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Afrique du Sud: Le Zumexit par la petite porte

Finalement le président sud africain a démissionné au terme d’une dizaine de jours de bras de fer avec son parti et plusieurs rebondissements. L’histoire retiendra, malheureusement pour lui, qu’il est le président aux mille et un scandales qui n’a quitté le pouvoir que sous la pression de son propre parti. Il sort donc par la  petite porte. 

Désormais c’est Cyril Ramaphosa, jusqu’ici vice-président sud-africain qui devient président de la la république sud-africaine, au sens de la constitution du pays, en attendant que le Parlement élise un président qui sera en place jusqu’aux prochaines élections.

En démissionnant hier soir, mercredi 14 février, Jacob Zuma s’est évité l’humiliation d’un vote de défiance où l’African national congress (ANC) se serait allié avec l’opposition pour le démettre de ses fonctions. En ce jour de la Saint-Valentin, son histoire d’amour avec le parti historique de Nelson Mandela et le peuple sud-africain qu’il affirme “avoir servi avec discipline toute sa vie” prend fin. On pourrait même dire que la love story avec l’ANC se termine en queue de poisson. 

En effet, un peu plus tôt dans l’après-midi du mercredi, le président sud-africain a donné une longue interview où il affirmait ne pas comprendre ce que lui reproche l’ANC. Il s’agissait d’une ultime bravade télévisée, une sorte de baroud d’honneur. Mais, dans son discours qui tient lieu de déclaration officielle, il a mis fin au bras de fer. 

“J’ai décidé de démissionner du poste de président de la République avec effet immédiat, même si je suis en désaccord avec la direction de mon organisation”, a-t-il déclaré lors de son allocution retransmise en direct à la télévision. “J’ai servi le peuple d’Afrique du Sud de mon mieux”, a-t-il ajouté, concédant toutefois ne pas avoir été “un parangon de vertu”.

Depuis son arrivée à la tête de l’ANC en décembre, le vice-président du pays, Cyril Ramaphosa, tentait d’obtenir un départ en douceur du chef de l’Etat, éclaboussé par les scandales, afin d’éviter une catastrophe électorale en 2019.

Mais il s’est heurté de front au refus de l’obstiné locataire de Union Buildings, dont le mandat n’expire que l’an prochain.

Au bout de plusieurs jours de vaines tractations, la direction du parti s’est résolue mardi à prendre le taureau Zuma par les cornes en le “rappelant”, ainsi qu’elle peut le faire pour tous ses membres “délégués” à un mandat gouvernemental.

Mais M. Zuma, qui n’a aucune obligation juridique de se soumettre aux ordres de son parti, a continué à jouer la montre, bien décidé à vendre chèrement sa peau.

Faute de réponse immédiate de sa part, l’ANC a pris les devants en annonçant à la mi-journée qu’il voterait jeudi au Parlement une motion de défiance contre le chef de l’Etat.

“On procède avec la motion de défiance demain (jeudi) pour que le président Jacob Zuma soit démis de ses fonctions”, a annoncé le trésorier du parti, Paul Mashatile, à l’issue d’une réunion à huis clos de son groupe parlementaire au Cap.

“La direction de l’ANC ne peut pas attendre au-delà d’aujourd’hui”, a ajouté M. Mashatile.

Déterminé à en finir au plus vite, l’ANC a aussi annoncé que Cyril Ramaphosa serait élu vendredi matin par le Parlement pour succéder à Jacob Zuma. Sitôt investi, il prononcera ensuite en soirée le discours sur l’état de la nation dont son prédécesseur a été privé la semaine dernière pour cause de crise.

Lorsqu’il s’est invité deux heures plus tard sur la chaîne de télévision publique SABC pour un entretien en direct, tout le monde s’attendait à ce que le président annonce enfin sa capitulation.

Las! Ultime bras d’honneur, M. Zuma a écarté la question de sa démission d’un revers demain pour dire toute sa rancoeur à l’endroit de la direction de l’ANC.

“J’ai trouvé très injuste que la question (de ma démission) soit posée”, s’est-il plaint. “Je ne suis pas d’accord car il n’y a aucune preuve que j’ai fait quoi que ce soit de mal”. Avec force détails, il a expliqué être convenu avec M. Ramaphosa de partir en douceur “après le mois de juin”. Mais, a-t-il affirmé, la nouvelle direction du parti lui ensuite assuré qu’une frange du parti refusait cet accord et qu’il devait partir plus tôt.

“Je leur ai dit: je ne suis pas d’accord avec votre approche (…), si vous voulez me rappeler, rappelez-moi”, a-t-il raconté, “je trouve très étrange que mon parti me dise de partir parce qu’il y a un nouveau président à l’ANC, cette règle n’existe pas”. La démission de Jacob Zuma a coupé l’herbe sous le pied de l’opposition, qui se réjouissait par avance de pouvoir, au Parlement, enfin bouter Jacob Zuma hors de la présidence.

Ces dernières années, ses députés ont déposé huit motions de défiance. Toutes ont systématiquement échoué, barrées par la majorité absolue de l’ANC. “Nous nous réjouissons avec tous les Sud-Africains que la longue et douloureuse décennie de la présidence Zuma arrive enfin à son terme”, s’est félicité Mmusi Maimane, le chef de l’Alliance démocratique (DA), le principal parti d’opposition.

“M. Zuma a fait beaucoup de mal à notre pays (…) sous son règne, la corruption a fleuri au point de presque détruire notre pays”, a-t-il ajouté, “ce sera pour toujours son honteux héritage”. Coïncidence ou non, la police a mené mercredi sa première opération contre la sulfureuse et jusque-là intouchable famille Gupta, au coeur des scandales qui impliquent le président.

Cinq personnes ont été arrêtées et le luxueux domicile de la fratrie à Johannesburg perquisitionné, dans le cadre de l’enquête sur les détournements de fonds publics, a indiqué l’unité d’élite de la police sud-africaine (Hawks).

Tous devraient être présentés devant un tribunal jeudi. La page de l’ère Zuma semble bel et bien tournée.

 

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