Le développeur émirati AMEA Power s’apprête à faire son entrée sur le marché béninois des énergies renouvelables avec un projet solaire de 100 MW couplé à un système de stockage par batteries. Un accord préliminaire qui s’inscrit dans les ambitions énergétiques de Cotonou, mais dont les contours financiers et le calendrier restent à préciser. Déjà présent dans plusieurs pays africains, le groupe entend poursuivre son expansion sur un continent où les besoins en électricité attisent la concurrence entre investisseurs.
Un nouveau marché dans le viseur d’AMEA Power. Le développeur émirati d’infrastructures d’énergies renouvelables a signé un protocole d’accord avec le gouvernement béninois pour la réalisation d’une centrale solaire de 100 MW, associée à un système de stockage par batteries.
Présentée comme une première pour le groupe au Bénin, l’initiative marque une étape dans sa stratégie d’expansion régionale. Mais entre l’annonce et la mise en service, le chemin reste à parcourir. À ce stade, ni le montant de l’investissement, ni le calendrier de réalisation, ni la capacité du dispositif de stockage n’ont été communiqués.
L’accord n’en intervient pas moins à un moment opportun pour Cotonou, qui cherche à diversifier son mix électrique et à accélérer le déploiement des énergies renouvelables. Pour AMEA Power, l’enjeu est de transformer cette première avancée institutionnelle en un projet opérationnel, dans un marché où les besoins de financement demeurent considérables.
Cotonou mise sur le privé pour changer d’échelle
Le Bénin a fixé des objectifs ambitieux. Dans son Pacte national de l’énergie, élaboré dans le cadre de l’initiative Mission 300 de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, le pays prévoit de porter la part des énergies renouvelables dans sa production électrique de 16 % en 2024 à 30 % en 2030.
Pour atteindre cette cible, les capacités renouvelables installées doivent passer de 62,3 MW en 2024 à 417 MW à l’horizon 2030. Elles représenteraient alors environ 53 % d’une puissance totale installée de 794 MW.
Dans cette équation, le stockage par batteries constitue un levier stratégique. En permettant de mieux gérer l’intermittence de la production solaire et de stabiliser l’approvisionnement, ces équipements doivent contribuer à renforcer la fiabilité du réseau électrique. Le projet porté par AMEA Power répond ainsi à deux priorités affichées par les autorités : accroître les capacités de production renouvelable et améliorer leur intégration au système électrique national.
Au-delà de la production, Cotonou entend également élargir l’accès à l’électricité. Le gouvernement vise un taux de desserte d’au moins 70 % des ménages en 2030, contre environ 42,6 % à la fin de 2024, avec l’objectif de raccorder quelque 928 000 ménages supplémentaires.
Pour y parvenir, le pays cherche à mobiliser des capitaux privés dans plusieurs segments, de la production aux réseaux électriques, en passant par l’électrification décentralisée et les solutions de cuisson propre.
Un besoin de financement de 2,36 milliards d’euros
Reste la question des moyens. Le Pacte national de l’énergie estime à environ 2,36 milliards d’euros les financements supplémentaires nécessaires à la réalisation des ambitions béninoises. Sur cette enveloppe, quelque 938 millions d’euros devraient provenir du secteur privé.
L’ampleur des besoins donne la mesure de l’enjeu pour les autorités : attirer des investisseurs capables de financer, construire et exploiter des infrastructures dans la durée.
Le Bénin entend s’appuyer sur les réformes engagées ces dernières années pour rendre son marché plus attractif. Le Code de l’électricité adopté en 2020 et le cadre juridique des partenariats public-privé établi en 2024 constituent les principaux instruments de cette stratégie. Le Pacte prévoit notamment de simplifier les procédures d’autorisation et de renforcer les incitations à l’investissement.
Dans ce contexte, l’arrivée potentielle d’AMEA Power représente une opportunité supplémentaire pour le pays. Mais la concrétisation du projet dépendra de la capacité des parties à franchir les prochaines étapes de développement et à préciser les modalités techniques, financières et contractuelles de l’opération.
