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Entretien : Arouna Modibo Touré, PDG du PMU-Mali

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«Le plan de relance du PMU-Mali est un ensemble de réformes»

Depuis dix mois, l’ex-Directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), dirige le Pari mutuel urbain du Mali (PMU-Mali). Arouna Modibo Touré s’explique sur les bonnes performances de son entreprise. Lui qui a impulsé une nouvelle vision à l’institution, voit grand. Entretien.

 

AFRIMAG : Juste après votre nomination à la tête du PMU-Mali en février dernier, vous avez réalisé un joli jackpot de plus de 364 millions de FCFA à partager. Une première depuis le 1er septembre 1994, date de la première course du PMU-Mali. Comment expliquez-vous cette performance ?

Arouna Modibo Touré

Arouna Modibo Touré

Arouna Modibo Touré : J’aimerais vous préciser que cette performance n’est pas uniquement liée aux prouesses de l’équipe dirigeante actuelle mais il est également le résultat du travail abattu par l’équipe qui nous a précédé. Je vous concède qu’un record a été battu en termes de chiffre d’affaires, donc de masse à partager aux parieurs. Cette performance s’explique aussi par la mise en place d’une nouvelle organisation que nous-mêmes avons imposée au sein de la société. Depuis ma prise de fonction, nous avons eu à démarrer de grandes réformes parmi lesquelles l’informatisation de la gestion financière et comptable, et la mise en place de meilleures conditions de travail. Cela a beaucoup contribué à fidéliser nos clients et à insuffler en eux de la confiance.

Quel a été l’impact immédiat de l’augmentation du chiffre d’affaires ?

Cette augmentation a eu un impact direct sur la part de chaque acteur du système (Etat malien, actionnaires privés, parieurs, PMU-Mali).

Ne pensez-vous pas que la part de l’Etat dans le chiffre d’affaires, soit 10%, reste très basse ?

Bien au contraire ! Au Mali la répartition des enjeux est faite dans le but de fidéliser les parieurs qui ont une part plus importante. Notre modèle économique est constitué des deux systèmes : Avant la réunion(ALR) et Pendant la réunion (PLR). Dans l’ALR ou encore le système manuel des tickets, la répartition des enjeux est fixée par un arrêté ministériel qui stipule qu’en république du Mali : 70% des enjeux sont pour les parieurs, 20% pour le PMU et 10% reviennent à l’Etat. 
Au niveau des Points de courses en direct(PCD), la répartition est encore plus avantageuse pour les parieurs. Cette politique instaurée par les plus hautes autorités, pour des raisons stratégiques nous a permis d’avoir une augmentation des recettes et d’augmenter le nombre de joueurs.

En plus de l’augmentation de la masse à partager, on dit que vous avez également entrepris d’autres réformes au sein de la société. Quelles sont ces réformes ? Et pourquoi ?

Le plan de relance du PMU-Mali est un ensemble de réformes qui doivent être menées. La première de ces réformes est relative à la réorganisation de la société sur un plan institutionnel. Le succès de cette phase passe par les importantes facilités fiscales que l’Etat a accordées sur le chiffre d’affaires généré. Ensuite, il fallait une revue documentaire pour faire appliquer les textes qui régissent la société. Comme exemple : depuis 2003 PMU-Mali détient le monopole des jeux qui lui est conféré par la loi. Il s’agissait alors de règlementer cette situation avec les opérateurs, surtout dans le domaine de la téléphonie.

Dorénavant pour organiser des jeux, tombolas et autres, l’autorisation doit être expressément délivrée par PMU-Mali, et je puis vous confirmer que nous signons depuis des semaines des conventions de partenariat. En termes d’organisation, il fallait créer les meilleures conditions de travail pour atteindre nos objectifs. Nous sommes aujourd’hui un effectif d’environ 800 employés, répartis entre vacataires et permanents. Notre deuxième grande réforme concerne la sécurisation des recettes qui passe par la mise en place d’outils de bonne gouvernance. Quant au cycle comptable et budgétaire, il est aujourd’hui totalement informatisé. La troisième réforme est relative à l’informatisation de toutes les activités de la société, ce qui, aujourd’hui, constitue un challenge dans la mesure où PMU-Mali, dès sa création, avait vocation à participer à la résorption du chômage. La dernière réforme touche les nouveaux produits tels que le développement du pari sportif, le loto…

Nous comptons mettre en œuvre l’innovation au service de notre clientèle et cela se fera dans les mois à venir par le démarrage de gros chantiers.

Comparé aux PMUs de la sous-région comme celui du Sénégal, PMU-Mali était en retard. Peut-on dire que l’entreprise que vous dirigez aujourd’hui s’est hissée au niveau souhaité ?

Je ne pense pas qu’on soit en retard dans la mesure où, comparé aux autres, nous ne faisons qu’un seul produit. Avec uniquement la course des chevaux, le Mali est parmi les premiers en termes de chiffre d’affaires. Nous sommes partis de l’existant pour développer des nouveaux produits. Et nous nous attelons à cet objectif. Nous sommes actuellement en pourparler avec le Maroc et le Sénégal, deux pays en avance dans les produits tels que le pari sportif, le loto sportif, le jeu de grattage…

En 2016, nous serons prêts à développer ces nouveaux produits et surtout un autre type de jeu dont le tirage passera à la TV hebdomadairement.

Combien de temps faudra-t-il au PMU-Mali pour reconquérir son titre d’autrefois : celui du PMU le plus performant d’Afrique de l’Ouest ?

Nous n’avons pas perdu notre position de leader ! En un moment nous avons eu quelques difficultés et nous sommes en train de rectifier le tir. L’année 2015 est le point de départ de cette nouvelle orientation. En 2016, avec l’aide du Président de la république et notre ministère de tutelle, nous ne ménagerons aucun effort pour contribuer à notre repositionnement sur l’échiquier régional. 

