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Afghanistan : les talibans entrent dans Kaboul, le président, Ashraf Ghani, a quitté le pays

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                                                                                      AFP

Plusieurs représentants afghans, dont l’ancien vice-président Abdullah Abdullah, ont annoncé dimanche que le chef de l’Etat avait quitté le territoire. Les talibans assurent souhaiter un transfert « pacifique » du pouvoir.

Le président Ashraf Ghani a fui l’Afghanistan, dimanche 15 août, laissant de fait le pouvoir aux talibans qui ont atteint la capitale, Kaboul, symbole de leur victoire militaire totale en tout juste dix jours. Le mouvement islamiste radical s’apprête à revenir au pouvoir, vingt ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les Etats-Unis.

L’annonce de la fuite du président Ghani a été faite sous couvert d’anonymat par deux représentants afghans à l’agence de presse Associated Press (AP), ainsi que par l’ex-vice-président Abdullah Abdullah dans une vidéo postée en ligne. « L’ancien président a quitté l’Afghanistan, laissant les gens dans cette situation. Il rendra ses comptes devant Dieu et les gens rendront leur jugement », a déclaré M. Abdullah. La présidence afghane n’a pour l’heure pas commenté, invoquant des raisons de sécurité.

Les talibans promettent un « transfert pacifique »

Les talibans ont annoncé dimanche être entrés dans de nombreux quartiers de Kaboul, tandis que trois de leurs hauts responsables ont affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que les insurgés s’étaient également emparés du palais présidentiel. « Des unités militaires de l’Emirat islamique d’Afghanistan sont entrés dans la ville de Kaboul pour y assurer la sécurité », a annoncé sur Twitter Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans, ajoutant : « Leur progression se poursuit normalement ». 

Les talibans ont aussi promis qu’ils ne chercheraient à se venger de personne, y compris des militaires ou fonctionnaires ayant servi le gouvernement.

Appelant à « ne pas s’inquiéter », le ministre de l’intérieur Abdul Sattar Mirzakwal a assuré qu’un « transfert pacifique du pouvoir » vers un gouvernement de transition allait avoir lieu. Un porte-parole des insurgés, Suhail Shaheen, a confirmé à la BBC qu’ils escomptaient un un tel transfert « dans les prochains jours ». « Nous voulons un gouvernement inclusif (…) ce qui veut dire que tous les Afghans en feront partie », a-t-il assuré.

Les talibans ont aussi pris, dimanche, le contrôle du dernier poste-frontière encore aux mains du gouvernement afghan : celui de Torkham, à la frontière avec le Pakistan, a déclaré dimanche le ministre de l’intérieur pakistanais, Sheikh Rashid Ahmed. Cela signifie que les insurgés ont désormais la maîtrise de l’ensemble des frontières afghanes, faisant de l’aéroport de Kaboul la dernière porte de sortie du pays.

Quelques heures plus tôt, ils s’étaient emparés sans résistance de la ville de Jalalabad (est), après avoir pris Mazar-e Charif, la quatrième plus grande ville afghane. En à peine dix jours, les talibans, qui avaient lancé leur offensive en mai, à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, ont pris le contrôle de la majorité du pays. La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, pourtant financées pendant vingt ans à coups de centaines de milliards de dollars par les Etats-Unis, et pour le gouvernement.

Une poignée de villes mineures sont encore sous le contrôle du gouvernement, mais, dispersées et coupées de la capitale, n’ont plus une grande valeur stratégique.

La panique s’empare de Kaboul

Face à l’avancée fulgurante des talibans, des dizaines de soldats afghans se sont réfugiés en Ouzbékistan voisin ont annoncé dimanche les autorités de Tachkent dans un communiqué. En juillet, un millier de soldats afghans avaient déjà traversé la frontière vers le Tadjikistan. Les troupes ouzbèkes à la frontière entre les deux pays ont arrêté 84 soldats afghans et des discussions ont été engagées avec les autorités afghanes pour organiser leur retour dans leur pays, a fait savoir le ministère des affaires étrangères ouzbek.

