baroux : C’est bien ce que nous allons découvrir à Monaco lors du prochain World Connect.
AFRIMAG : Le World Connect a une histoire de plus de deux décennies et est devenu un rendez-vous international majeur du transport aérien. De la première conférence organisée à Cannes au début des années 1990 à l’APG World Connect d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a le plus changé dans l’industrie aérienne et dans les attentes des dirigeants qui participent à cet événement ?
Jean-Louis Baroux : Sans aucun doute c’est l’arrivée en force des compagnies «low costs». Je me souviens encore avec quel mépris pour ne pas dire plus les transporteurs historiques les ont accueillis. Je me rappelle encore que Mike Conway alors CEO d’America West Airlines (maintenant la maison mère d’American Airlines) avait annoncé en 1997 à l’hôtel Carlton à Cannes que les compagnies traditionnelles devraient aligner leurs tarifs sur ceux des «low costs» et des rires par lesquels les dirigeants des grands transporteurs européens avaient accueilli cette déclaration !
AFRIMAG : Parmi les personnalités attendues cette année figurent notamment Sir Tim Clark, Pieter Elbers, Roberto Alvo ou encore Yannick Assouad. Si vous deviez demander à ces grands dirigeants une seule réponse à une question — « À quoi ressemblera le transport aérien dans dix ans ? » —, quelle serait, selon vous, leur réponse ? Et quelle est, de votre côté, votre propre vision de l’aviation de 2035 ?
Jean-Louis Baroux : D’abord, l’agenda de Sir Tim Clark a obligé ce dernier à annuler sa participation cette année. C’est regrettable mais parfaitement compréhensible. Pour le reste je serais surpris que la vision de chaque décisionnaire de ce secteur d’activité, à l’horizon 2035, soit très différente des hypothèses formulées régulièrement par les grandes autorités aéronautiques : l’OACI, IATA, ACI ou autres… voire même celles d’APG.











