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Banque Africaine de développement : des élections éminemment diplomatiques

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Les élections de la Banque africaine de développement (BAD) montrent l’émergence des puissances régionales et diplomatiques. La surprise est venue du Tchad et du Cap-Vert dont les candidats sont arrivés deuxième et troisième. Mais beaucoup de défis attendent le nouveau président.

Elections BADAprès plusieurs mois de suspens et de campagne visant à avoir le soutien des votants, les résultats de l’élection du nouveau président de la Banque africaine de développement (BAD) sont enfin tombés. Le Rwandais Kaberuka qui a marqué l’institution de son passage passe la main à Akinwumi Adesina au terme d’un scrutin à six tours. Adesina a été en tête au premier tour avec près de 26% des voix devançant la Cap-Verdienne Cristina Duarte, qui avait alors décroché 24,5% des votes grâce au soutien massif des électeurs non-continentaux. Car, faut-il le rappeler, 40% du capital de la BAD sont entre les mains de la France, des Etats-Unis, du Luxembourg ou encore d’autres partenaires non-régionaux. Chose étonnante, ce sont ces votants non-régionaux, les principaux partenaires au développement du continent, qui ont choisi de porter leur choix vers la candidate du Cap-Vert. En effet, 21,10% des voix provenant des occidentaux sont allées à Duarte, lui permettant d’être au coude-à-coude avec le candidat nigérian.

Des élections éminemment politiques

Akinwumi AdesinaLe Zimbabwéen Thomas Sakala arrive quant à lui troisième (13,6%), notamment grâce au soutien de la SADC (Southern african development community). Le Tchadien Bédoumra Kordjé a obtenu 11,06% et le Tunisien Jaloul Ayed 10,96% des voix. Le Malien Birima Sidibé arrive juste derrière (9,55%). Au cours des deuxième et troisième tours, les candidats Ato Sufian Ahmed (Éthiopie) et Birima Sidibé (Mali) ont été éliminés, comme, au quatrième tour, le candidat tunisien Jaloul Ayed et, au cinquième, le Zimbabwéen Thomas Sakala.

Mais au terme du scrutin, le Nigerian aura réussi à décrocher 58,10% des voix exprimées, alors que le candidat tchadien a finalement obtenu quelque 31,62% des voix et la Capverdienne, Cristina Duarte devait se contenter de 10,28% des voix.

Le Tchad, une nouvelle puissance régionale

Ce que les élections de la BAD montrent c’est qu’il y a une dimension éminemment politique dans le choix de la présidence de la première institution financière de dimension continentale. Le fait que soit élu un Nigérian ne relève aucunement du hasard, pas plus que ce soit un Tchadien qui arrive en deuxième position. Ce n’est pas uniquement parce que le Nigéria est la première économie du continent ou qu’il est le premier actionnaire de la BAD ou encore avec son fonds spécial qu’Adesina est arrivé en tête. S’il est devenu le maître à bord du navire BAD c’est parce que le pays a beaucoup d’influence en Afrique de l’Ouest, mais aussi dans le reste de l’Afrique. Quant au Tchad, c’est un fait reconnu de tous qu’il est devenu une véritable puissance militaire dans la sous-région ouest et centre africaine.

Mais au-delà des aspects purement électoralistes, Adesina a été élu parce qu’il a tout de même une vision et un vrai programme, même si beaucoup de défis l’attendent.

Le nouveau président de la BAD entrera officiellement en fonction le 1er septembre prochain. Dans son discours pour présenter sa vision de l’Afrique de demain, il a indiqué qu’il fallait reconnaître que l’Afrique dans la dernière décennie, avait enregistré des progrès économiques impressionnants. A titre d’exemple, il mentionne que cinq des dix pays qui ont enregistré les croissances les plus rapides dans le monde se trouvent en Afrique. Autre exemple, le nombre de pays aux prises avec des crises économiques dans les années 2000 a diminué si l’on compare à la situation qui prévalait dans les années 1980 et 1990. Il a également indiqué que « cette croissance économique solide s’est accompagnée de faibles taux d’inflation qui ont préservé le pouvoir d’achat des ménages, de finances publiques mieux gérées et de niveaux d’endettement public plus faibles et plus viables ».

Mais il faut bien reconnaître au-delà de ces élans d’optimisme, que la croissance demeure encore irrégulière en Afrique. Comme Adesina le souligne, « l’incidence de la pauvreté demeure un problème sur le continent avec environ 40 % de la population vivant dans l’extrême pauvreté ». Il faut aussi ajouter à cela, un niveau d’industrialisation relativement faible ce qui, selon lui, limite la création d’emploi de qualité.

La BAD, que de progrès

La Banque africaine de développement a joué un rôle important comme moteur de développement sur le continent africain. Comme l’a souligné Akinwumi Adesina, cette institution est devenue un partenaire sûr pour les États membres régionaux. Mais en même temps, si elle peut être un catalyseur pour la mise sur pied de grands projets, la Banque manque cruellement de fonds si l’on met dans la balance les besoins exprimés par les populations. Comme le mentionnait le directeur d’un fonds d’investissement responsable qui œuvre en Afrique, les ressources financières disponibles ne représentent qu’une goutte d’eau dans un océan de besoin. Luc Rigouzzo affirme dans un article du quotidien français “La Croix” publié le 28 mai 2015 « qu’au total, l’argent public du développement représente une manne de 49 milliards d’euros (67 milliards CAD) par an. Rapporté au PIB du continent, soit 1 805 milliards d’euros, c’est une goutte d’eau dans l’océan ».

C’est d’autant plus minime par rapport aux besoins, que cette Afrique du 21e siècle sera un continent peuplé de plus de 2 milliards de personnes dans environ 25 ans. Dans ce contexte, le nouveau président de la Banque africaine de développement mise sur une croissance économique durable, basée sur l’intégration régionale tout en étant compétitive à l’échelle internationale.

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