Samedi, le chef de l’Etat avait dit faire de la « remobilisation [des]forces de sécurité et de défense » la « priorité numéro un ». Mais son message ne semble guère avoir été entendu. Ashraf Ghani avait ajouté que des « consultations » étaient en cours pour trouver une « solution politique » garantissant la paix et la stabilité.

Ces déclarations n’ont pas empêché la panique de s’emparer de la capitale. Ce week-end, les magasins ont fermé, des embouteillages monstres sont apparus, des policiers ont été vus troquant leur uniforme pour des vêtements civils. Une énorme cohue était visible aux abords de la plupart des banques, les gens cherchant à retirer leur argent tant qu’il était encore temps. Les rues étaient aussi remplies de véhicules chargés à ras bord tentant de quitter la ville, ou de se réfugier dans un quartier que les gens estiment plus sûr.

Evacuation des diplomates étrangers

Face à l’effondrement de l’armée afghane, le président américain, Joe Biden, a porté à 5 000 soldats le déploiement militaire à l’aéroport de Kaboul pour évacuer les diplomates américains et les civils afghans ayant coopéré avec les Etats-Unis et qui craignent pour leur vie. Le Pentagone évalue à 30 000 le nombre de personnes à évacuer.

Comme la veille, les hélicoptères américains continuaient dimanche leurs rotations incessantes entre l’aéroport et l’ambassade américaine, un gigantesque complexe situé dans la « zone verte », ultrafortifiée, au centre de la capitale. Le président des Etats-Unis a menacé les talibans d’une réponse « rapide et forte » en cas d’attaque qui mettrait en danger des ressortissants américains lors de l’opération d’évacuation.

Mais il a aussi défendu sa décision de mettre fin à vingt ans de guerre, la plus longue qu’ait connue l’Amérique, lancée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. « Une année ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’aurait fait aucune différence, quand l’armée afghane ne peut ou ne veut pas défendre son propre pays », a-t-il affirmé. L’ambassade américaine a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles et symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans « à des fins de propagande ».

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir, et fait savoir dimanche que le parlement serait convoqué en urgence pour discuter de la situation en Afghanistan.

Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) Jens Stoltenberg a déclaré dimanche que l’OTAN contribuait à sécuriser l’aéroport de Kaboul pour permettre l’évacuation des ressortissants occidentaux face à l’avancée des talibans.

Plusieurs pays occidentaux vont réduire au strict minimum leur présence, voire fermer provisoirement leur ambassade. C’est le cas par exemple du Canada ou encore de l’Allemagne. Le ministère des affaires étrangères allemand a ainsi annoncé dimanche qu’il allait débuter dans la soirée l’évacuation des membres du personnel de son ambassade à Kaboul, actuellement présents à l’aéroport.

Evacuation des Français vers Abou Dabi

Le ministère des affaires étrangères a annoncé dimanche que la France va déployer des renforts militaires aux Emirats arabes unis (EAU) pour faciliter l’évacuation de ses ressortissants, après avoir déplacé son ambassade à l’aéroport de Kaboul.

« Le ministère des armées va déployer dans les prochaines heures des renforts militaires et des moyens aériens aux Emirats arabes unis, pour que de premières évacuations vers Abou Dabi puissent commencer », écrit le quai d’Orsay dans un communiqué, ajoutant avoir aussi « décidé de relocaliser l’ambassade sur le site de l’aéroport de Kaboul (…) pour procéder notamment à l’évacuation de l’ensemble de nos compatriotes ».
Emmanuel Macron, qui suit « la situation heure par heure », doit présider lundi à 12 heures en visioconférence un Conseil de défense. De son côté, la Russie ne prévoit pas d’évacuer son ambassade à Kaboul, a fait savoir dimanche un responsable du ministère des affaires étrangères russe à l’agence de presse Interfax. Moscou dit également œuvrer pour la tenue d’une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies.

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