La comparaison du Mali aux autres pays de la sous-région n’aura de sens que quand vous ne prenez en compte qu’une seule activité : la course des chevaux. Sur ce produit, nous sommes en avance sur les autres car j’ai eu à le vérifier. A contrario, si vous raisonnez sur le chiffre d’affaires généré par l’ensemble des activités vous faussez la donne. 

Que faites-vous en termes de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ?

Nous avons échangé de fusil d’épaule depuis un moment. Nous sommes en train d’accentuer le sponsoring dans le domaine du sport. Une occasion de prouver au Malien lambda que le PMU n’est pas seulement une simple affaire de paris sur les courses des chevaux. Mais que nous accompagnons le sport en général. C’est le cas de le dire de notre soutien au Grand Prix de la Nation, à la Coupe du Mali de football, à la Fédération malienne de cyclisme, à l’Afro-basket…

Créée en 1994 par une loi autorisant le gouvernement malien à participer, pour le compte de l’Etat, à la création d’une société d’économie mixte, PMU-Mali a pour objectif, l’organisation des paris sur les courses de chevaux hors des hippodromes et de certains jeux de hasard. Où vont ses bénéfices sachant que son capital est détenu, par l’Etat malien, à hauteur de 75% et le reste, par des investisseurs nationaux ?

Quand on réalise des bénéfices, l’assemblée générale a vocation de les répartir. Contrairement à ce qui est dit, les sociétés de paris mutuels n’appartiennent pas aux pouvoirs publics. Ceci n’est pas vrai pour la simple raison que nous investissons des milliards de FCFA dans des œuvres caritatives pour venir en aide aux personnes en grandes difficultés. Actions qui nous ont permis de financer des centres de santé, les forages de puits, la construction d’écoles…, de maternités, l’achat d’équipements etc….

Etant actionnaire majoritaire, l’Etat détient des dividendes en plus des 10% sur le chiffre d’affaires que génère la société. PMU-Mali est là pour servir tout le monde. Il ne sert pas que l’Etat qui n’y a droit que ce que lui appartient.

Comment les Maliens jugent-ils le pari mutuel, un jeu considéré comme illicite par les Musulmans ?

Vous savez nous sommes un pays laïc. Je vous avoue que depuis les événements de 2012 nous avons par sécurité fermé nos représentations dans la zone tampon et dans le nord du Mali. En dehors de ces zones, nous sommes partout sur le territoire national. Nous communiquons pour ne pas écorcher le commun des Musulmans. Nous travaillons avec les autorités religieuses. Il n’est pas dit que nous destinons cet argent à des fins répréhensibles. «Plus qu’un jeu un plaisir…» est le nouveau slogan de PMU-Mali. Prendre du plaisir en jouant signifie énormément de choses. En se faisant plaisir on peut contribuer au développement social du pays. Pour l’illustrer, certains joueurs au chômage s’occupent en jouant. Avec les gains empochés, ils arrivent à investir dans des petits projets pour soutenir leur famille.

Quel est le chiffre d’affaires moyen que vous réalisez par an ?

En 2013 nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 54 milliards de FCFA (85,71 millions d’euros), en 2014 quelque 65 milliards de FCFA et en 2015 on tend vers 80 milliards de FCFA. Ceci sans les nouveaux produits ! Nous sommes en pleine préparation du budget de 2016, il va de soi qu’il y aura une augmentation substantielle.

Quel est le niveau du montant que PMU-Mali a versé aux parieurs depuis votre arrivée à sa tête ?

C’est 70% de la masse à partager que nous avons versée aux parieurs. Le chiffre exact que je pourrais vous communiquer tourne autour de 25 milliards de FCFA au 31/10/2015.

PMU-Mali accompagne-t-il ses heureux gagnants dans des projets de développement ?

Nous ne le faisions pas dans la mesure où nous laissions l’heureux gagnant disposer de ses gains librement. Nous avons décidé, avec la mise en place de notre nouvelle structure marketing & communication, d’accompagner ceux qui touchent aux gros lots en leur proposant de sécuriser leur ressource au niveau des banques. Nous travaillerons avec les banques pour la réinsertion des parieurs dans la mesure où il s’agit d’une certaine catégorie de populations en proie aux difficultés. Pour ce faire, nous sommes en négociation avec les organismes de micro-finance pour voir les différents projets qui peuvent les intéresser. Par exemple, nous avons commencé à remettre des chèques géants aux lauréats. Il s’agit de prendre en charge immédiatement le gagnant en lui proposant de répondre à un questionnaire pour que nos services puissent l’accompagner s’il est intéressé.

A quand les Maliens pourront parier sur des courses se déroulant dans leur pays?

C’est dans notre programme de travail de 2016. Nous avions d’abord décidé avec l’aval de notre ministère de tutelle de transformer ce champ hippique en hippodrome. C’est un projet très intéressant. Nous allons rencontrer dans les jours à venir la Fédération malienne de sport équestre pour mettre au point l’organisation des paris sur nos propres courses à partir de 2016. Pour ce projet, un expert marocain est attendu au Mali avant la fin de cette année. 

 

Bio express :

Depuis janvier 2014 : PDG de la Société du PMU-Mali SAEM

2014-2015 : Directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE)

2013-2014 : Exécutive master en gestion publique et management, Sciences Po Paris

2008-2010 : Diplôme cadre dirigeant ; ESCP-Europe

1999-2000 : Diplôme en expertise comptable ; Ecole supérieure de comptabilité de Milan

1997-1998 : Certificat d’auditeur interne confirmé ; Impregilo, Milan

 

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