En confiant à Simbah Mutasa la direction de l’ensemble de ses activités de banque d’investissement en Afrique, Bank of America envoie un signal clair : la banque américaine entend profiter du retour des grands financements sur le continent. Mais entre concurrence féroce, marchés fragmentés et absence de nouvelles implantations, cette promotion ouvre autant de perspectives qu’elle soulève de défis.

Bank of America change d’échelle en Afrique. Selon une note interne adressée à ses équipes, le groupe américain a nommé Simbah Mutasa à la tête de l’ensemble de ses activités de banque d’investissement sur le continent.
Une nomination qui dépasse le simple changement de gouvernance
Jusqu’ici responsable de l’Afrique du Sud, le banquier voit désormais son périmètre s’étendre aux 54 marchés africains.
« Dans ses fonctions élargies, Simbah va poursuivre la croissance de notre franchise de banque d’investissement à travers la région Afrique », écrit Matt Cannon, responsable de la banque d’investissement pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Au-delà de la promotion individuelle, cette décision traduit une ambition stratégique : celle de repositionner Bank of America sur un continent redevenu attractif pour les investisseurs internationaux.
Le profil d’un banquier à la croisée de la finance privée et du développement
Le parcours de Simbah Mutasa illustre cette nouvelle orientation. Fort de plus de quinze années d’expérience, il débute chez Citi, à Londres, au sein des équipes spécialisées dans les télécommunications, les médias et les technologies, avant de rejoindre Liberty Global où il travaille sur les opérations de fusions-acquisitions.
Son itinéraire prend ensuite une direction plus atypique. Il rejoint Norfund, l’institution norvégienne de financement du développement, où il pilote les activités en Afrique australe lors de l’ouverture du bureau du Cap.
Diplômé de l’Université de Cambridge et installé en Afrique du Sud, Simbah Mutasa évolue ainsi à l’interface entre capitaux privés et financements publics.
Cette expérience constitue aujourd’hui un atout majeur. Les grandes infrastructures africaines – routes, centrales électriques, réseaux numériques ou projets liés à la transition énergétique – reposent de plus en plus sur des montages hybrides associant investisseurs institutionnels, banques commerciales et bailleurs de développement.
Le réveil des marchés africains redonne de l’appétit aux banques internationales
La nomination intervient alors que les marchés africains connaissent un regain d’activité inédit depuis plus d’une décennie.
Au cours des premières semaines de 2026, les États d’Afrique subsaharienne ont levé près de 6 milliards de dollars sur les marchés internationaux, leur meilleur début d’année depuis 2013. Le Kenya ouvre la marche avec une émission de 2,25 milliards de dollars, devant la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Bénin et le Congo.
Ce retour des capitaux traduit l’évolution du regard porté sur le continent. Les investisseurs cherchent désormais à se positionner sur les minerais critiques, les énergies renouvelables, les infrastructures numériques, mais aussi sur les services financiers digitaux et les marchés de consommation à fort potentiel.
Les derniers mandats remportés par Bank of America illustrent déjà cette diversification géographique. La banque est notamment intervenue comme agent de placement conjoint dans la levée privée de 750 millions de dollars de Dangote Fertilizer au Nigeria. Elle a également conseillé la cession de participations dans East African Breweries au profit du groupe japonais Asahi.
Deux opérations majeures, réalisées au Nigeria et au Kenya, qui témoignent d’une stratégie désormais tournée vers l’ensemble du continent, bien au-delà de son ancrage historique sud-africain.
Une Afrique plurielle, un défi colossal
L’élargissement des responsabilités de Simbah Mutasa n’en demeure pas moins un exercice particulièrement complexe.
Piloter une franchise panafricaine suppose de composer avec des économies aux structures profondément différentes. Le Nigeria fonctionne avec un naira flottant et une forte volatilité de change. Les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine évoluent dans un espace monétaire commun adossé à l’euro. Le Kenya demeure la principale porte d’entrée vers l’Afrique de l’Est, tandis que la Bourse de Nairobi s’impose comme une place financière de référence dans la région.
À cela s’ajoute l’Éthiopie, engagée dans une profonde libéralisation de son secteur financier, ainsi que l’Afrique du Sud, qui conserve le marché de capitaux le plus développé du continent.
Autant de réalités réglementaires, monétaires et juridiques qu’il faudra concilier sous une stratégie unique.
Une concurrence déjà solidement installée
L’autre défi est celui du positionnement concurrentiel.
À ce stade, la promotion de Simbah Mutasa ne s’accompagne d’aucune annonce d’ouverture de nouveaux bureaux en Afrique. Or les principaux établissements internationaux disposent déjà de dispositifs bien rodés.
Citigroup est implantée de longue date sur les marchés africains et moyen-orientaux. La banque vient d’ailleurs d’être retenue par Airtel Africa pour accompagner l’introduction en Bourse de sa filiale de paiement mobile. Goldman Sachs et JPMorgan figurent régulièrement parmi les chefs de file des émissions obligataires souveraines du continent.
Sur les marchés francophones, Société Générale, BNP Paribas et Standard Chartered bénéficient d’une présence historique. Quant aux opérations de taille intermédiaire, elles restent largement dominées par les établissements africains, au premier rang desquels Standard Bank, Absa ou encore Rand Merchant Bank.
Le pari d’une nouvelle stature continentale
La nomination de Simbah Mutasa intervient ainsi à un moment charnière pour Bank of America. Le contexte de marché redevient favorable, les investisseurs reviennent progressivement vers l’Afrique et les besoins de financement liés aux infrastructures, à la transition énergétique et aux industries stratégiques continuent de croître.
Reste désormais à transformer cette dynamique en parts de marché. Sans renforcer significativement son implantation locale, la banque américaine devra démontrer qu’elle peut rivaliser avec des concurrents installés de longue date et dépasser son image d’acteur principalement centré sur l’Afrique du Sud.
Pour Simbah Mutasa, la mission dépasse donc la simple coordination régionale : il lui revient de faire de Bank of America un véritable acteur panafricain de la banque d’investissement, à un moment où le continent retrouve une place centrale dans les stratégies des grands investisseurs mondiaux.





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