Du Togo à la Côte d’Ivoire, une offensive régionale
L’intérêt d’AMEA Power pour le Bénin s’inscrit dans une stratégie de déploiement qui prend progressivement de l’ampleur en Afrique de l’Ouest.
Au Togo voisin, le groupe exploite déjà la centrale solaire de Blitta. Selon sa fiche de projet, l’installation dispose de 70 MW photovoltaïques et de 4 MWh de stockage par batteries en service. Une extension portant la capacité solaire à 100 MW et le stockage total à 14 MWh est également présentée comme en construction.
En Côte d’Ivoire, AMEA Power renforce aussi ses positions. Le démarrage de la construction de la centrale solaire de Binguébougou, d’une capacité de 50 MWc, a été annoncé le 24 octobre, ajoutant une nouvelle opération à son portefeuille ouest-africain.
Pour le développeur émirati, la multiplication de ces projets répond à une logique de présence régionale, sur des marchés confrontés à des défis similaires : déficit de capacités de production, besoins de financement élevés et volonté d’accélérer la transition vers des sources d’énergie moins carbonées.
Le Bénin pourrait ainsi devenir une nouvelle pièce de cette stratégie, à condition que le protocole d’accord débouche sur un investissement effectivement engagé.
L’Égypte, pièce maîtresse du dispositif africain
C’est toutefois en Égypte qu’AMEA Power a déployé l’un de ses dispositifs les plus importants sur le continent.
En décembre 2024, le groupe y a inauguré la centrale solaire d’Abydos, d’une capacité de 500 MW. Il a ensuite annoncé la mise en service du parc éolien Amunet, également doté de 500 MW et détenu conjointement avec le japonais Sumitomo Corporation.
Le développeur a par ailleurs annoncé le développement d’un nouveau projet solaire de 1 000 MW, assorti d’une capacité de stockage par batteries de 600 MWh. Une opération qui illustre l’importance croissante accordée aux installations de grande taille combinant production renouvelable et stockage.
Cette présence égyptienne donne une indication de l’ambition du groupe : se positionner sur des projets capables de modifier sensiblement les capacités électriques des pays d’accueil, tout en diversifiant ses technologies et ses marchés.
De nouveaux actifs en Afrique australe et orientale
L’expansion du groupe ne se limite pas à l’Afrique du Nord et de l’Ouest. En 2026, AMEA Power a annoncé l’entrée en exploitation commerciale de la centrale solaire de Doornhoek, d’une capacité de 120 MWc, en Afrique du Sud, puis celle de la centrale d’Ituka, de 24 MWc, en Ouganda.
Ces deux installations constituent ses premiers actifs opérationnels respectifs dans ces pays. Elles témoignent d’une stratégie visant à élargir progressivement son empreinte géographique sur le continent.
À l’échelle internationale, AMEA Power revendique, sur son site institutionnel, plus de 2,6 GW de projets en exploitation ou en construction, ainsi qu’un portefeuille de développement supérieur à 6 GW répartis dans 20 pays.
Le véritable test sera celui de l’exécution
Pour le Bénin, le projet annoncé avec AMEA Power pourrait contribuer à accélérer la montée en puissance des énergies renouvelables et à renforcer la sécurité de l’approvisionnement électrique. Pour le groupe émirati, il ouvrirait les portes d’un marché supplémentaire en Afrique de l’Ouest, au moment où les gouvernements multiplient les initiatives pour attirer les capitaux privés.
Mais la signature d’un protocole d’accord ne vaut pas encore le lancement des travaux. Le financement, le dimensionnement du stockage, les autorisations et le calendrier restent autant de paramètres à clarifier avant de pouvoir mesurer la portée réelle de l’opération.
Dans un secteur où les ambitions nationales se heurtent souvent aux contraintes de financement et d’exécution, le défi sera désormais de transformer les 100 MW annoncés en une capacité de production effective. C’est à cette condition que l’entrée d’AMEA Power au Bénin pourra dépasser le stade de la promesse pour devenir un jalon concret de la transition énergétique du pays.





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